lundi 30 juin 2014

Le cul de Natacha

Tu es romantique, romanesque, poète, tendre, compréhensif, à l'écoute, drôle, beaucoup d'humour chez toi, sage, philosophe...tu as tellement de qualités ....Dommage que tu sois si fatigué de vivre...
- Etre fatigué de vivre ne veut pas dire qu'on aime pas la vie, c'est juste que la vie fatigue, je trouve
- oui, mais je veux un homme en forme...C'est dommage...
J'ai souri à Natacha : Les hommes en forme courent les rues ai-je pensé, elle n'aura aucun mal à trouver, d'autant que son cul est parfait, et que moi, les culs ne me font plus aucun effet.

F. Sanchez - tous droits réservés

Tu n'en as pas marre ?

Tu n'en as pas marre de te plaindre ? me demanda-t-elle...
Non, répondis-je, c'est là une chose dont je ne me lasserai jamais...
Et tu es content de toi ?
Oui, dis-je, et je me replongeai nonchalemment dans la lecture du Narcisa de Jonathan Shaw....
C'est ainsi, je traîne ma croix plus que je ne la porte, songeai-je.


F. Sanchez - Tous droits réservés

samedi 28 juin 2014

Henry Miller : nous avons perpétuellement la tremblote


Il n'y a rien de brave, de chevaleresque, d'héroïque ni de magnanime dans notre attitude. Nous ne sommes pas des êtres amis de la paix ; nous sommes timides, pleins de suffisance, nous avons perpétuellement la tremblote et le cœur sur les lèvres. (...)


Henry Miller, Le cauchemar climatisé (1945)

vendredi 27 juin 2014

LOU y es-tu ?



Parce - que LOU fut le plus grand....SANS NUL DOUTE POSSIBLE....
et que je l'écouterai toute ma vie...

Voici une superbe version de Lady Day.

"When she walked on down the street
She was like a child staring at her feet
But when she passed the bar
And she heard the music play
She had to go in and sing
It had to be that way
She had to go in and sing
It had to be that way

And I said no, no, no
Oh, Lady Day
And I said no, no, no
Oh, Lady Day..."

MICROBES



Gracias à Paul Guiot et Thierry Roquet :

Je suis dans le  numéro 84 de MICROBES avec entre autres mon futur deuxième éditeur Jean Louis Massot, mais aussi : Raphaëlle Blomberg, Massimo Bortolini, Pierre Castermans, Jehanne de Champvallon, Suzy Cohen, Pierre Desagre, Brigitte Giraud, Jean-Philippe Goosens, Véronique Janzyk, Jean-Louis Massot, Paul Poule, Jean-Philippe Querton, Thierry Roquet, Evelyne Roumier et Fabien Sanchez. 
Les illustrations sont de Tri Vero.

Monsieur spleen : Henri de Régnier




Ce que Henri de Régnier a cherché toute sa vie dans l’écriture, " le plaisir délicieux et toujours nouveau d’une occupation inutile. "

Roland Jaccard



*

Je voudrais épuiser hâtivement le charme de tout et arriver à une vieillesse d’âme qui rendrait la mort facile à la jeunesse de mon corps

*

Les gens du monde se réunissent moins pour goûter le plaisir d’être ensemble que pour s’en répartir l’ennui.

*

Il y a un grand livre que nous n’écrirons jamais et qui pourrait s’intituler : Forces perdues.
 



Henri de Régnier

L'impossible mission de Roland Jaccard

 
Nietzsche soutient qu'il faut parvenir à convaincre le sceptique qui habite en nous de notre génie. Mission impossible en ce qui me concerne : je préfèrerai toujours l'ivresse du scepticisme et les radotages du raté que je porte en moi aux proclamations héroïques et à la ferveur créatrice.
 


Roland Jaccard - Sugar Babies- Editions Zulma

Percy Bysshe Shelley

"J’ai rencontré un voyageur venu d’une terre antique
Qui m'a dit : « Deux immenses jambes de pierre dépourvues de buste
Se dressent dans le désert. Près d’elles, sur le sable,
À moitié enfoui, gît un visage brisé dont le sourcil froncé,

La lèvre plissée et le sourire de froide autorité
Disent que son sculpteur sut lire les passions
Qui, gravées sur ces objets sans vie, survivent encore
À la main ...qui les imita et au cœur qui les nourrit.

Et sur le piédestal il y a ces mots :
"Mon nom est Ozymandias, Roi des Rois.
Contemplez mes œuvres, Ô Puissants, et désespérez !"

À côté, rien ne demeure. Autour des ruines
De cette colossale épave, infinis et nus,
Les sables monotones et solitaires s’étendent au loin."

(Percy Bysshe Shelley - "Ozymandias")

Antonio Porchia

"Tu t'élèves au-dehors de ce que tu t'enfonces au-dedans."

(Antonio Porchia - "Voix réunies")

Retour au pays

"Enfant, j'a quitté ma maison,
vieillard j'y suis revenu.
Mon accent du pays sonne comme jadis,
seules mes tempes
sont maintenant
d'ombre grise...
Nul ne me reconnaît,
en souriant
les enfants m'interrogent :
"De quel pays viens-tu, étranger ?""

(He Zhizhang - "Retour au pays")

jeudi 26 juin 2014

Texte de ce jour / La proie


A dix-huit ans mon coeur fut la proie des flammes 
Tout mon être se consuma pour le cul d'une jolie jeune fille brune aux seins naissants et fragiles...
Le temps s'il est un assassin, est aussi un médecin, et le souvenir de cette fille n’éveille en moi pas même l'ombre d'un frisson...

Souffrir autant valait-il le coup ? 
Mais oui, que faire d'autre ? ...


F. Sanchez - Tous droits réservés

Texte de ce jour / Ta queue

 J'aime que tu me montes, j'aime quand tu me pénètres, j'aime ta queue...Tu ne dis rien ?
- Que veux-tu que je te dise?...J'ai une épine dans le pied...Je suis heureux de savoir que je suis un bon coup...mais voilà, j'ai une épine ...
- Laisse-moi te lécher les pieds, je l'enlèverai avec ma langue ton épine
- Si tu es capable de faire ça...alors guéris-moi de mon enfance
- Comment Comment ?
- Si seulement je savais !
- Oh ! Je veux ta queue dans mon ventre..."
La confession de Sandra levait en moi une vague de sympathie. Mais je pensais à autre chose. 
Je pensais au ciel au-dessus de mon village dans les années soixante-dix. 
L 'ennui me tenait lieu d'identité.
"Ta queue bavait-elle en sanglotant...Ta queue".



Fabien Sanchez - Tous droits réservés

Magician / Lou Reed

Magician Magician take me upon your wings
and ... gently roll the clouds away
I'm sorry so sorry I have no incantations
only words to help sweep me away
I want some magic to sweep me away
I want some magic to sweep me away
I want to count to five
turn around and find myself gone
Fly me through the storm
and wake up in the calm
Release me from the body
from this bulk that moves beside me
Let me leave this body far away
I'm sick of looking at me
I hate this painful body
that disease has slowly worm away
Magician take my spirit
inside I'm young and vital
Inside I'm alive please take me away
So many things to do - it's too early
For my life to be ending
For this body to simply rot away
I want some magic to keep me alive
I want a miracle ... I don't want to die
I'm afraid that if I go to sleep I'll never wake
I'll no longer exist
I'll close my eyes and disappear
and float into the mist
Somebody ... please hear me
my hand can't hold a cup of coffee
My fingers are weak - things just fall away
Inside I'm young and pretty
Too many things unfinished
My very breath taken away
Doctor you're no magician - and I am no believer
I need more than faith ... can give me now
I want to believe in miracles - not just belief in numbers
I need some magic to take me away
I want some magic to sweep me away
Visit on this starlit night
replace the stars the moon the light - the sun's gone
Fly me through this storm
and wake up in the calm ...
I fly right through this storm
and ... I ... Wake ... Up ... In ... The ... Calm
 
LOU REED
 

mardi 24 juin 2014

ALLER-RETOUR PLUS LOIN


ALLER-RETOUR PLUS LOIN

Es-tu sortie de cet asile où l’on t’avait enfermée,
lorsque tu avais dix-sept ans ? Tu prétendais parler avec
des chiens morts. Je t’invoque dans mon cerveau malade.
Brutalement, au détour de pensées, comme si tu
étais ma meilleure amie, alors qu’on se connaissait à
peine. Deux autistes au fond de la classe.
Je me sens usé par des nuits de veille, et des jours de
flottaison, passés sous mon arbre dans le jardin, sans
qu’entre en ligne de compte autre chose qu’un abandon
physique au déroulement des jours les plus longs de
l’année. Il est étrange de penser à toi, comme ça, brusquement.
Trompant une impatience soudaine de t’avoir
sous mes yeux, je t’imagine t’approcher de moi et me
demander de mes nouvelles. « Je tourne le dos tantôt au
monde pour Dieu, tantôt à Dieu pour le monde » te
réponds-je, concluant ma tirade par un clin d’oeil fatigué.
Je prends ma voiture et la route. Tout ça s’est fait soudainement.
Je roule toute la nuit. Je me souviens du lieu
où tu habitais à l’époque. Je tomberai peut-être sur tes
parents, dans cette vieille maison de village aux murs
jaunes. S’ils me disent que tu y es encore, dans ta cellule
capitonnée, alors sois sans crainte, je volerai te délivrer.
Sommières, depuis Paris, c’est mille kilomètres à
peu près.
Au petit matin, j’arrive. Je me prends un café au bord
de la rivière. À mes côtés, lisant le journal sous un platane,
je crois apercevoir Lawrence Durrell. Il fume la pipe
devant une bière, s’entourant d’un nuage de fumée.
Je vais sonner chez tes parents. J’apprends que tu vis
ici, mais dans une autre maison. Avec une gosse et un
mari. Je fais une sieste au bord de l’eau. Je suis un gros
chômeur fatigué qui n’aime rien tant que danser toute
la nuit avec des Africains joyeux, trémousser son cul de
pachyderme sur les tam-tam de l’Afrique, et rouler pour
délivrer une folle en fonçant sur la route sous un ciel
rouge brique.
Je me tiens devant ta porte, dans une ruelle fraîche et
ombragée de la vieille ville. La cloche de l’église sonne.
Je frappe à ta porte. Une lumière ocre et or mouchette
la rue quand un type m’ouvre, une cigarette à la main.
Il a trente ans maximum et une tête d’homme.
Je lui dis que je veux parler à la jolie môme et tu apparais.
Nous bavardons un moment sous le porche. Le type
se tient en retrait puis disparaît, l’air bougon.
J’ai peur que tu remarques que je n’ai plus toute ma
tête. Que des morceaux sont partis. Tu as l’air bien.
Je te dis que je passais dans le coin par hasard. Tu me
demandes finalement qui je suis et cette question tombe
comme un arbre sous la hache.
Je te réponds que nous étions ensemble à l’école. Tu ne
t’en souviens pas.
Tu ne m’invites pas à rester et ton type revient qui me
ferme la porte au nez.
Je déambule dans les rues de Sommières. Je retourne
vers ma voiture. Il n’y a plus que là que je me sente bien.
Je repars avec la nuit qui tombe. M’en fous, j’ai Ali
Farka Touré dans l’autoradio. M’en fous d’être marteau.
M’en fous. Je roule. La nuit est tombée. Je ne suis pas
certain du chemin. Je ne sais pas si je vais rentrer chez
moi. Je roule. Chez soi, c’est pour les morts. Je roule sur
la Terre. La Terre n’appartient pas aux morts. Elle se traverse
invisible, comme un ressuscité. Aujourd’hui, j’ai
cru pouvoir sauver un ange. Je sais qu’une percée est possible.
Même si c’est en roulant dans la nuit, les pupilles
injectées, dilatées par la fatigue. J’aperçois un chien sur
le bas-côté. J’arrête la voiture.
Je m’approche de lui. Il est mort. Je le prends dans mes
bras. Il a du sang sec sur le museau. Je le dépose sur la
banquette arrière. Je reprends la route comme on prend
un train, sans billet, en se foutant de l’homme en noir
avec sa tête de passeur du Styx.
C’est peut-être quand on n’a plus les moyens de cette
vie qu’on commence à la vivre enfin.

J’ai pour moi la route, des cigarettes, la nuit, Ali Farka
et du sang dans mes veines.
Plus loin un arbre attend, sur un lopin de terre, que je
m’assoie contre lui et regarde décliner la lumière. Plus
loin.
Là-bas, j’enterrerai le chien.

Fabien Sanchez "Chérie, nous allons gagner ce soir " éditions La Dragonne - 2006

Jean-Pierre Georges : pot-pourri aphoristique




Oh ma vie de méduse sur l'océan de pensums ! 

Les fenêtres attirent les mouches et les poètes
 

Ma vie sexuelle me regarde avec un air de se foutre de moi

Victime d'une conversation il doit s'aliter

La vie est plus longue que large 

Ma vie : un spectacle qui me coûte cher

Le lendemain matin, cette odeur de mots froids sur la page.... 
Ne rien trouver à écrire c'est rien, c'est ne rien trouver à être qui fait mal

Je suis parfaitement insensible à mon charme
  
Quand je pense qu'aujourd'hui est l'un de ces "demain" sur lesquels j'avais misé.
  
Quand j'étais petit, je faisais souvent ce rêve banal mais terrifiant, je tombais dans le vide. Aujourd'hui, ce n'est plus un rêve

Il prendrait plus facilement la Bastille qu'une décision

Mon niveau baisse

Pas un jour qui ne soit une lutte contre la désolation
 

La prison du moi a cet avantage : on n'y souffre pas de surpopulation

 Tout ce que j'écris est d'un autre...mais qui n'a que moi pour s'exprimer - le pauvre 


 Jean-Pierre Georges

Textes tirés de "Le moi Chronique" (Éditions Les Carnets du dessert de lune) et L'éphémère dure toujours (Tarabuste Éditeur)

lundi 23 juin 2014

Amiel - Malheur aux coeurs partagés....

Malheur aux cœurs partagés, aux caractères faibles, aux êtres débonnaires contraints à la bataille de la vie !

Henri- Frédéric Amiel

Lost soul

Je veux laisser une cicatrice sur la face du monde. Car je suis ce que tu es, un homme de ce temps, une victime de la désintégration en cours, une âme perdue.

Henry Miller

samedi 21 juin 2014

Love Stop


Peu d’amour au compteur.
Assis sur le capot,
la bouche chargée de tabac,
les jambes prises dans un jean trop serré,
je suis comme un vieux routier
transporté de pauvres pensées.
Une fi lle vient à moi,
portant blouson de cuir
et brune crinière.
Elle me dit lever le pouce depuis longtemps
pour passer la frontière.
Moi, je ne sais plus si je suis
le chauffeur ou le chauffard
de mes rêves
mais le soir
nous atteignons la ville,
dans l’effacement du soleil.
Au pied d’un immeuble,
pour dire merci,
elle propose un dernier verre.
Dans le canapé d’un salon blanc,
sa façon d’être ailleurs
avec moi dedans.
Le silence est un guerrier fatigué
au bruit que fait l’amour.
Je le brise d’un geste fragile
mais il est sans force,
et dans l’angle minuscule
d’une aube bleue,
je retrouve l’inconnu
devant mon cœur piégé.

F. Sanchez - J'ai glissé sur le monde avec effort - editions La Dragonne - 2012

jeudi 19 juin 2014

Un poème de Frédéric Jacques Temple




 Photo : Charlotte Guy et Zelda Hadener

Voici
celui qui s'avance
dans le bruit
des enclumes et des fureurs
celui qui vient
dans la houle dangereuse
et la vague de ténèbre
celui qui marche
dans les ronces
et les venins des jours
celui qui monte
avec l'aurore
pour s'endormir
dans les nuits sans fond
celui qui fleurit
son front de folies
d'un autre âge



Frédéric Jacques Temple - Anthologie personnelle - Actes sud

mercredi 18 juin 2014

Je me suis perdu

Je me suis perdu un peu partout où le vent pouvait emporter une voix humaine


Frédéric Jacques Temple

lundi 16 juin 2014

Un poème de Thierry Radière

elle est sans cesse là
tombée près de moi
cette fichue image
à redresser dans l’urgence

mon temps ne sert qu’à
ça : repeindre le
champ de bataille
ouvert aux yeux du bois

une minute écoulée
est un battement de plus
au cœur du chien
errant en rut vers la rivière

pourquoi les bêtes
sont si gentilles
quand elles mordent
une partie de mes rêves ?




Thierry Radière - Tous droits réservés

samedi 7 juin 2014

Languedoc


L'été berçant ma vie
met du rouge
aux lèvres des paysannes

l'iode
au-dessus des taureaux
et des sardines

les grillons
bercent ma sieste
plus loin la mer est sauvage

l'Amérique est latine
dans le parfum
du café

enfin sur la voie Domitienne
ne passent plus les chars romains

je suis
de ce pays de caillasse blanche
et de tuiles rouges


Fabien Sanchez - juin 2014

Ennui


Je m'ennuie tellement que ça m'occupe.

 Chamfort

mardi 3 juin 2014

BUK



des journées barbares absurdes se totalisent

sous le crâne ;

la réalité est une orange

sans jus.

BUKOWSKI

lundi 2 juin 2014

Tu as bien fait de partir

Tu as bien fait de partir, Arthur Rimbaud ! Nous sommes quelques-uns à croire sans preuve le bonheur possible avec toi.

René Char


Y su dolor llegó a ser infinito



Y su dolor llegó a ser infinito, de tanto no alcanzar para nada su dolor.

Et sa douleur en vint à être infinie, à force de ne pas tenir pour rien sa douleur.


Antonio Porcha

Antonio Porchia



Sólo quien vive muriendo puede resolver sus problemas.

Il n'y a que celui qui vit en mourant qui peut résoudre ses problèmes.

 

Antonio Porchia

Tope là



Tape m'en 5
lance le chêne
épargné par
les bûcherons
au perdreau revenu
d'entre les balles

 

Guillaume Siaudeau

Le sens du partage


Vent et poussière
se partagent
les rêves
qu'on ne réalise pas


dimanche 1 juin 2014

Un poème de Lambert Schlechter


écrire pour préparer le terrain d’écriture
écrire encore ceci avant de commencer à écrire
écrire vite vite choses simples & banales
avant d’ouvrir la brèche vers les profondeurs
écrire vite vite les petits riens de la vie
afin de conjurer le grand tout du néant
écrire le frémissement de l’herbe
avant de thématiser le Frisson de l’existence
balbutier encore & encore : je ne suis pas mort
***
Lambert Schlechter (né en 1941 à Luxembourg)

Lydie Dattas


Si je vous parle, ce n’est pas depuis une
conscience lumineuse, mais depuis cette région
de l’âme tissée de nuit et d’épouvante
où la pensée n’est plus la marque d’une richesse
intérieure ou d’ une supériorité morale,
mais la trace humiliée d’une misère spirituelle
si grande qu’elle fut toujours occultée, misère
d’autant plus grande qu’elle ne sait pas son nom
et qu’ elle est faite précisément de l’ignorance
de sa propre malédiction.

***

Lydie Dattas (née en 1949) – La nuit spirituelle (1996)

Poème de Patrick Laupin


On cherche à comprendre
on ne peut rien comprendre
on marche au long des rues sans penser à rien
essayant de retenir des larmes
on se sent perdu mais tout est déjà enfui
passé, irrémédiablement perdu
on reste seulement avec la chute interdite des sens
et ce poids de pierre inexprimable
au creux des membres
on ne sait plus ce que sont un visage,
un semblable
rien n’est reconnaissable
c’est un jeu sans personne avec la violence du disparu
et l’irrésumable brûlure du mot amour

***

Patrick Laupin (né en 1950) – Corps &

Un poème d'André Laude


Illustration Nick Ghafari

La vie passe en coup de vent
et puis le silence reprend règne
les herbes frémissent. Peut-être qu’elles saignent
au-dedans
comme ces hommes
qui reviennent des champs
un peu plus vieux
qu’au matin
un peu plus absents d’eux-mêmes
sans mémoire et sans poème.

***

André Laude (1936-1995)

Liberté

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Sur mes refuges détruits
Sur mes phares écroulés
Sur les murs de mon ennui
J’écris ton nom
Sur l’absence sans désirs
Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort
J’écris ton nom
Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l’espoir sans souvenir
J’écris ton nom
Et par le pouvoir d’un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer
Liberté.
Paul Éluard