samedi 30 août 2014

Une phrase de Ionesco sauvée du vent

“La Raison c’est la folie du plus fort"



Patt Garrett et Billy the Kid...


J'ai posé un genoux à terre devant le beauté de ce western superbe, le plus beau selon moi dans la série des crépusculaires. Un bijou du grand Sam Peckinpah avec James Coburn, Kris Kristofferson et Bob Dylan....(et aussi Harry Dean Stanton )...BO de Dylan sublime d'où est extraite "Knockin' on heaven's door"...La perte de l'innocence, la corruption des sentiments et des âmes pour Garrett - son vieillissement, sa trahison, sa soumission à l'ordre...Et la liberté incorruptible et invincible du jeune sauvage Billy le kid, sorte de Jim Morrison de l'ouest..Le tout dans un film lent, désenchanté et gracieux...et la présence énigmatique et mal à l'aise de Dylan dans le rôle de l'énigmatique Alias...Le vent et la poussière du désert, le whisky qui coule à flot, les balles qui sifflent, et cette façon fataliste et lasse qu'ont les hommes de mourir...comme s'ils quittaient la terre sans regret et que la mort ne les effrayaient pas, comme s'ils avaient assez vu le soleil et suffisamment arpenté une vie lassante sur des chevaux qui furent leurs seuls amis, sans oublier les putains dans les bordels de Santa Fé, les seules femmes de leurs vies où l'aventure et la soif d'espace et de liberté ne parvenaient plus à masquer la grande fatigue de vivre qui corrompt les élans les plus nobles et les plus meurtriers. Un film sur la lassitude...Comme un PREMIER et ULTIME sourire à la mort.

vendredi 29 août 2014

Tahiti...

Ma décision est prise : j'irai vivre à Tahiti...Un jour...proche ou lointain...

Volupté...

Torse nu dans le jardin, en bermuda, pieds-nus, je lis à la lumière de la bougie "Bréviaire des vaincus", le plus beau livre de Cioran : je jouis pleinement de chaque seconde, pénétré de la sensualité de l'été, saison bénie entre toutes...Incendie de volupté , fragrance des parfums de jadis, entre littoral, garrigue et Montagnes cévenoles, au sud, le sud, point cardinal de mon âme...

jeudi 28 août 2014

Una frase de Prevert salvada del viento


"Nunca es tarde para no hacer nada."
Jacques Prévert

Mare nostrum...

Indifférence très reposante et inédite à l'égard des jeunes filles en fleur croisées en maillot de bain sur la plage...
 

Amer constat...

La poésie aussi a ses Marc Lévy

N'oublie pas...

" N'oublie pas de garder en des temps pénibles l'impassibilité comme en des temps heureux un cœur sait tempérer la joie insolente."

Horace, Carmina II,3

Un peu de Lucrèce en ce jeudi...

"Car aussi longtemps que ce que nous désirons nous manque, cela nous semble surpasser en valeur toute chose ;mais dès que nous l'avons, une autre surgit, et ainsi nous somme tenus en tout temps par une soif égale, nous qui sommes altérés et aspirons à la vie. "

mardi 26 août 2014

Are you bipolar ?


Le poète et le réalisateur

Je connais un réalisateur de cinéma que sa médiocrité a rendu millionnaire et satisfait de lui et un excellent poète qui compte 200 lecteurs et qui vivant dans la misère et travaillant à l'usine ne devrait pas tarder à se suicider ...

Interieur cuisine - 2h du matin

J'imagine que crouler sous les soucis, les reproches et l'ennui est une façon qui en vaut bien d'autres de vivre sa vie. Heureusement, les cafés existent pour fuir sa femme et le tabac pour se donner une contenance devant tant de larmes rentrées. Je remercie au passage l'inventeur du lexomil. En voilà un qui n'a pas rien fait de sa vie.

VERBE

Étouffer est le verbe qui résume le mieux ma vie. Il se trouve que je le trouve fort beau.

CONSTAT...

Ma vie spirituelle est néantisée. Et je n'en ai rien à faire. Je lis la presse tous les jours, ça me rassure. Je m'administre des bons points. Je suis mon élève : indiscipliné, cancre, rebelle, mais dans le fond, aimant ma rigueur funeste et ma tristesse ontologique.

Clarté...

Je connais des êtres médiocres qui sont publiés et d'autres talentueux qui rament pour l'être : je ne sais pas à quoi cela est du. Au moins quand je travaillais dans le cinéma, il n'y avait que des médiocres, les choses étaient plus claires.

Médiocrité...

Tellement de gens sont médiocres que j'ai fini par me demander si je n'en étais pas arrivé à ce stade moi-même. Ce qui est sur c'est que je suis égoïste, et en vieillissant, ça ne va pas s'arranger. Quant à ma médiocrité, je m'en accommode. Oui, on cohabite bien ensemble. Sauf que vivre sous le regard d'une femme oblige à se contraindre, à se parfaire, à tenter de se maintenir...quand on ne voudrait que basculer dans la bassesse des sentiments, se rouler dans la paresse, le désenchantement, le nihilisme, une sorte de déchéance bon teint. Devenir une roulure qui n'aime personne me plairait assez, un homme que les gens haïssent au travail, qui tourne le dos à tous ses amis...Un homme qui baiserait par hygiène sur Meetic, décevrait toutes les femmes et ne serait gentil qu'avec sa vieille mère...Oh, se laisser aller à de tels états...Quelle douceur jubilatoire, au lieu que d'être faussement vertueux, s'épuiser à être réfléchi, attentionné, amical, aimant...Un hypocrite des sentiments....Dommage d'avoir déchu...D'avoir ravalé sa langue de pute.

Rêve...

Un de mes rêves : travailler au comité de salut public de l'office des Hlm de Paris..et être à l'origine de quelques grincements de dents CEPENDANT que je serai en mode jubilatoire, le couteau entre les dents, décrétant caduques certaines attributions, insensible aux larmes des expulsés...

J-7

Retour à Paris : J-7. En attendant, je bois mon café dans le jardin de ma maison d'enfance, sous le soleil du sud méditerranéen. Bruce chante le fantôme de Tom Joad...Ma femme lit Le monde sous le tilleul. Dans une heure on retourne à Sommières, ville de Lawrence Durrell. On mangera au restaurant sous les peupliers en s'enivrant de vin du Pic Saint Loup. Oui, dans une heure, je mettrai la clef dans le contact de ma décapotable de location. Et à nous la route bordée de peupliers, les cheveux au vent. Je remercie une fois de plus en ce jour béni arraché au labeur des jours, les grévistes de 1936 et François Mitterand pour la cinquième semaine de congés payés. J'emmerde le cac 40, la BCE, le FMI et je n'oublie pas tous ces gens qui luttèrent pour nos acquis sociaux, avec dans le fond du cœur, cette parole de mon regretté père, l'un des hommes les plus extraordinaires qu'il m'ait été donné de connaître : Mon fils, n'oublie pas une chose, les possédants sont et resteront toujours sans pitié.

jeudi 21 août 2014

Jean-Pierre Georges - Florilège



Je ne peux guère compter que sur moi pour écrire sur moi

L'heure m’appelle. A sa voix d'institutrice je reconnais ma tristesse.

On est moins sûrs de l'âme que de l'intestin

Je m'attaque à un nouveau mois (novembre) comme le bûcheron à un chêne.

J'ai bientôt soixante ans d'espérance de vie derrière moi

Maintenant à tout instant il trébuche sur sa date de naissance

 


Jean-Pierre Georges 
"L'éphémère dure toujours" - Tarabuste éditeur /  "Le moi chronique" Éditions Les carnets du dessert de lune  

Renoncer à demi

Le difficile, pour celui qui a renoncé à demi, est de faire le reste. L'existence lui pèse sans doute mais il n'a pas épuisé sa surprise d'exister. De là viennent ses irrésolutions, et le repentir de s'être arrêté à mi-chemin, sans chance aucune de mener à bien un dessein conçu de longue date. Un raté du renoncement.

Cioran - Le mauvais démiurge

une phrase de Yasui Kôji sauvée du vent

A ma mort
venez tous
déguisés en oiseaux

Yasui Kôji

mercredi 20 août 2014

Malheur aux vaincus...

Rien de neuf sous le soleil. A l'heure où un français sur deux n'a pas pu partir en vacances, au zénith de la fameuse et interminable crise, je lis dans Libération que les actionnaires sont heureux. Les firmes françaises détiennent la palme mondiale de la rémunération des actionnaires au deuxième trimestre : quelque 40 milliards de dollars de dividendes...Chapeau au pleurnichard du patronat Pierre Gattaz et malheur à nous, les vaincus. Tenez bons amis impécunieux, je sais que nous sommes quelques uns à ronger notre frein, à avoir en bouche le gout acide de l'amertume et dans le cœur le pieu enfoncé d'une rage funeste. Mais comme l'a dit Henry Miller : "Un monde sans espoir, mais pas de désespoir ". Ah ça ira ça ira ça ira, les actionnaires à la lanterne....

mardi 19 août 2014

Une phrase de Jean-Pierre Georges sauvée du vent


A court d'arguments contre l'absurde j'irai gagner ma vie


                                                                 Jean-Pierre Georges

Certitude et voeu sincère


Une seule certitude : j'ai violemment haï le travail. 
Par instinct - ou par bêtise - je n'ai rien "construit". Par facilité et paresse j'ai tout fonctionnarisé, mensualisé : santé, confort, amour, amitié, écriture. J'étais un timide, je suis devenu un tiède. Je ne sais plus ce que c'est de souffrir. 
Cela en mon pouvoir je jetterais mon sexe au premier chien qui passe. Car plus qu'une complication, c'est une plaie cette guérilla avec le ventre. Installé dans la pérennité de l'attente vaine, je forme un vœu sincère : je voudrais que ma femme soit heureuse.


 Jean-Pierre Georges - Trois peupliers d'Italie - éditions Tarabuste

lundi 18 août 2014

Les hommes d'action...

Je le répète, et répète et j'insiste : les hommes spontanés, les hommes d'action sont justement des hommes d'action parce qu'ils sont bêtes et limités. Comment j'explique cela ? Très simple : c'est cette limitation qui leur fait prendre les causes les plus immédiates, donc les causes secondaires, pour des causes premières; ainsi parviennent-ils plus facilement et plus vite que les autres à se convaincre d'avoir trouvé la base indubitable de leur affaire - et ça les tranquillise; et c'est là l'essentiel. Parce que, pour se mettre à agir, il faut qu'il n'y ait plus la moindre place pour le doute.

Fedor Dostoievski

Sous la robe...

 
Je suis la page nue je pèse je serai
le livre secret sous la robe
(la robe se partage il n'est plus de secret )

Jean Joubert

samedi 16 août 2014

Le plus grand voyageur...


« Le plus grand voyageur est celui qui a su faire une fois le tour de lui-même. »

     Confucius

mercredi 13 août 2014

Robin Williams

"J'ai l'habitude de penser que la pire chose dans la vie est de la finir seul. Mais, en réalité, la pire chose dans la vie est de finir sa vie avec des gens qui vous font sentir seul." 

Robin Williams.

Captain, O my captain...


"On lit ou on écrit de la poésie non pas parce que c'est joli. On lit et on écrit de la poésie parce que l'on fait partie de l'humanité, et que l'humanité est faite de passions. La médecine, le commerce, le droit, l'industrie sont de nobles poursuites, et sont nécessaires pour assurer la vie. Mais la poésie, la beauté, l'amour, l'aventure, c'est en fait pour cela qu'on vit. Pour citer Whitman : « Ô moi ! Ô la vie ! Tant de questions qui m'assaillent sans cesse, ces interminables cortèges d'incroyants, ces cités peuplées de sots. Qu'y a-t-il de bon en cela ? Ô moi ! Ô la vie ! ». Réponse : que tu es ici, que la vie existe, et l'identité. Que le prodigieux spectacle continue et que tu peux y apporter ta rime. Que le prodigieux spectacle continue et que tu peux y apporter ta rime... Quelle sera votre rime ?

Robin Williams, Le Cercle des poètes disparus (1989), écrit par Tom Schulman


RIP au Professeur Keating.

samedi 9 août 2014

Comment mourir pour Montaigne


"Si nous avons besoin de sage-femme à nous mettre au monde, nous avons besoin  d'un homme encore plus sage à nous en sortir"

Michel de Montaigne

vendredi 8 août 2014

Alejandra Pizarnik - "La vérité est ce peu à peu..."


La vérité n'arrive pas par une révélation fulgurante comme tu le croyais. La vérité est ce peu à peu, ce qui lentement s'éteint : ton enfance, ta jeunesse, tes désirs, ton attente...Tout est semblable et tout est autre. Il faut l'accepter, un peu moins douloureusement, car tout ça n'a pas d'importance, pas d'importance. Mais tu es toujours tragique et tu voudrais - une seule fois - commettre un acte pur, réaliser l'absolu que tu t'étais promis

Alejandra Pizarnik -
Journaux 1959-1971- Éditions Corti

"Nous sommes les innocents du village..." Jean-Jacques Pauvert


" Nous voulons vivre, est-ce si difficile ?
Le monde sera bientôt aux mains des polices secrètes et des directeurs de conscience. Tout sera engagé. Tout servira. Mais nous ? Nous ne voulons servir à rien. Nous ne voulons pas qu'on nous utilise. Une pluie de cendres enfouit lentement la terre sous l'ennui et la contrainte. Les hommes, un à un, rejoignent leur affectation dans les troupeaux. Nous, nous sommes les innocents du village. Nous jouons avec les filles, le soleil ou la littérature..."

Jean Jacques Pauvert -- La Traversée du livre

La Bruyère - Ecrire


"Ceux qui écrivent par humeur sont sujets à retoucher à leurs ouvrages : comme elle n'est pas toujours fixe, et qu'elle varie en eux selon les occasions, ils se refroidissent bientôt pour les expressions et les termes qu'ils ont le plus aimés.

La même justesse d'esprit qui nous fait écrire de bonnes choses nous fait appréhender qu'elles ne le soient pas assez pour mériter d'être lues.
Un esprit médiocre croit écrire divinement ; un bon esprit croit écrire raisonnablement."



 La Bruyère - Les caractères - Des ouvrages de l'esprit

La preuve


Baiser et parler


Henry Miller à Anaïs Nin
 

" A ton retour, je vais te donner une vraie fête de l'amour littéraire - ce qui veut dire baiser et parler et parler et encore baiser - et une bouteille d'Anjou entretemps, ou un vermouth-cassis. Anaïs, je vais littéralement t'écarteler. Que Dieu me pardonne si jamais cette lettre est ouverte par erreur. Je n'y peux rien. Je t'aime. Je te veux. Tu es mon pain et mon vin, tu fais fonctionner cette foutue machine, pour ainsi dire. Être sur toi est une chose, mais me rapprocher de toi en est une autre. Je me sens proche de toi, je ne forme qu'un avec toi, tu es à moi, que cela soit admis ou pas. Chaque jour d'attente est pour moi une torture. Je les compte lentement, douloureusement. ... Je veux te voir à Louveciennes, te voir dans la lumière dorée de la fenêtre, dans ta robe verte comme le Nil, avec ton visage si pâle, d'une pâleur glacée comme le soir du concert. Laisse tes cheveux lâchés, expose-les au soleil - qu'ils reprennent leur couleur. Je t'aime comme tu es, j'aime tes reins, leur pâleur dorée, la courbe de tes fesses, la chaleur de ton sexe, ton jus. Anaïs, je t'aime tellement, tellement ! J'en deviens muet. Je suis même assez fou pour croire que tu pourrais faire irruption ici, de la manière la plus inattendue. Je suis là, entrain de t'écrire, avec une érection magnifique. Je sens tes lèvres se refermer sur moi et ta jambe me serrer très fort, je te revois dans la cuisine soulevant ta robe et t'asseyant sur moi, et la chaise qui se met à se promener sur le carrelage en faisant boum, boum, boum ! "

Retour du lac

M'en reviens du lac où je me suis baigné de nuit ; une chanson sur les lèvres que chantait un couple à la guitare "Dirty old town", avec niché au fond du cœur cette certitude, je suis un enfant de la mer, un fils de la méditerranée...exilé par amour à paris, et pour fuir ma mère ; mais n'est-on pas toujours exilé....Je veux les étoiles, la lune, le ciel, tous les jours...Mais je suis exilé...je mourrai en exil...Ou pas...Peut-être un jour réussirai-je mon évasion Je reviendrai sur les terres de mon enfance pour jouir du soleil et des étoiles...Mais pour l'instant, la capitale me tient par les couilles, je suis captif de ma femme, et pleurer ne changera rien à la donne. Mais un jour le soleil brillera pour moi, et enfin le glas, au pays de la mer, du thym et des chênes verts. Au pays où tout a commencé. Un chemin d'écriture. Que je prendrai à rebours. Avec dans ma poche les trois clous arrachés à ma crucifixion. 
 Qui ont pour noms indécision, paresse, ataraxie.

mercredi 6 août 2014

Faudrait savoir

Je suis si indécis que je ne suis pas foutu de savoir si je préfère le néant ou la vie éternelle...Une fois mort, ça pourra pas dépendre des jours.

Pensée de ce jour

Le monde est un fugitif. Je ne lui cours pas après.


Miller sur Rimbaud


En quoi suis-je autorisé à parler de cette vie inachevée avec une telle assurance ? C'est, encore une fois, que je relève des analogies avec ma propre existence, ma propre évolution. Mort à l'âge de Rimbaud, qu'en aurait-il été de mes desseins, de mes efforts ? Rien. J'aurais été considéré comme un raté exemplaire. J'ai dû attendre ma quarante-troisième année pour voir mon premier livre publié, évènement d'une importante déterminante pour moi, comparable en tout point à la publication de la SAISON pour Rimbaud.


Henry Miller - Le temps des assassins

lundi 4 août 2014

Le sage et l'insensé


Le Sage a ses yeux a leur place
Et l'Insensé marche en l'obscurité !
Je me suis pourtant rendu compte qu'un destin
identique les attend tous les deux.
Et j'ai dit à part moi : " Une fin pareille
à celle du fou m'attend donc, moi aussi ?
Mais alors, que me sert d'avoir été si sage ?"
Et j'ai déclaré en moi-même que cela aussi était vanité.
Il ne reste pas plus de souvenir du sage que du fou, à jamais :
quelques jours passent, et déjà ils sont oubliés
l'un et l'autre.

L'Ecclésiaste


Fenêtre ouverte sur Rodrigue Lavallé



Un autre poète découvert sur facebook (après Christophe Brégaint, Paul Poule, Thierry Radière...) que je vous propose de découvrir ou redécouvrir à travers cette fenêtre. 

Rodrigue Lavallé habite dans la région Lyonnaise.

Outre dans des Webzine tels que Le Capital des mots, VoxPoésie, Soc et Foc (florilège) et RaTures, il a publié des textes dans des revues numériques ou « papier » : Incertains regards ; Bleu d’encre ; 2000Regards ; FPDV ; Les tas de mots ; Le livre à disparaître ; Paysages écrits ; Vents alizés ; Comme en poésie ; L’assaut ; Levure Littéraire ; Traction Brabant ; Gelée rouge; Recours au poème ; Haies Vives ; Terre à Ciel ; Nouveaux Délits; N47...

« hors soi, penché », son premier recueil, paraîtra à l’automne 2014 aux éditions Éclats d’Encre.



*


serrure
à l’œil planté dedans soumis à la lumière
hasardeuse et courbé d’un autre
ce qu’on voit qui se reflètent
ce sont des contours flous
comme rognés
la somme désarticulée des mots
mal compris mal dits des idées de bazar
gestes ébauchés la somme
au prix de grands efforts
ça forme silhouette et ce qu’on voit
c’est bizarre au final soi-même

*

des années suspendues
aux fenêtres et délavées
derrière le rideau
n’en pas revenir
bouche bée cheveux rares
une moitié de peau grise
qui respire à sa place
qu’on connaît sans bien savoir
où déjà

*

on dirait avant l’aube
ce qu’on déploie d’effort
pour un pas devant
esquisser quelques contours
de quelque objet
soi dont les contours
-puisque les mots-
dont le corps s’étale
comme une tâche
humide encore de la cavité
maternelle

dans d’âpres négociations sans doute
on tentera
puisqu’il faut bien
joindre surface et
se fondre
on se fondra sous la pluie sale
d’autres regards
ployés

*

que la chair les os les cheveux
passe encore
ça n’empêcherait
presque rien
mais à peu près debout
l’œil la main les nuits même
ça finit par peser dans
la balance
rallonger la route
d’autant

*

beau se croire
d’un côté d’un autre
de la ligne telle ou telle
il faut toujours choisir
entre deux mots deux âges
un camp malgré tout
trancher dans quelque vif
dehors ou dedans
raboter des coins
pour que ça passe

*

dit que la voix demeure
à défaut du souffle
avec ce qu’on y met de ce qui manque
rien de plus

 
(extrait du recueil "hors soi, penché" à paraître en octobre 2014 aux éditions Éclats d'Encre)


*

elle rentre et ne se lave
jamais de son absence
peut que s’asseoir
elle ne peut que s’asseoir

son âge respire pour elle
le même quoi qu’il paraisse
dans ses yeux cillés
comme une mort

elle ne sent pas l’écart
creuser falaises
une mer s’engouffrer
de neige noire

*

de mots caillés qui disent
le pain quotidien
petite monnaie dans les poches
et d’autres choses comme
le beurre du petit-déjeuner
disent surtout

la distance bien réglée
d’elle à lui le garçon
temps bien ordonné
qui commence par soi
mais n’en finit pas pour autant
par passer

*

ce jour-là sans même
s’en apercevoir

quitta le monde
perdit le sens
de sa marche

elle qui
d’une empreinte
l’autre
déjà

si peu

(l’habitait)

*

pauvre corps tombé
dans un piège du temps
avec ta tête bleu
ton bras défait
ton cri rentré dedans

tu peux plus remonter
mais ne sais pas encore que
ne pourras plus jamais
la tête va rouler le bras
quitter le corps

et le trou se fermer sur toi
tout ce que tu vivras désormais
bruits étouffés
sous un plafond de terre
comme tout le monde au fond

 
(extrait du recueil "quelqu'un peut-être", inédit)

 

*

arborer ou tailler la chair
l'espace
on n'en sait rien

la même chambre aux
murs d'énigme et
d'amour croupi
doigts en eau diables errants
dans les ronces

nulle promesse
ni demain
ne rend gorge à
l'obstination


ventre ici
brume dedans
ce matin

*

ni visage ni mots le corps est dépecé
l'horizon dépassé par ces quatre murs là
poussière et planches rien tables buffet
bois mort comme lèvres et dents

l'oeil torve dedans le bol
scrute

à cet instant l'heure dérobe
le sol je ne sais
rien d'autre

*

mais qui nous traverse? une foule
saccage pupilles et cornées
des silhouettes grises autant que pierres froides

on chercherait son pouls dans l'aube
à remâcher la nuit

frontière molle peau d'usage
autre part et qui?

des vies superposées
l'une à l'autre
fondus

*

nudité d'averse dans le silence tu dis
quel temps fait-il

se lever dresse un champs de bataille
à l'odeur de cordite
innocence fourvoyée sous un tas de cadavres

charnier ce soir

quel temps fait-il?
-un jour
il fait un jour de moins

*

je sais
que tu sais le recoin la tâche moisie
sur le mur de ta chambre
son chiffre et le mot de l'énigme
annonciateurs
du désastre

ton double aux aguets trahit
ma vision naturelle
ce n'est rien
que ton sourire inquiet tendrement
qui décloue ma carcasse
de son ombre

(textes inédits)