mardi 16 septembre 2014

Quand le poète Gil Jouanard s'exprime au sujet de Facebook....


 Une fois que l'on a avalisé le fait que narcissisme, égocentrisme, auto-publicité et quête éperdue de reconnaissance constituent le substrat, pour ne pas dire la substantifique moelle (car elle n'a rien de substantiel ...)... des motivations de nombre de ceux que l'on croise au gré de nos déambulations facebookien, une fois donc que, disposant du fil d'Ariane susceptible de nous permettre de nous extraire ou abstraire de ce labyrinthe des solitudes accumulées, on garde par de vers soi le goût de bavarder, de discourir ou, miracle, de partager et d'échanger ; on peut enfin s'adonner aux plaisirs multiples et combinés de la vieille, très vieille convivialité tribale. Se dire que Facebook est une sorte de virtuelle grotte des Eyzies de substitution.
On est sorti poursuivre un troupeau de rennes ou un colossal mammouth, ou on a passé la journée, la marmaille sur les bras et le feu à surveiller de loin, à cueillir autant de baies, de champignons et d'herbes qu'on a pu trouver, et enfin voici venu le temps de la tchatche. Et manitou sait si on en a à dire, des choses, à relater, des événements du jour, à en peaufiner des idées, des intuitions, des soupçons, des doutes.
Il y a les droits acquis, les statuts à préserver, les publications supputées pour un lectorat de douze personnes, les rencontres amoureuses pour toujours qui dureront quelques mois ou quelques années, les, ah surtout, les affaires du monde, les crapuleries du moment, les conflits inter-ethniques, inter-religieux, intercommunautaires, internationaux, intersyndicaux, inter-voisinage.
Il y a la vie, quoi, qui nous démange, nous gêne aux entournures, nous déboussole.
Et puis il y a notre nombril. Ce face à face, without book, avec ce fichu ombilic des limbes qui nous fait dire souvent n'importe quoi, comme dans la vie. Parce que c'est la vie, n'est-ce pas ? C'est la vie, hein ? C'est la vie, quoi.

Et pour tout arranger l'homme est le seul animal doté de parole. Il ne lui manquait plus que ça, quand il n'était encore que charognard. Il devint donc sapiens-sapiens : bavard,

D'où Facebook.

CQFD.
 
Gil Jouanard (Tous droits réservés )

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