dimanche 20 avril 2014

Plus de bleu



Mon père est mort.
Allongé dans son cercueil,
au funérarium d’Alcaniz.
Je dépose ma dernière lettre
dans la poche
de sa chemise,

je lui demande
d’embrasser
le ciel pour moi.
Le lendemain,
je l’observe partir
dans une gerbe
de poussière noire,
sous un ciel d’argile.
L’imagination
évoque son visage enfui
vers un ciel si bleu
qu’il n’offre plus rien à voir.

Mon père quitte, à la dure,
la terre qu’il aurait voulu rendre plus douce.
Il s’est caché
derrière la mort,
laissant vacante la place
de gardien
de ma jeunesse tourmentée.

Je sais,
depuis qu’il a quitté le chemin,
qu’on n’abandonne
jamais le soleil.



F. Sanchez - "J'ai glissé sur le monde avec efforts" 
Editions La Dragonne - 2012
Tous droits réservés







4 commentaires:

  1. Voila le vrai Fabien que j'aime.
    Touchant et parlant d'Agustin parti trop tôt et qui était un homme secret, pudique et aux convictions profondes.
    Le fabien parlant du réel est bien meilleur que le Fabien inventeur d'histoires......
    Aza.

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  2. Je suis émue. Je ne puis dire que ceci : beau et vrai.Merci.

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  3. Touchant... vraiment très touchant...

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  4. Le chagrin, souvent, est une muse bienveillante. On s'en passerait. Mais il vous a inspiré ici de beaux mots d'orphelin.

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