mardi 30 septembre 2014

Ce que Sylvia redoute le plus...



Ce que je redoute le plus, je crois, c'est la mort de l'imagination. Quand le ciel, dehors, se contente d'être rose, et les toits des maisons noirs : cet esprit photographique qui, paradoxalement, dit la vérité, mais la vérité vaine, sur le monde


Sylvia Plath

Sylvia navigue...

Névrosée ! ah ! ah ! ah ! … J’ai laissé échapper un rire plein de dédain : ‘Si c’est être névrosée que de vouloir au même moment deux choses qui s’excluent mutuellement, alors je suis névrosée jusqu’à l’os. Je naviguerai toute ma vie entre deux choses qui s’excluent.

Sylvia Plath


dimanche 28 septembre 2014

Apothéose finale

Milos Forman est un cinéaste qui sait soigner la fin de ses films. Si l'on s'en réfère au final en arrêt sur image remarquable et totalement surréaliste de "L'As de pique", la fin pathétique et lyrique en diable d'"Amadeus" où Salieri absout les fous de son asile, sans parler de la course de L'indien dans les champs baignés de la lumière de l'aube qui jouxtent l'asile dont il vient de s'échapper dans "One flew over the cukoo's nest" ...Mais celle de "Taking off" (1971) (pour moi son meilleur film) qui se termine sur le regard incrédule d'une jeune adolescente adressé à ses parents au retour de sa fugue confine au sublime...

jeudi 25 septembre 2014

Michel Polac se demande...


J'écris donc pour me persuader que j'existe ?
Ou pour me libérer de l'existence ?

Hors de soi - Michel Polac

Un court moment passé dans la prose de Serge Koster...


Quand je consentais à la franchise envers moi-même, je posais les termes du problème : tu venais pour l'argent, je venais pour le sexe, tu n'obtiendrais pas l'argent. Ce qui contrariait la solution (notre rupture), c'était le déséquilibre des propositions suivantes : plus s'exprimait ta férocité dans la lutte pour survivre, plus je me pliais à un esclavage volontaire où une voix équivoque dialoguait avec elle-même en moi : "Tu sais, la demoiselle, là, elle va être très sévère avec toi...- Mais c'est aussi une jolie dame, elle sait comment te consoler..." Tu me menais la vie dure, dur pour toi se dressait mon sexe. Voluptueux martyre, commerce assassin. "Et le cœur?" s'inquiétait derechef mon trésorier. Il oscillait entre la tête et la braguette. Il m'arrivait de perdre l'une et d'être sur le point d'ouvrir l'autre. En toute vulgarité. Comme ce jour où, te raccompagnant, Samira, dans le souterrain où tu avais parqué ta énième voiture d'emprunt, je cédais à l'atmosphère cauchemardesque du lieu comme à la tension lubrique qui m'affolait et saisis ta main pour la plaquer, odieusement il est indéniable, sur le membre en souffrance. Bon Dieu, le cataclysme. L'accident panique : un satyre harcèle une nymphe qu'un serpent mord ; elle tressaille de toute sa dignité blessée, recrache le venin en sifflant : "Tu deviens fou, espèce de salaud !" Voilà le travail des sens. Pour le sens, ça dépend du point de vue. Elle, toi: "Si tu m'aimes comme tu le prétends, tu dois me secourir et me protéger sans rien exiger en retour." Lui, moi: "Je donne pour que tu donnes. Je te veux du bien, tu me dois du bien." Et Lucas Lenoir : "Le sexe et l'argent sont liés par le contrat de l'âge et du désir. Vénus est, par nature et par nécessité, absolument vénale. Si tu continues à payer, il faut qu'elle couche."
Coucher ? Coucher, Samira. Te dévêtir, t'admirer nue, glisser ma langue partout, répandre à la surface de ta chair et dans les orifices aphrodisiaques ma salive fleurant l'eucalyptus et le menthol, garder à la portée de la main la pilule inventée par la chimie pour pallier les possibles défaillances ainsi que le préservatif qu'on manipulera le plus poétiquement du monde, et enfin, et enfin découvrir émerveillé les formes de ton plaisir - cela s'appelle l'amour, Samira. Ou bien ça y ressemble.(...)
Que d'affres - un séisme à l'échelle microscopique de l'être intime, ânonnant dans la persévérance de l'amour comme on déchiffre l'abécédaire d'une écriture inconnue.


Serge Koster - Ces choses qui blessent le cœur - Éditions Léo Scheer

Big decision...


J'ai arrêté de faire du sport il y a plus de dix ans,
sans patch,
sans acupuncture,
sans aide,
 
juste la volonté...

mardi 23 septembre 2014

L'art, une activité d'infirme...


Pour Schopenhauer l'art est une activité d'infirme. L'artiste souffre d'une atrophie du vouloir-vivre compensée par une hypertrophie de la conscience. Moins il vit, mieux il voit. Quelle que soit la raison de sa faible puissance d'exister - une maladie native, une grave blessure psychique reçue en son enfance ou les affres successives essuyées dans sa vie - un artiste se sent disqualifié pour participer directement à la tragi-comédie humaine mais, de ce fait, bien placé pour assister au spectacle et le retranscrire. Proust, à sa manière, ne dit rien d'autre.

Frédéric Schiffter

Une phrase de Talleyrand sauvée du vent...


"Suivre sa pente au lieu de chercher son chemin "

Stephen King a un peu de MAL avec les riches....


 […] Les sénateurs et représentants américains qui refusent, ne serait-ce que d’envisager d’augmenter les impôts des riches, et gémissent comme des bébés ge...ignards (en général sur Fox News) chaque fois que le sujet revient sur le tapis, ne sont pas, pour la plus grande majorité, immensément riches, même si beaucoup d’entre eux sont millionnaires. Simplement, ils idolâtrent les riches.

Ne me demandez pas pourquoi ; je ne les comprends pas non plus, puisque la plupart des riches sont aussi ennuyeux que de la merde de vieux chien mort.

[…] J’imagine que cet amour des conservateurs pour les riches vient de l’idée qu’en Amérique, n’importe qui peut devenir riche s’il travaille dur et qu’il économise ses sous. Mitt Romney l’a dit, en fait :

« Je suis riche et je ne m’excuse pas d’être riche. »

Mais personne ne veut que tu t’excuses Mitt, ce que veulent certains d’entre nous (ceux qui ne sont pas aveuglés par le persiflage de conneries qu’on vomit pour masquer l’idée que les gens riches veulent garder leur satané fric), c’est que tu reconnaisses que tu n’aurais pas pu réussir en Amérique sans l’Amérique. Que tu as eu la chance de naître dans un pays où la mobilité sociale est possible (un sujet sur lequel Barack Obama peut s’exprimer avec le poids de l’expérience), mais où les canaux permettant une telle mobilité ascendante sont de plus en plus bouchés.

Cela s’appelle le patriotisme

Il est injuste de demander à la classe moyenne d’assumer un taux d’impôt disproportionné. Pire qu’injuste ? Putain, mais c’est anti-américain !

Je ne veux pas que tu t’excuses d’être riche, je veux que tu reconnaisses qu’en Amérique, nous devrions tous payer une part d’impôts juste. Que nos cours de civisme ne nous ont jamais appris qu’être Américain signifie : « Désolé les enfants, vous ne pouvez compter que sur vous-mêmes. » Que ceux qui reçoivent beaucoup doivent être forcés de payer dans la même proportion. C’est-à-dire de l’assumer sans se plaindre : cela s’appelle le patriotisme, un mot que les conservateurs adorent utiliser à tout bout de champ tant que ça ne coûte pas un sous à leurs riches bien-aimés

L'ennui de Clément Rosset....


De même l'ennui est naturellement très éloigné de l'idée fixe, et même à son opposé ; mais, à y regarder de plus près, on constate que cette différence tient au seul fait, grammaticalement mince, qu'il est très différend de ne s'intéresser à rien (cas de l'ennui) et de s'intéresser à rien (cas de l'idée fixe).

Clément Rosset - Le régime des passions - Les éditions de Minuit

vendredi 19 septembre 2014

Une phrase de Gary sauvée du vent...

" Parfois, le meilleur moyen d'oublier quelqu'un, c'est de le revoir."
 

Razliubit...


"Ce beau mot russe: razliubit. Il désigne le sentiment à l'égard d'un être que l'on a aimé et pour qui l'on éprouve encore une nostalgique affection mais plus d'attirance charnelle. Razliubit est intraduisible en français. Notre langue qui sait si bien servir l'amour passionné ou le dépit enragé n'a pas de mot pour les états de l'entre- deux."

Sylvain Tesson, Géographie de l'instant

La jeune beauté tentatrice et la promesse d'une vie meilleure...


Ce texto d'une lectrice : "Quand vous m'avez téléphoné hier, j'ai fait après seule dans ma chambre des bonds de quatre mètres de haut !!!". Je lis cela cependant que ma femme me reproche de n'avoir pas bien fait la vaisselle et après s'être une nouvelle fois refusée à moi, qui tentait une manœuvre craintive, vaguement soumise et assujettie au doute, à l'usure du temps, à une coriace lassitude. Mon ami philosophe m'enjoint à sauver ma peau en épousant cette jeune admiratrice de 25 ans, apprentie dentiste, qui me donnera sa jeunesse, son dévouement, son argent et l'enfant que ma femme refuse d'avoir. Terrible considération que celle d'une possible évasion, dont l'espoir rongeur est connu des prisonniers. Cette joie mêlée au sang de la tristesse devant ce message d'une jeune beauté provinciale dont la courbure des hanches, le galbe des seins, la clarté de la peau, la noirceur nympho maniaque du regard félin font battre mes tempes, débouche sur le constat, que soudainement submergé, je vais m'allonger, essoufflé et épuisé, comme après un effort physique intense, sur mon lit, l'ordinateur portable posé sur mon ventre, pour me connecter au blog du philosophe Frédéric Shiffter, pris dans l'étau où sont resserrés deux impossibles : joie et tristesse, se défiant dans une lutte perdue d'avance car disposant d'armes égales, et s'annulant doucereusement sous l'effet d'un quart de Lexomil fondant sous la langue comme neige au soleil...Laissant ainsi au vide retrouvé , le choix entre une approche stoïque devant les événements ou le recours  au souffle imperceptible d'un Dieu tour à tour loué et renié.

© 2014 - Fabien Sanchez

jeudi 18 septembre 2014

Un peu de Gil Jouanard dans ce monde de brutes...


" Les bruits catapultés par la rue explosaient de temps à autre dans la classe assoupie, associant le monde du dehors à une vague idée de liberté. Pythagore chantait par cœur sa mélopée isocèle."


Gil Jouanard - Jours sans événements - Fata Morgana

Serge Koster...





"J'avais appris à perdre. Amours, argent. La présence de secourables créatures ne compensait pas le sentiment de traverser cette vie sans en être. Je faisais du sport avec Ludovic qui philosophait. je servais docilement l'illustre Lucas Len...oir. Et j'attendais de rencontrer la compagne que je pourrais éveiller, la nuit, en lui demandant, du fond de ma cinquantaine lasse : "Mon coeur bat-il encore ?" Ces personnages ne se connaissaient pas, ne se connaitraient pas, il n'y avait aucune raison. Nos vies sont aussi cloisonnées que les cellules d'une lutte clandestine. L'étanchéité des compartiments n'autorise pas le frôlage des cercles cotangents, où je continuais d'apprendre à perdre.

Serge Koster - Ces choses qui blessent le coeur - Éditions Léo Scheer
 
 

mercredi 17 septembre 2014

Cioran au bord du lac....


L'homme, à en croire Hegel, ne sera tout à fait libre "qu'en s'entourant d'un monde entièrement créé par lui". Mais c'est précisément ce qu'il a fait, et il n'a jamais été aussi enchaîné, aussi esclave que maintenant.

Cioran - De l'inconvénient d'être né

En lisant Cioran au bord du lac...


Celui qui redoute le ridicule n'ira jamais loin en bien ni en mal, il restera en deçà de ses talents, et lors même qu'il aurait du génie, il serait encore voué à la médiocrité.

Cioran - De l'inconvénient d'être né

Leila Bekhti ...



"Maintenant ou jamais" de Serge Frydman ...

J'ai beaucoup aimé ce film qui repose essentiellement sur l'exceptionnelle prestation de la sublime Leila Bekhti (souvent filmée en plans rapprochés à hauteur de son pur visage oriental) qui confirme ici qu'elle est une grande actrice...Certes, ce film n'est pas un chef d'œuvre ni l'œuvre de l'année, mais il émane de son imperfection une voix qui psalmodie en moi : " ô belle Leila , ta beauté grave et blessée donne envie de lancer mille navires sur la mer..."

 

"La pièce d'à côté"



Je ne vous ai pas quittés.
Je suis seulement passé dans la pièce d'à côté.
Je suis moi, vous êtes vous.
Ce que nous étions les uns pour les autres, nous le sommes toujours....
Donnez moi le nom que vous m'avez toujours donné.
Parlez de moi comme vous l'avez toujours fait.
N'employez pas un ton différent, ne prenez pas un air solennel et triste.
Continuez de rire de ce qui nous faisait rire ensemble.
Priez, souriez, pensez à moi.
Que mon nom soit prononcé comme il l'a toujours été, sans emphase d'aucune sorte, sans trace d'ombre.
La vie signifie tout ce qu'elle a toujours signifié, elle est ce qu'elle a toujours été.
Le fil n'est pas coupé. Pourquoi serai-je hors de votre pensée simplement parce que je suis hors de votre vue?
Je vous attends, je ne suis pas loin, juste de l'autre côté du chemin.

Charles Péguy (Orléans 7 janvier 1873 ; Villeroy, 5 septembre 1914)

mardi 16 septembre 2014

Une phrase d'Arno sauvée du vent...

Au bord de la Volga
j'ai rencontré Olga
mais Olga son dada
c’était la vodka

like I say before
i'm just a solo gigolo

Une vie de chien

HENRI MICHAUX (1899~1984)
 


 Je me couche toujours très tôt et fourbu, et cependant on ne relève aucun travail fatigant dans ma journée.
Possible qu'on ne relève rien mais moi, ce qui m'étonne, c'est que je puisse tenir bon jusqu'au soir, et que je ne sois pas obligé d'aller me coucher dès les quatre heures de l'après-midi.
Ce qui me fatigue ainsi, ce sont mes interventions continuelles.
J'ai déjà dit que dans la rue je me battais avec tout le monde; je gifle l'un, je prends les seins aux femmes, et me servant de mon pied comme d'un tentacule, je mets la panique dans les voitures du Métropolitain.
Quant aux livres, ils me harassent par-dessus tout. Je ne laisse pas un mot dans son sens ni même dans sa forme.
Je l'attrape et, après quelques efforts, je le déracine et le détourne définitivement du troupeau de l'auteur.
Dans un chapitre vous avez tout de suite des milliers de phrases et il faut que je les sabote toutes. Cela m'est nécessaire.
Parfois, certains mots restent comme des tours. Je dois m'y prendre à plusieurs reprises et, déjà bien avant dans mes dévastations, tout à coup au détour d'une idée, je revois cette tour. Je ne l'avais donc pas assez abattue, je dois revenir en arrière et lui trouver son poison, et je passe ainsi un temps interminable.
Et le livre lu en entier, je me lamente, car je n'ai rien compris... naturellement. N'ai pu me grossir de rien. Je reste maigre et sec.
Je pensais, n'est-ce pas , que quand j'aurais tout détruit, j'aurais de l'équilibre. Possible. Mais cela tarde, cela tarde bien.

(La Nuit remue, 1935)
Je n’aime plusJe n’aime plus ·

Une phrase de Paul Nizon sauvée du vent...

" Ca n’est pas le sentiment de solitude qui m’a poussé à écrire mais le fait d’avoir perdu très tôt confiance en le monde " 

Une pharse de Kierkegaard sauvée du vent...

Manquer de possible signifie que tout nous est devenu nécessité ou banalité.



Quand le poète Gil Jouanard s'exprime au sujet de Facebook....


 Une fois que l'on a avalisé le fait que narcissisme, égocentrisme, auto-publicité et quête éperdue de reconnaissance constituent le substrat, pour ne pas dire la substantifique moelle (car elle n'a rien de substantiel ...)... des motivations de nombre de ceux que l'on croise au gré de nos déambulations facebookien, une fois donc que, disposant du fil d'Ariane susceptible de nous permettre de nous extraire ou abstraire de ce labyrinthe des solitudes accumulées, on garde par de vers soi le goût de bavarder, de discourir ou, miracle, de partager et d'échanger ; on peut enfin s'adonner aux plaisirs multiples et combinés de la vieille, très vieille convivialité tribale. Se dire que Facebook est une sorte de virtuelle grotte des Eyzies de substitution.
On est sorti poursuivre un troupeau de rennes ou un colossal mammouth, ou on a passé la journée, la marmaille sur les bras et le feu à surveiller de loin, à cueillir autant de baies, de champignons et d'herbes qu'on a pu trouver, et enfin voici venu le temps de la tchatche. Et manitou sait si on en a à dire, des choses, à relater, des événements du jour, à en peaufiner des idées, des intuitions, des soupçons, des doutes.
Il y a les droits acquis, les statuts à préserver, les publications supputées pour un lectorat de douze personnes, les rencontres amoureuses pour toujours qui dureront quelques mois ou quelques années, les, ah surtout, les affaires du monde, les crapuleries du moment, les conflits inter-ethniques, inter-religieux, intercommunautaires, internationaux, intersyndicaux, inter-voisinage.
Il y a la vie, quoi, qui nous démange, nous gêne aux entournures, nous déboussole.
Et puis il y a notre nombril. Ce face à face, without book, avec ce fichu ombilic des limbes qui nous fait dire souvent n'importe quoi, comme dans la vie. Parce que c'est la vie, n'est-ce pas ? C'est la vie, hein ? C'est la vie, quoi.

Et pour tout arranger l'homme est le seul animal doté de parole. Il ne lui manquait plus que ça, quand il n'était encore que charognard. Il devint donc sapiens-sapiens : bavard,

D'où Facebook.

CQFD.
 
Gil Jouanard (Tous droits réservés )

Une phrase de Rosset sauvée du vent....


De même l'ennui est naturellement très éloigné de l'idée fixe, et même à son opposé ; mais à y regarder de plus près, on constate que cette différence tient au seul fait, grammaticalement mince, qu'il est très différend de ne s'intéresser à rien (cas de l'ennui) et de s'intéresser à rien (cas de l'idée fixe).

Clément Rosset - Le régime des passions - Editions de Minuit

Une phrase de Spinoza sauvée du vent....


"Sentimur experimenturque nos aeternos esse "
(Nous sentons et nous expérimentons que nous sommes éternels )

Spinoza - L'éthique

Pensée de ce jour...


Je préfère les silence des organes aux bruissements de l'orgasme



© F.Sanchez

Une phrase de Sylvia Plath sauvée du vent....


L'abstrait tue, le concret sauve (essayer la thèse inverse demain). 

Sylvia Plath, Jounal

lundi 15 septembre 2014

Roy Scheider voyait juste...



Applicable à bien des situations de la vie, cette phrase de Roy Scheider dans " Les dents de la mer " : 

"Il n'est pas question que je revive une TELLE HORREUR !!!"

Frustration et ressentiment...

Un esclave supporte mieux sa condition et sert mieux son maître si celui-ci le gratifie parfois de remerciements et de récompenses. Mais Freud souligne que pareil besoin de reconnaissance revendiqué en permanence par les ego ne disparait pas alors même qu'il est exaucé, car le plaisir éprouvé conserve l'amère saveur du manque. Nul humain, du plus privilégié au plus mal loti ne se sent jamais assez reconnu, c'est-à-dire désiré. De sa naissance à sa mort, il vit dans la frustration et le ressentiment. Tant que les us et coutumes de la culture pèsent sur ses affects, il se cadre dans la norme névrotique, se contente des menues réjouissances permises tout en condamnant et enviant celles auxquelles s'adonnent ses semblables qu'il imagine plus intenses.

Frédéric Schiffter - Philosophie sentimentale


Etouffement...

Être pris d'angoisse et de dégout à la seule perspective de devoir faire l'amour est-il le signe d'un cheminement vers la sainteté, ou la prosaïque et funeste manifestation d'un symptôme de lassitude de la vie...? Tenaillé entre le couvent et la vie conjugale, étouffer devant ces deux impossibilités et être inapte au suicide...Condamné à vivre en somme, jusqu'à la lie, quand Eros est remplacé par les trois clous de la croix.

©  F. Sanchez

La vérité...Cioran et Engdahl

 

"La vérité ne rêve jamais" , a dit un philosophe oriental. C'est pourquoi elle ne nous intéresse pas. Que ferions-nous de sa minable réalité ? Elle n'existe que dans des cervelles de professeurs, dans des préjugés scolaires, dans la vulgarité de tous les enseignements.

Cioran


"La vérité est toujours d'une manière ou d'une autre, une vérité sur notre imperfection. Sinon, elle devrait porter un autre nom."

Horace Engdahl

vendredi 12 septembre 2014

Une phrase de Clément Rosset sauvée du vent...



Aux choses il faut des causes, à l’homme des motifs, qui ne font qu’exprimer sa volonté, laquelle devient par conséquent la condition de son action, non la marque de sa liberté.

Clément Rosset

jeudi 11 septembre 2014

Fenêtre ouverte sur Jacques Jean Sicard




" Dans le phalanstère ou l'abbaye de Thélème on travaille à un autre monde
La Domus Aurea de Néron propose d'attendre que ça passe
C'est-à-dire que tout ce bel effort vire ruine
Quitte à y aider un peu
Maurice Pialat quant à lui dans La Maiso...n des bois
Brosse une France en "nature morte au goûter à la confiture"
Jusqu'à ce qu'il n'y ait rythme que du quatuor à cordes de Haydn
Chacune de ces maisons a ses fenêtres et le regard qui leur est attaché
Peut-être qu'on ne les évoque que pour écrire
Car écrire, ce n'est pas habiter
"
 
*
 
" La relation (de quelque façon qu'on la conçoive) entre le symbolique (la pensée) et le réel (qui n'est pas la réalité) est une convention qui empêche de descendre plus tôt que prévu de ce train de nuit appelé la vie. Descendre ne signifie pas mourir, mais s'échapper, disparaître. Indépendamment de la condition qu'il représente à son égard, la pensée n'a rien à voir avec le réel et son être lige la vie. La pensée est célibataire "
 
*
 
"
Il y a un déterminisme dans la langue. Il y en a même plusieurs et différents selon les sociétés. Mais plutôt que de voir à la façon publicitaire de Barthes dans tout langage un aspect fasciste par l'obligation à dire à laquelle il nous soumettrait ; écouter Jean Oury qui, empruntant à Lacan, évoque la "phrase de la vie", celle qui accompagne différemment chacun tout au long de son existence, qui ...en recèle le sésame indéchiffrable, n'en livrant que bribes au scribe que parfois il devient, puis se tait à l'instant de, faute d'âme, rendre les armes. C'est cette phrase de la vie, ce musement continu comme il est dit et la possibilité parfois de la changer en écriture, qui laisse entrevoir sous le déterminisme culturel ou existentiel - une imprédictibilité "
 
*
 
 
"A  Pierre Bourdieu

Une société qualifiée étourdiment de démocratique à l'aspect d'une vaste nappe de soie blanche. Voyez la main qui à intervalle régulier lisse les trompeuses imperfections de son apprêt. Le mouvement domestique suggère par... sa routine même qu'il n'est ici contradiction qui ne se résolve autour d'une table ronde de négociations. Ronde table qui tourne dans le sens des aiguilles d'une montre. Celles qui règlent comme depuis l'aube des temps le service de l'employé, la manœuvre de l'ouvrier, la mobilité militante du cadre, le pas du soldat, l'économe de la ménagère, l'ânonnement de l'élève, l'ahan des bêtes.

L'incongruité du philosophe repose sur le geste violent de froisser la nappe. Générant un raz de marée de plis. Ces plis présentent les contradictions jusque là impensées et innommées. L'impensé appelle une pensée exigeante dont le concept sera le fond ; l'innommé, puisqu' il n'est concept sans néologisme, répondra pour sa forme à un nom nouveau. L'un et l'autre, concept et néologisme, ont pour vocation d'exaspérer le jeu des contradictions. Non de les aplanir. Pour eux, rien ne va de soi ; c'est une guerre de tous les instants. Si bien que le plus fin repassage à la vapeur de la conformité politique n'effacera jamais du pli la plissure. Le trait de désunion de la plissure. C'est à désespérer. C'est inespéré. "
 
*
 

" Le paradoxe du regard à sa fenêtre :
Dans le même temps qu'il déconstruit l'extrait du paysage
Dressé à la verticale avec l'arrogance d'une tête de roi
Au-dessus des tunnels creusés par ses sujets-rats
Il voit d'abord en chacun des élément...s désassemblés
Un rocher de boucanerie
Une chapelle sécularisée par les pipistrelles
Une poignée de gravier du Ryoanji, etc.
Puis l'illusion dissipée, il voit dans chaque détails chus
Épars et comme pris dans un mouvement d'expansion
La réplique exacte du paysage observé
Quelle que soit l'échelle, c'est le même
Le même
"
 
Tous droits réservés Jacques Jean Sicard

 

Il était une fois un portique...


 photo Alex.b. Lecarpentier

Mon collègue de travail, l'été dernier, se promenant sur les terres arides d'Andalousie, se trouva fort ému, quand (et qu'elle ne fut pas sa surprise) il se trouva nez à nez avec ce portique emblématique du film "Il était une fois dans l'ouest" dont voici la photo qu'il prit et que je vous soumets. J'envie son émotion...J'eusse adoré me promener et tomber comme lui sur ce lieu surgi de nulle part, et méditer seul devant ce vestige d'un cinéma révolu. C'est là que fut tournée la scène fabuleuse de la pendaison du frère de l'homme à l'harmonica qui inspirera la vengeance de celui-ci joué par le grand Charles Bronson...Quand Henry Fonda enfonce dans la bouche du jeune mexicain le fameux harmonica en lui demandant de jouer un petit air pour son frère, qui donnera la partition musicale superbe d'Ennio Morricone...La question que je me pose est de savoir si j'eusse été plus émeu devant ce portique abandonné dans un lieu déserté des hommes, que je ne l'ai été devant le Parthénon ou Notre Dame de Paris...Ce qui témoigne et la souligne, la force du cinéma, sa puissance quasi religieuse et métaphysique, sa vibration poétique ; je pourrai ainsi faire une herméneutique de ce simple portique perdu dans le désert auquel je trouve une beauté aussi forte que la plus belle des cathédrales...
  
 

mercredi 10 septembre 2014

Lettre de Charles de Foucauld à sa sœur...



"N'attachons pas d'importance aux événements de cette vie, ni aux choses matérielles ; ce sont les rêves de notre nuit d'auberge... Qu'est-ce qui nous reste, à l'heure de la mort, sinon nos mérites et nos péchés ?"

 

Salon du livre de Nancy...


Je serai ce week end au Salon du livre de Nancy pour dédicacer mon roman "Le sourire des évadés" qui sortira le 21 Octobre...je vous attends sur le stand des Éditions La Dragonne avec Olivier Brun et Benoît Fourchard qui sort un recueil de nouvelles...Au plaisir chers amis....

mardi 9 septembre 2014

Simon Leys et les vrais Philistins

"A ce moment, je fus frappé d'une évidence qui ne m'a plus jamais quitté depuis : les vrais philistins ne sont pas des gens incapables de reconnaître la beauté - ils ne la reconnaissent que trop bien, ils la détectent instantanément, et avec un flair aussi infaillible que celui de l'esthète le plus subtil, mais c'est pour pouvoir fondre immédiatement dessus de façon à l'étouffer avant qu'elle ait pu prendre pied dans leur universel empire de la laideur. Car l'ignorance, l'obscurantisme, le mauvais goût, ou la stupidité ne résultent pas de simples carences, ce sont autant de forces actives, qui s'affirment furieusement à chaque occasion, et ne tolèrent aucune dérogation à leur tyrannie. Le talent inspiré est toujours une insulte à la médiocrité. Et si cela est vrai dans l'ordre esthétique, ce l'est bien plus encore dans l'ordre moral. Plus que la beauté artistique, la beauté morale semble avoir le don d'exaspérer notre triste espèce. Le besoin de tout rabaisser à notre misérable niveau, de souiller, moquer, et dégrader tout ce qui nous domine de sa splendeur est probablement l'un des traits les plus désolants de la nature humaine."
 
Simon Leys, Le Bonheur des petits poissons.

Clement Rosset et L'acceptation du réel...

L'acceptation du réel suppose donc, soit la pure inconscience - telle celle du pourceau d'Epicure, seul à l'aise à bord alors que la tempête qui fait rage angoisse équipage et passagers -, soit une conscience qui serait capable à la fois de connaître le pire et de n'être pas affectée mortellement par cette connaissance du pire. Il es t à remarquer que cette dernière faculté, de savoir sans en subir de dommage mortel, est située absolument hors de portée des facultés de l'homme, - à moins il est vrai que ne s'en même quelque extraordinaire assistance, que Pascal appelle la grâce et que j'appelle pour ma part la joie.

Clément Rosset

L'irresponsabilité méditative...


 
Photo Frédéric Schiffter et Roland Jaccard  

En principe, je devrais mettre cet été à profit pour avancer dans l’écriture d’un livre promis à mon éditrice pour le courant de l’automne. Si je devais décrire l’état actuel de mon encéphale, je le comparerais à une grosse méduse échouée s...ur un rivage. Je ne préfère pas songer à ma promesse. Pour m’alléger de la vague culpabilité de m’adonner à cette flemme, je me remets en mémoire cette remarque de Cioran tirée du Crépuscule des pensées: «Ce qui distingue les philosophes antiques des modernes […], vient de ce que ceux-ci ont philosophé à leur table de travail, au bureau, mais ceux-là dans des jardins, des marchés ou le long de je ne sais quel bord de mer. Et les antiques, plus paresseux, restaient longtemps allongés, car ils savaient que l'inspiration vient à l'horizontale: ils attendaient ainsi les pensées, que les modernes forcent et provoquent par la lecture, donnant l'impression de n'avoir jamais connu le plaisir de l'irresponsabilité méditative, mais d'avoir organisé leurs idées avec une application d'entrepreneurs.» L’IRRESPONSABILITÉ MÉDITATIVE, quelle meilleure formule pour décrire ma méthode de travail? Mes rares idées viennent entre deux assoupissements. Ce sont des songes en attente de café.

Frédéric Schiffter


De l'écriture....

Économiser la blancheur de la page, écrire au compte gouttes. Pas de doute, je ne suis plus jeune ; je cherche quelque chose...J'aurais pu continuer dans la même veine, comme le font certains ; or aucuns de mes livres ne se ressemblent ; nouvelles, poèmes, romans, je n'exploite aucun filon ; je me renouvelle ...Mais aux torrents de mots déversés avec fièvre, je préfère ceux que je pose sur la page comme on met au lit un enfant endormi...Ensuite, je les borde et je leur souhaite une bonne nuit. La maison est calme. Je somnole à côté de mon roman. Il faut qu'il émane de lui le prologue d'une sieste. Ma fortune poétique a duré peu de temps. J'écris sérieusement à présent, comme un clown appliqué le soir dans sa loge répondrait à une lettre de sa mère, après avoir tout donné, quand il n'y a plus de place pour le doute...
 
F.S.

lundi 8 septembre 2014

Clément Rosset...

Il n'y a probablement de pensée solide - comme d'ailleurs d'oeuvres solides quel qu'en soit le genre - que dans la le registre de l'impitoyable et du désespoir (désespoir par quoi je n'entends pas une disposition d'esprit portée à la mélancolie, tant s'en faut, mais une disposition réfractaire absolument à tout ce qui ressemble à de l'espoir ou de l'attente). Tout ce qui vise à atténuer les aspérités du réel, a pour conséquence immanquable de discréditer la plus géniale des entreprises comme la plus aimable des causes, - témoin par exemple, le cinéma de Charlie Chaplin. Je trouve à cet égard beaucoup de justesse à une remarque d'Ernesto Sabato, dans son roman"Abaddon el exterminador" : " Je désire être sec et ne rien enjoliver. Une théorie doit être impitoyable et se retourne contre son créateur si celui-ci ne se traite pas lui-même avec cruauté".

Clément Rosset - Le principe de cruauté - Les éditions de Minuit

dimanche 7 septembre 2014

Pensée du soir...

Une morale du renoncement, un chapeau de paille sur la tête, la mer pour horizon....La vie se doit de devenir facile. En d'autres termes : non plus une réalité résistance, "rugueuse à étreindre" ; mais une douceur dérobée, amie de l'enthousiasme ; s'habituer à sentir le poids du monde comme une étoffe légère, un chapeau de paille sur un crâne, plutôt qu'une tempête.


F.S.

La facilité est ce que je préfère...

Mon ambition, s'il en est une, est de marcher en espadrilles...

Pensée de ce jour...

 
Je suis le valet de chambre de mes rêves brisés...Que va-t-il se passer ? Si rapidement qu'ils vont renaitre de leurs cendres...? Quand je vais devoir me trouver une nouvelle fonction ?

F.S.

samedi 6 septembre 2014

Qu'on se le dise....

Au risque de surprendre, voire même d'en décevoir certains, je suis une nature foncièrement enthousiaste et heureuse de vivre, d'un tempérament gai et enfantin et non le dépressif aboulique hypocondre et plaintif que mes posts peuvent laisser penser que je suis...Mais comme on ne fait pas de la littérature avec de bons sentiments, mes textes reflèteront toujours la mal de vivre, le doute, la confusion, la frustration, l'amertume, la suspicion quant au réel, ainsi que ce que Clément Rosset nomme le principe d'incertitude. J'écris dans la rubrique : "Humains écrasés..." Tout commentaire qui vise à essayer gentiment de me remonter le moral procède ainsi d'une erreur ontologique, car je vais bien, mon esprit est en paix et mes organes silencieux. Ma nature est dionysiaque et épicurienne, plutôt que saturnienne et spleenétique. Mais j'ai une nature compatissante (bien qu'étant très égoïste et auto-centré) et je témoignerai toujours de ce que la vie brise quantités d'êtres, les fait mijoter à feu doux dans un bain d'angoisse et de doutes, ce qui me ramène à une fonction philosophique, élégiaque et poètique d'exorciser le réel, ce que tout écrivain digne de ce nom devrait faire, sachant que le but ultime réside dans cet aphorisme de Cioran : "Exister équivaut à une protestation contre la vérité"


Votre dévoué F. Sanchez

jeudi 4 septembre 2014

Une phrase de Paul-Jean Toulet


"Cette amie que je veux te montrer sous le linge, ô lecteur, ou bien parée des mille ajustements qui étaient comme une seconde figure de sa beauté, ne fut qu'une fille de joie—et de tristesse."

Pensée de ce jour ...


Ma vie d'homme fut assujettie aux ordres de la nécessité

Au sujet de l'ennui (allongé dans mon lit....)

L'ennui n'est pas lié au sentiment outragé du temps qui passe, il serait plutôt le dépositaire somatique du temps qui ne passe pas...

 

Une maxime de Chamfort sauvée du vent...



Il y a une mélancolie qui tient à la grandeur de l'esprit

Pensée de ce jour...




Je sais hélas trop ce que le passé me réserve

Un paragraphe de Gil Jouanard sauvé du vent....




Gil Jouanard

Alors, qu'en est-il de la poésie ? Nous opterons pour une façon à la fois détournée et œcuménique de la définir : la poésie, c'est n'importe quoi susceptible de faire de n'importe quand une soudaine fraction d'éternité, et de vous précipiter dans un abîme d'inconnu, que certains choisiront de placer sous l'obédience d'une divinité quelconque, tandis que d'autres se contenteront de supposer qu'il s'agit de la mise en exergue impromptue d'une part mal connue d'eux-mêmes, qui tiendrait par quelques fragiles filaments au fond commun et mouvant de l'Origine, c'est-à-dire à une sorte de Rien primordial et palpitant.