jeudi 31 juillet 2014

Quant la vie a tout donné


Que fait la vie
quand elle a tout donné
elle se retire doucement
comme la mer

Jean-Pierre Georges

Douce dérive

Ne t'es tu pas dit
encore aujourd'hui
que nul souci nulle
inquiétude nul conflit
ne viendrait plus troubler
ton esprit et qu'une mer d'huile
sous un crâne
serait désormais le lieu clos
d'une douce dérive
vers l'ETRE

JP Georges - Je m'ennuie sur terre

lundi 28 juillet 2014

Roger Bushell


…et nous n’avions, nous, que son signalement d’évadé

René Char

Une phrase de Char sauvée du vent

Copyright photo Céline Renoux


Ma jeunesse en jouant fit la vie prisonnière.
Ô donjon où je vis !


René Char

L'ennui


Vivre une vie cultivée et sans passion, suffisamment lente pour être toujours au bord de l'ennui, suffisamment méditée pour n'y tomber jamais

Fernando Pessoa

Le beau et la belle


Le beau, je ne sais pas trop ce que c'est ; mais la belle où qu'elle soit m'échappe rarement.

Jean-Pierre Georges

Le charme selon Jean-Pierre Georges


Elle a quoi, seize, dix-sept. Pas vilaine. Elle fait la gueule. Tout le temps. Elle a l'air de s'emmerder puissamment. Quel charme !

Jean - Pierre Georges


Bonheur sur terre


Peinture de  Henri Gervex 


Une jeune femme, elle fait ses carreaux ; elle vous surprend quand vous passez dans la rue, et comme vous n'avez pas l'indécence de revenir sur vos pas, vous gardez d'elle le reflet lancinant d'un possible bonheur sur terre

Jean - Pierre georges - Le moi chronique - Editions Les Carnets du dessert de lune

Idylle

Une idylle 
de 57 secondes, 
avec une caissière 
de supermarché


Jean-Pierre Georges - Le moi Chronique



Une femme

Je ne vois pas ce qu'un homme pourrait m'apporter qui ne se trouve déjà dans un livre ; alors qu'une femme...


Jean-Pierre Georges - Le moi chronique - Éditions Les carnets du dessert de lune

samedi 26 juillet 2014

Topor sauvé du vent


Toujour couri
Pour gagner vie
Quand bien couru
Vie l'est foutue


TOPOR

Pensée de ce jour

Je ne suis ni italien ni versé sur les clichés, mais là, sur la terrasse de ma maison sudiste, buvant mon expresso, je me fais la réflexion suivante : toutes les femmes sont belles...Que le ciel les bénissent...Et puissent-elles un jour régner sur la Terre...

 
Photo : Je ne suis ni italien ni versé sur les clichés, mais là, sur la terrasse de ma maison sudiste, buvant mon expresso, je me fais la réflexion suivante : toutes les femmes sont belles...Que le ciel les bénissent...Et  puissent-elles un jour gouverner la Terre...J

L'attente


Un jour le temps s''est arrêté pour moi à l'orée de la bataille et de la vie. Depuis, j'ai attendu. Je ne sais quoi, sans doute l'impossible. Mais je n'attends plus rien que de sombrer dans la folie si, un soir d'été, parmi les étoiles basses d'un grand ciel tiède, j'aperçois que me regardent les yeux de celui que je fus. Ou peut-être la mort, car j'aime dormir.

Frédéric Jacques Temple - Les eaux mortes
Peinture de Claude Routier

vendredi 25 juillet 2014

Noce


 "Il y a une noce à deux maisons de la nôtre,
ne fermez pas les portes...
ne nous interdisez pas ce besoin
incongru de joie
Le printemps ne se sent pas obligé
de pleurer chaque fois qu'une rose se fane.
Et quand, malade, le rossignol devient muet,
il cède au canari
sa part de chant et quand une étoile tombe,
aucun mal n'atteint le ciel...
Il y a une noce,
ne fermez pas la porte au nez de cet air
chargé de gingembre et des prunes
de la mariée
qui mûrit maintenant.
(Elle pleure et rit comme l'eau.
pas de blessure dans l'eau. Pas de trace
d'un sang répandu dans la nuit.)
L'on dit : L'amour est plus fort que la mort !
Je dis : Mais notre appétit de vie est plus fort
que l'amour et la mort,
même si nous ne pouvons le prouver.
Mettons un terme à nos rites funéraires
pour nous associer
au chant des voisins,
la vie est évidente... et réelle comme la poussière !"

Mahmoud DARWICH, Comme des fleurs d'amandier ou plus loin, 2005

Je te veux....

Je te veux gémit-il en fourrant son nez entre les cuisses de Natacha, fleurant l'odeur de son sexe, auquel se mêlait le crucifix qui pendait de son cou, cependant, que sa main à elle agrippait ses cheveux tandis qu'elle gémissait, mi fascinée mi horrifiée - sachant l'homme merveilleux et le poète fascinant qu'il était...et désirant qu'il fut heureux en elle...


F. Sanchez 

mercredi 23 juillet 2014

Bobin sur la tristesse

La tristesse ce n'est pas la pluie
pas la douleur pas l'ennui
pas même le mal d'amour
La tristesse c'est
le manque de Dieu
comme on dit le manque
d'air ou d'argent
Une maladie de l'âme
un grave défaut de fraîcheur
La tristesse est une sorcière
arrivée dans le soir
vers la fin de l'enfance
Elle mène les jeunes gens au désert
elle leur dit regarde
les amours mensongères les paroles fatiguées
le pain amer l'eau morte et le ciel bas
regarde le monde entier
il t'attend c'est pour toi
tu en as de la chance
La tristesse parle d'or
de raison de sagesse
Elle parle aussi beaucoup d'amour
sans connaître son vrai nom
l'insouciance
Elle ne dit pas il faut vivre
elle dit il faut faire sa vie
et ce n'est pas pareil
et c'est même tout le contraire
On fait sa vie
comme l'enfant fait sa punition
On s'emmure dans un travail une maison un âge
on fait comme tous les autres
Le remède à la tristesse
c'est l'enfance
Le contraire de l'esprit de sagesse
c'est l'esprit d'enfance
Celui qui va où bon lui chante
celui qui trouve partout son bien
le bien dont il a besoin
pour grandir pour souffrir ou danser
Celui qui jamais ne s'endort
sauf dans les hautes branches de l'arbre de
solitude.

Christian Bobin - La vie passante - Fata Morgana

Paroles de Christian Bobin sauvées du vent



Il faut longtemps moudre les mots et mourir en silence pour faire cuire le pain du ciel

*

L'art suprême, ce qui manque à tant de petits maîtres, c'est de savoir donner sa langue au chat

*

Je sais où je vais. Je vais au ciel.

 

dimanche 20 juillet 2014

Une phrase de Simone Weil sauvée du vent

Tous les mouvements naturels de l'âme sont régis par des lois analogues à celles de la pesanteur matérielle. La grâce seule fait exception.
Il faut toujours s'attendre à ce que les choses se passent conformément à la pesanteur, sauf intervention du surnaturel.

Simone Weil - La pesanteur et la grâce

Une phrase de Jean-Pierre Georges sauvée du vent


" Cette chose est réglée. Passons à la suivante. Il n'y a pas de suivante, ah bon. Passons à l'ennui "
Jean-Pierre Georges

vendredi 18 juillet 2014

La phrase du jour de Cyril Anton

copyright photo Cyril Anton

"est de façon instable habité par un vide au fond duquel il jette une pierre pour mesurer l'ampleur des dégâts"
 

Cyril Anton

Plus jeune....

 
Plus jeune, je ne pensais qu'à jouir des femmes, night clubber, entretenir des relations passionnantes et enrichissantes avec tous les hommes, de préférence des artistes ; j'étais résolu, déterminé, mon âme reposait sur un socle d'hédonisme, je dévisageais le monde avec une virilité volontaire, n'exigeant ni le secours de Dieu ni de la Fortune, fuyant le saturnisme de mon adolescence spleenétique et provinciale, je fuyais tour à tour à Athènes, Barcelone et enfin Paris, débordant d'une énergie qui ne pratiquait nullement l'art de s'effacer, puéril et dionysiaque, je buvais les vins de la vie et me repaissais de culs d'Almée et de monts de Venus, enfant affamé entre les cuisses des femmes mures, Pygmalion pour jeunes filles en fleurs, pupille spirituel d'Henry Miller, mon maître à penser, je prenais des décisions "sans équivoque ni recours aux dés", ajournant les obligations et prétextant l'urgence du plaisir, ma mystique étant de ne jamais désespérer, mon viatique, d'honorer les sens et de chérir la pensée, m'exhortant moi-même à n'être mû que par l'enthousiasme....
Au lieu qu'aujourd'hui, en ayant pris plein la gueule, ayant revu à la baisse la plupart de mes ambitions, je chéris l'amour d'une femme, prie Dieu de me donner force, vertu et courage, et convoque les stoïciens afin d'entraîner mon cœur à moins souffrir et mon âme à cesser d'être une bohémienne égarée sur les sentiers de mes désirs. Ainsi le temps a opéré sur moi à cœur ouvert...

 
 
Fabien Sanchez - Tous droits réservés

Se déplacer et s'agiter




"Et ceci : ne pas aimer à se déplacer ni à s'agiter, mais se plaire à rester dans les mêmes lieux et les mêmes occupations"


Marc- Aurèle - Pensées pour moi-même

Pourquoi as-tu été crée ?

 
 
" Mais toi, pourquoi as-tu été crée ? Pour le plaisir ? Vois si cette pensée est admissible"


Marc- Aurèle - Pensées pour moi-même

mercredi 16 juillet 2014

LOU et Metallica


Quand Lou Reed & Metallica se rencontrent, ça donne un album superbe : Lulu et particulièrement cette chanson géniale : The view...
La rencontre du Hard Rock et de la voix sauvage d'un Lou Reed impérial, tout en retenue, en rage contenue...
J'écoute ce disque en ce moment le matin devant mon café et mon clope et j'ai 17 ans à nouveau, prêt pour affronter ma journée...

Lou...quel artiste, such a genious ! Always in my heart...

Lou Reed mesdames et messieurs... LOU REED ! ! !


Une phrase de Shelley sauvée du vent


Allons, allons, quittons les hommes et les villes pour les bois et les plateaux sauvages, pour le désert silencieux, où l'âme n'a plus besoin de réprimer sa musique de peur de ne pas trouver un écho dans d'autres âmes

Shelley

Une phrase d'Henri Michaux sauvée du vent

"Je laverai le visage de ton avenir"
 

Photo Mary Poppers
 

Deux phrases de René Char sauvées du vent...



Donne toujours plus que tu ne peux reprendre. Et oublie. Telle est la voie sacrée.

  /


Ma brièveté est sans chaîne


 






Plaire aux femmes....


Plaire aux femmes est dangereux, car ne pouvant vous partager, elles peuvent se liguer contre vous. Travailler à faucher son pouvoir de séduction. Museler sa parole, cette arme de séduction première. Surtout, se montrer inintéressant...

F. Sanchez - Tous droits réservés

lundi 14 juillet 2014

En amour comme en art...


"En amour, comme en art, il faut toujours rester en deçà de ses possibilités"


Roland Jaccard

John Wayne rivalise avec Cioran


En écoutant Way out in the world de CW Stoneking




Fait ce constat
Que sans ma femme
Je serai devenu vide et sec
Et sans mon travail, ennuyant mais structurant,
Probablement à moitié fou

Et sans amisulpride 130mg
Assez mal dans mes pompes

Se rend compte, mais le savais déjà,
Que, si je suis un tout,
Je suis aussi une tautologie de riens

Dans la main de mon ange gardien


Fabien Sanchez- Tous droits réservés

Si chaque jour tombe dans la nuit ...a écrit Neruda

“Si chaque jour
tombe dans la nuit
il existe un puits où la clarté
se trouve enclose.
Il faut s’asseoir sur la margelle
du puits de l’ombre
pour y pêcher avec patience
la lumière qui s’y perdit”


Pablo Neruda , La rose détachée et autres poèmes

Merci à Juliette Joe Blanchard qui m'a fait découvrir ce poème

dimanche 13 juillet 2014

samedi 12 juillet 2014

Retour



Midi
je reviens vers toi

prodigue,
harassé,
pour trouver

ce que je ne cherchais pas
autrefois.

Je vais vivre
– simplement vivre –

et chérir ton nom
comme un fils
arraché aux mains
de la loi.




J'ai glissé sur le monde avec effort - recueil poèmes - Éditions La Dragonne - 2012
Fabien Sanchez - Tous droits réservés

Elle sourit, sûre d'elle.

 copyright photo Natacha Petroff


Extrait de "Le sourire des évadés" Éditions La Dragonne - sortie septembre 2014

 *

Elle sourit, sûre d’elle. Son détachement semblait témoigner d’un début d’expérience concernant mes propos à l’emporte-pièce, un début de maturité dans notre relation en dents de scie.
– Je suis sérieux, rétorquai-je, tout ce qu’il y a de plus sérieux.
Stella, il faut voir les choses en face : tu ne me connais pas. Tu ne sais rien de moi, dans le fond…
– C’est ridicule ! Voir les choses en face, c’est pas notregenre, dit-elle. On ne regarde rien en face, et on fait tout de travers, tu le sais bien, poursuivit-elle de plus en plus contrariée,commençant à prendre la mesure de ce que peut-être le torchon brûlait.
– Stella, je suis un type perdu qui se tient de longs discours.
– Justement, je suis là pour les écouter !
– Stella… Il n’y a rien que je puisse te proposer qui tienne la route. Je ne pourrais pas t’offrir une bonne vie, crois-moi !
– Mais tu m’emmerdes à la fin, la vie me suffit ! s’emporta-t-elle, un mélange d’incompréhension et d’exaspération perceptible dans la voix.
– C’est toi qui dis ça ?
– Parfaitement !
– Stella, mais tu m’as bien regardé ? La seule chose que je puisse faire dans la vie, c’est guide-conférencier sur les lieux de mon enfance… Mais qui cela peut-il bien intéresser ?
– Moi, justement.
Elle s’alluma une de ses cigarettes de couleur, signe qu’elle ne s’avouait pas vaincue, qu’elle se donnait le temps de la réflexion. Puis son visage se mit à trahir un profond désarroi, qui me fit mal au coeur. La petite était désemparée, et c’était moi le salaud qui était à l’origine de son trouble. Je ressentis une peine
profonde à la martyriser ainsi.
– Pourquoi est-ce que tu gâches tout ? demanda-t-elle.
– Tu rêves aux années soixante. Les sixties, c’est ton truc. Cioran n’est qu’une façade. Derrière, tu as besoin comme tout le monde d’espoir, de couleurs ! Jefferson Airplane et les 2 CV, c’est aussi ça ton truc ! Le problème, c’est qu’on est dans ce putain de nouveau millénaire… Aujourd’hui, je fraude dans le
métro à quarante berges comme un étudiant fauché.
– Qu’est-ce que l’époque vient faire entre toi et moi ? Tu ne vas pas non plus me sortir le coup de la crise ? Tu ne sais que te plaindre.
– Raison de plus. J’ai besoin, dans la vie, non pas de vivre à cent à l’heure mais de marcher au ralenti, est-ce que c’est assez clair pour toi ?
– Parce que je te fais l’effet d’une fonceuse ? Tu trouves que j’ai l’air d’une locomotive ? On peut marcher chacun à son rythme, mais ensemble ! Ça n’empêche rien.
Sa mère s’était suicidée quand elle avait huit ans, son père l’avait en partie abandonnée et voilà qu’à présent, je la poignardais en plein cœur. Elle souffrait, la petite fille. Elle se cognait durement à un type qui se heurtait trop à lui-même, triste littérature.
– Bah, au fond tu dois avoir raison, avança-t-elle avec lassitude. Tu n’es qu’un raté geignard et moi je ne veux pas vivre jusqu’à vingt-cinq ans. Au fond, tout est pour le mieux.
Elle a balança sa tasse de café dans le jardin, se renversa dans sa chaise en se tirant les cheveux. Son visage prit une expression de profonde résignation. Elle se leva en direction dela maison.
J’attrapai son paquet de cigarettes. Il était vide.


Fabien Sanchez - Tous droits réservés

Florilège personnel de voix abandonnées d'Antonio Porchia


Pourquoi reviens-tu à la vie ? Je comprends. On se fatigue de tout, même d'être mort.

*

Tu ne vois pas le fleuve des larmes, parce qu'il lui manque une larme de toi.

*

Je parle aux cieux et aux astres, sans aucune timidité

*

Dés que je souffre, je souffre d'avoir souffert

*

Je suis toujours aux extrêmes de moi-même, et en tous, je trouve mon moyen terme

*

Mon côté le plus obscur est celui qui s'éclaire le plus

*

J'enterre ma vie n'importe où, et je mourrai...Qui sait où ?

*

L'enfant et l'homme, différends en leur douleur, sont égaux en leurs larmes

*

Les distances, pleines, séparent ; vides, non.

*

A sauver ce que nous avons été, nous n'arrivons jamais à être ce que nous sommes.

*

La femme ne connait de l'homme que l'enfant ; le reste de l'homme, seul l'homme le connait.

*

La gravité est un trait de l'enfance qui perdure en quelques hommes

*

Parfois, tout m'abandonne, et pour que tout me revienne, il faut que moi je m'en aille.

*

Quand on me sauve d'un enfer, si c'est une fleur qui me sauve, je ne me crois pas sauvé

*

La vie que je ne désire pas, je la reçois de la vie que je désire.

*

Le plus pur de nous-même se confond avec le rien parce qu'il est sans voix, et presque sans lumière



Textes extraits de Voix abandonnées d'Antonio Porchia - Éditions Unes

La phrase du jour de Jean-Marc Flahaut


Ecrire c'est toujours un peu pareil; ça commence par ne pas écrire.

Jean-Marc Flahaut

Fenêtre ouverte sur Thierry Radière


Pour la fenêtre ouverte que je lui consacre, Thierry Radière m'a fait l'amitié de me confier quelques inédits.
Je vous les donne en partage.
Avec à son actif plus de cent contributions dans une vingtaine de revues de poésie contemporaine et de création littéraire,Thierry Radière navigue inlassablement entre prose et poésie, paraboles et allégories, sans jamais savoir où son périple le mènera.


*

FIN D’UN CAUCHEMAR


tu t’imagines la froideur de l’eau
en train de couler dans la salle de
bains et tu te déshabilles en me parlant
de ce livre que tu reliras ce soir

je n’en reviens pas d’entendre
encore la piscine alors que tu
dors profondément et je respire
comme un mort devant sa télé

fermons la fenêtre te dis-je
on se sentira mieux à deux
les autres resteront dans notre
mémoire à faire ce qu’ils veulent

ne crois pas que je sois absent
c’est simplement qu’un moment
donné la présence perd ses mots
si fort qu’on a des hallucinations

je referai le lit aérerai le jour
les draps la couette et le boutis
tels des marque-pages oubliés
puis repris pour la nuit suivante

tes cauchemars sont finis je le
vois bien dans le miroir où ta
gorge est une petite cage remplie
de ludions cognant contre ton cou



LES COCHONS NOIRS



alors tu en as tué combien
de cochons noirs s’affiche
sur l’écran de mon portable
sans que je sache de qui vient
ce message le numéro est
inconnu la question elle me
parle mais j’ignore pourquoi
et en même temps j’ai peur
d’avoir perdu la mémoire
que quelqu’un me téléguide
m’invente des meurtres que
je n’ai pas commis alors
j’efface cette image de tuerie
écrase mon téléphone quand
ma femme arrive avec son
bouquet de roses pour nos
dix ans de mariage je lui crie
que je n’ai jamais fait de mal
à une mouche et encore moins
à des cochons noirs je veux
qu’elle me croie avec ses fleurs
à la main et le champagne au frigo



DES ENFANTS EUS OU PAS


est-ce le fait d’avoir des enfants ?
de ne pas en avoir serait comment ?
je veux dire avec les souvenirs de
sa propre enfance on ne peut pas
savoir puisqu’on est dans un cas ou
dans un autre des enfants eus ou pas

eus une route prise à un croisement
au milieu duquel ont poussé des
platanes puis plus tard des sens
giratoires avec des priorités à droite
laissées ou pas en fonction des rêves
roulant trop vite ou à l’arrêt d’escargot

venant de gauche s’est fait écraser
la coquille en mille morceaux les
cornes gluantes de côté intactes
le corps rabougri des accidents
et l’ambulance dans le ventre
on n’a pas pu l’éviter il est mort


TENIR COMPAGNIE



il gueulait à la mort par la fenêtre
ouverte le museau tendu vers le ciel
au deuxième étage juste en face
de la salle du vernissage de l’expo

alors la fillette voulait qu’on lui
apporte de l’eau pétillante parce
qu’il devait avoir soif à moins qu’il
se sentît très seul sans son maître

perdu ce chien de traîneau noir et blanc
il faisait chaud ce soir-là et les œuvres
évoquaient l’automne mais ces bêtes-là
ne boivent pas d’eau gazeuse dit le père

d’ailleurs les artistes le savent bien
ils trinquèrent entre eux leur bonheur
d’être si remués par les cris vespéraux
qu’ils aboyèrent pour lui tenir compagnie


 
FALLAIT VOIR


je revois la tarte aux mûres
que tu nous as préparée il était
tard et sa crème jaune sous le
noir des fruits sautait aux yeux
la lumière comme un réveil de
sucre d’orge avant de partir nous
coucher il y a longtemps que
je n’étais pas allé au lit avec
toi et ce début de rêve à deux
dans ta bouche le jour cuisiné
nos corps au salon sans rideau
fallait voir comme on aurait dit
une nouvelle chambre cette nuit-là

creuser jusqu’à la mer
la tristesse des coquillages
et trouver au dernier moment
le bonheur
de saisir une image
de toi pressée contre
une vague le ciel
à moitié
fou

A LA MEDIATHEQUE


à l’origine il y a cette médiathèque
avec ses grandes baies vitrées
donnant sur le port en adoucissant
les livres graves que j’ai choisis
ce soir avec ma femme

assis sur un fauteuil les couleurs
sous mes fesses ressemblent aux
soleils peints dans des tableaux
dont j’ignore l’existence
un bateau traverse ma mémoire

et puis j’entends le murmure
de sa voix hongroise trembler
dans mon sexe la poitrine tendue
vers un pays imaginaire dégrafé
aux frontières et guindé pour du beurre

ces tonnes de routes partant d’imaginaires
inconnus rejoignent en silence ma tête
concentrée d’homme boiteux en arrêt
content de sentir des bibliothèques dans
son dos avec sa femme en papillon


Où ELLE LIT

et la nuit aussi je continuerais
bien à écrire si la fatigue des
mots trouvés cherchés perdus
ne me saisissait pas soudain
près de ma femme au livre dans
le corps à la peau douce des
rêves je continuerais bien à
l’embrasser à la serrer à l’apaiser
jusqu’à l’heure où dormir
n’a plus aucun sens que celui
de se retrouver dans un cycle
de lavage complet le sexe
introduit partout où elle lit 

Thierry Radière - Tous droits réservés -



Bibliographie de l'auteur



REVUES :

Etats civils 7 ; 8 ; 9
Traction brabant  45; 48
Les tas de mots 8 ; 9
Microbe 70 ; 72 ; 76
Gros textes Arts et résistances n°3
Verso 150
Décharge 155 ; 160
Népenthès 6
Sipay n°10 (revue littéraire seychelloise)
Terre à ciel
Soliflore n°10 (Nouveaux délits)
Les amis de l’Ardenne n°35
L’angoisse 3 ; 4
mgv2_72
Cohues n° 10
Paysages écrits n° 15 ; 17-18
Métèque n° 0
Squeeze n° 9 ( à paraître en août 2014 )
Short Stories Etc n° 02 ; 04 et le numéro 09 d’août 2014 (La matière noire)
Shortédition
Les Ecrits du Nord (éditions Henry) automne 2014

ANTHOLOGIE

Figure dans Visages de poésie (anthologie- Tome 6) de Jacques Basse, Rafael de Surtis, mars 2012

EBOOKS

Nouvelles septentrionales, éditions du Zaporogue, 2011, en téléchargement gratuit.
Le manège, éditions du Zaporogue, 2012, en téléchargement gratuit.
Le murmure des nuages, Editions Emoticourt, 2013.

LIVRES

Confidences et solitudes de plus en plus courtes, éditions Jacques Flament, 2013

A PARAITRE

si je reviens sans cesse ( recueil de poèmes ) Editions Jacques Flament, octobre 2014.
Rivages intimes ( prose poétique + photographies en noir et blanc de Marc Decroc ), Editions Jacques Flament, octobre 2014
Juste envie de souligner, ( plaquette de 19 poèmes ), Editions La porte, début 2015.

vendredi 11 juillet 2014

Elie Delamare-Deboutteville

Merci au camarade poète Fabien Leriche qui m'a fait découvrir ce poète merveilleux.


Anges

la mort
c'est
dormir
sans son corps

et pourtant
la souffrance
parcourt
les mondes

Ô mes beaux anges
si vous mourrez
vous ausssi

comment ne pensserais-je pas
Dieu possible
et impossible

*
(...)

Le temps est venu
de jeter le soleil
avec l'eau du bain

(...)

*

élevant l'oubli
vers le signe
inscrit sur
la porte

et d'avenir le plafond
incitant le possible
à sembler d'accabler
les armes blanches du jour

où l'infini recule
comme un crabe où
les yeux parlent du gouffre

où une forme de mort
commence à hisser
ses drapeaux de pirates

*

pour madame le docteur mort

j'avais des ciels
dans mon corps
et vous avez essayé
de me traverser



Elie Delamare-Deboutteville (1947-2013)
Extraits de Poèmes pour la conquête d'un vertige - Dumerchez éditeur - 2004

Pause clope


jeudi 10 juillet 2014

Perdu parmi les femmes






 
Copyright photo Natacha Petroff
 

Ceci est  un extrait de mon second roman en cours d'écriture. Il a pour titre Perdu parmi les femmes. On y retrouve le personnage de Stella Slovencik, présente dans Le sourire des évadés (sortie septembre 2014 - éditions La dragonne)
 
 Je la revois encore, en culotte de coton blanc, chercher son jean dans le foutoir de la chambre, se dandinant, topless : vision de laquelle j’ai eu du mal à m’extirper, le regard figé, la bouche entrouverte de stupéfaction libidineuse, pour, comme j’ai accoutumé de le faire depuis que Stella partage mon lit, enflammer mes sens aussi vite qu’une allumette craquée au-dessus d’une flaque d’essence.
Je me demande si je ne suis pas amoureux de cette fille, surtout lorsqu’elle pleurniche en avouant n’être pas taillée pour ce monde, ou lorsqu’elle tente (comme cet été) de sauver un oisillon tombé du nid ou de s’occuper d’un escargot à la coquille brisé.



 
Fabien Sanchez- Tous droits réservés- SGDL

mercredi 9 juillet 2014

Mon premier roman

Mon premier roman sortira en septembre

Chers ami(e)s,

Écrit entre 2009 et 2012,
après avoir failli être publié chez Flammarion, pour être finalement récupéré par mon éditeur Olivier Brun des éditions La Dragonne, qui avait prévu de le sortir en septembre 2013, puis au printemps 2014, ce livre, qui est mon premier roman sortira finalement en septembre 2014 pour la rentrée littéraire…

Son titre : « Le sourire des évadés » (240 pages)

Après deux recueils de nouvelles et un recueil de poèmes, je me suis attaqué au dur du texte long…

Comme le disait Philippe Djian, ( de mémoire) : « écrire une nouvelle, c’est envoyer un avion en papier dans les airs, écrire un roman, c’est être aux commandes d’un bombardier avec une soute remplie ras la gueule… ».

J’ai fait ce que j’ai pu, je crois pouvoir dire que j’ai tout donné, j’y ai mis tout mon cœur et toute mon âme…

J’espère que ce livre, que vous pourrez trouver dans toutes les bonnes librairies ( ou en le commandant chez un libraire) saura vous toucher, vous intéresser, vous captiver, vous émouvoir.

N’hésitez surtout pas à m’en faire un retour ; je suis très preneur de récolter vos avis et vos sentiments.

La sortie d’un premier roman est une étape importante dans la vie d’un écrivain.
J’espère que ce livre rencontrera un public, en dépit de la morosité de l’état de la diffusion actuelle concernant les petits éditeurs indépendants.

Je remercie Olivier Brun, mon précieux éditeur, pour son soutien indéfectible et son enthousiasme pour le manuscrit ainsi que de sa précieuse relecture très attentive.

Je vous souhaite une très bonne lecture, et d’ici là un très bel été, et vous remercie de votre soutien et de l’intérêt que vous portez à mes livres à chaque fois que l’un d’entre eux parait…

A bientôt mes amis.

Ma main amie (comme disait Cendrars)

Fabien

lundi 7 juillet 2014

A la tienne Pierre Autin - Grenier


*

"Ce sont les pessimistes qui, petit à petit, perfectionnent le monde et les optimistes qui affirment que leur Reich, ou toute autre chose du même acabit, va durer mille ans."

 

*

Poussive éternité tout entière passée à ne rien faire et, quand c'est fini, alors regrets éternels des instants tranquilles à trinquer avec un petit reginglard de charbonnier entre ivrognes avertis, souvenir envolé du poulet à l'estragon, remords cuisant de n'avoir commis aucun crime…

Roulent ainsi dans ma tête des pensées assassines envers ceux qui, manifestement, voudraient que je travaille. Pouah !… Attendent que je devienne "un grand écrivain", selon la malheureuse formule. Vont jusqu'à lire par-dessus mon épaule les mots que je n'écris pas.

Alors que me passionne simplement, comme ça, le temps qui passe.

Pierre Autin-Grenier

Un roman coup de poing de Jonathan Shaw



Mon coup de cœur littéraire du moment, "Narcisa" de Jonathan Shaw chez 13ème Note , cette excellente maison d'édition consacrée à la littérature contemporaine américaine qui malheureusement, s'arrête après cinq ans de bon et loyaux services. 13èeme Note a révélé des auteurs comme MarkSafranko, Dan Fante, entre autres...C'est bien regrettable.

Ce livre est un coup de poing à l'estomac et je lui trouve des similitudes dans l'éfficacité narrative , le rythme, et le sujet avec le non moins excellent "Putain d'Olivia" de Marc SaFranko  publié lui aussi chez l'excellent 13ème note.

Inspiré ne notes prises par Jonathan Shaw pendant trois ans, ce roman se passe au Brésil, à Rio de Janeiro. Narcisa, Lolita carioca cockée et crackée jusqu'à la moelle rencontre le quadragénaire Cigano, un gitan sorti de l'enfer de l’héroïne et de la prison, et lui fait tourner la tête.

Je vous livre ici un court passage qui donne le ton de ce superbe roman de Shaw, né en 53 à New-York, fils du jazzman Artie Shaw et tatoueur de Dee Dee Ramone et Jim Jarmusch.

Bonne lecture.

*


"Elle est restée dans cet état comateux pendant quelques heures. Je l'ai installée sur le canapé, je me suis allongé à côté d'elle et, enfin, j'ai pu me détendre en écoutant la pluie tomber...Malgré toute la fatigue, être allongé à côté de Narcisa et sentir son parfum envoûtant dans mon demi-sommeil, c'était trop pour moi. Silencieusement, j'ai descendu sa culotte le long de ses jambes avant de me faufiler à l'intérieur de sa chatte humide tandis qu'elle ronflait. Cette première fois où j'ai baisé Narcisa pendant son sommeil était un frisson pur. C'était comme de jouer avec un tigre drogué, de passer mes doigts sur ses crocs.
Dompter la Créature endormie était une expérience irréelle. Après avoir profiteé de son corps, je suis allé me laver au lavabo. En revenant dans la pièce, je l'ai contemplée de nouveau : sublime beauté étendue sur mon canapé. Elle avait l'air si paisible, aussi inoffensive qu'un ouragan vu de l'espace.
A nouveau, je bandais dur comme l'acier. Et c'était reparti. Ce jour-là, je l'ai prise et reprise. J'ai dû jouir une dizaine de fois pendant qu'elle continuait de ronfler. Des airs de musique classique massaient ma cervelle et se mêlaient au rythme du ventilateur et au bruit de la pluie dehors ; j'avais l'impression de mêtre fait un shoot d'héroïne.
Narcisa a dormi vingt-quatre heures, moi aussi. Les choses ne se déroulaient pas trop mal, au fond.
L'avoir chez moi, c'était comme vivre avec un nouveau-né...Il faut dormir quand bébé dort, car quand la Créature se réveille c'est go go go !
Je bénissais les jours d'attérissage quand je pouvais enfin me reposer."


Narcisa- Jonathan Shaw - 13ème note éditions