jeudi 25 septembre 2014

Un court moment passé dans la prose de Serge Koster...


Quand je consentais à la franchise envers moi-même, je posais les termes du problème : tu venais pour l'argent, je venais pour le sexe, tu n'obtiendrais pas l'argent. Ce qui contrariait la solution (notre rupture), c'était le déséquilibre des propositions suivantes : plus s'exprimait ta férocité dans la lutte pour survivre, plus je me pliais à un esclavage volontaire où une voix équivoque dialoguait avec elle-même en moi : "Tu sais, la demoiselle, là, elle va être très sévère avec toi...- Mais c'est aussi une jolie dame, elle sait comment te consoler..." Tu me menais la vie dure, dur pour toi se dressait mon sexe. Voluptueux martyre, commerce assassin. "Et le cœur?" s'inquiétait derechef mon trésorier. Il oscillait entre la tête et la braguette. Il m'arrivait de perdre l'une et d'être sur le point d'ouvrir l'autre. En toute vulgarité. Comme ce jour où, te raccompagnant, Samira, dans le souterrain où tu avais parqué ta énième voiture d'emprunt, je cédais à l'atmosphère cauchemardesque du lieu comme à la tension lubrique qui m'affolait et saisis ta main pour la plaquer, odieusement il est indéniable, sur le membre en souffrance. Bon Dieu, le cataclysme. L'accident panique : un satyre harcèle une nymphe qu'un serpent mord ; elle tressaille de toute sa dignité blessée, recrache le venin en sifflant : "Tu deviens fou, espèce de salaud !" Voilà le travail des sens. Pour le sens, ça dépend du point de vue. Elle, toi: "Si tu m'aimes comme tu le prétends, tu dois me secourir et me protéger sans rien exiger en retour." Lui, moi: "Je donne pour que tu donnes. Je te veux du bien, tu me dois du bien." Et Lucas Lenoir : "Le sexe et l'argent sont liés par le contrat de l'âge et du désir. Vénus est, par nature et par nécessité, absolument vénale. Si tu continues à payer, il faut qu'elle couche."
Coucher ? Coucher, Samira. Te dévêtir, t'admirer nue, glisser ma langue partout, répandre à la surface de ta chair et dans les orifices aphrodisiaques ma salive fleurant l'eucalyptus et le menthol, garder à la portée de la main la pilule inventée par la chimie pour pallier les possibles défaillances ainsi que le préservatif qu'on manipulera le plus poétiquement du monde, et enfin, et enfin découvrir émerveillé les formes de ton plaisir - cela s'appelle l'amour, Samira. Ou bien ça y ressemble.(...)
Que d'affres - un séisme à l'échelle microscopique de l'être intime, ânonnant dans la persévérance de l'amour comme on déchiffre l'abécédaire d'une écriture inconnue.


Serge Koster - Ces choses qui blessent le cœur - Éditions Léo Scheer

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