mardi 27 mai 2014

un poème d'Astrid Waliszek


L'enfant frêle et vif
a embrassé l'écorce lisse
charnue du jeune cerisier
le chat a sauté
sur la basse branche
la balançoire a ployé sous
la vitesse et le poids
il l'a envoyé voler
main nostalgique
esprit fatigué
a écorcé le tronc sec
a lié les longues bandes
grises arrachées
à l'infini inventaire des chagrins oubliés
des cerises il reste les noyaux
l'arbre a grandi l'enfant est parti
l'herbe a cessé de pousser
les cerises ont pourri
truites filant dans les torrents
sait plus les attraper
par les ouïes
marche dans ses propres pas
visage en paysage bosselé
creusé par les années
les cheveux ont déserté
en filigrane ce qu'il a oublié
revient déferle et tangue et rue
dans son esprit saturé
ce mal à pleurer
après tant d'années sanglé
dans l'uniforme noir
cuir tee-shirt jean dandy
dégingandé dédaigneux
à manger tout seul
dans les pizzerias le soir
lui remontent tout à coup
à la mémoire
les bars éphémères
les hôtels provisoires
les nuits fastueuses
les matins glauques et noirs
disparaitre

Astrid Waliszek - Tous droits réservés

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire