vendredi 31 octobre 2014

Sur l'amour des corps ou des âmes...


Malheur, hélas ! à qui n'aura aimé que des corps, des formes, des apparences ! La mort lui ôtera tout : tâchez d'aimer des âmes, vous les retrouverez.

Victor Hugo (Les Misérables -1862)

Cimino sur Fitzgerald...


"The great Gatsby est l'un des plus beaux romans américains. Ce texte est un bel exemple de notre littérature à son meilleur, c'est un roman merveilleux, que j'adore, une histoire que j'aurais bien voulu inventer moi-même. L'écriture de Fitzgerald est tellement supérieure à celle de Hemingway. Je connais en plus bien parfaitement cette époque, car c'est celle dans laquelle j'ai grandi. Je ne comprends d'ailleurs pas, et c'est aussi valable pour La porte du paradis, pourquoi les Américains ont en tête l'idée que leur pays n'a pas de classes sociales, ce qui est totalement faux. Le pays a en partie été fondé par de riches aristocrates anglais, ce qui fait qu'il existe aux Etats-Unis une aristocratie"

Mickael Cimino

Cimino cite Proust...


"Je n'ai aucun sentiment de revanche parce que je ne fonctionne pas de cette manière. Pour que vous compreniez vraiment ce que je ressens, je vais vous citer une phrase de Proust: «Quand on travaille dans le but de faire plaisir aux autres, on peut échouer, mais les choses que l'on a faites pour son propre plaisir ont toujours une chance d'intéresser quelqu'un d'autre.»

Mickael Cimino

jeudi 30 octobre 2014

mardi 28 octobre 2014

L'illusoire moi...


" Influencé par Montaigne, je tiens pour moi qu'il ne faut s'essayer à la philosophie, non tant pour contester à Dieu sa vision unique du monde, que pour se faire le rapporteur de sa propre nullité ontologique et, aussi, que seul un petit talent de plume réussit ce prodige de donner à soi-même, et à d'autres, l'illusion de posséder un moi "

Frédéric Schiffter - Métaphysique du frimeur

Une phrase d'Oscar Wilde sauvée du vent...

"Dans un siècle où l'on ne prend au sérieux que les imbéciles, je vis dans la terreur de ne pas être incompris"



lundi 27 octobre 2014

Une phrase de Thomas Bernhard sauvée du vent...




Le moment exact où nous n'aimons plus nos frères et sœurs mais les haïssons ...

Extinction.

24-42


Quand j'avais 24 ans et que je me sentais affamé, désespéré, un raté social parfait, j'ai voulu me prostituer auprès de rombières. J'étais allé en costume à La Coupole où je me ruinais en cafés toute la journée, tentant mes chances auprès des femmes....Je coûtais à peine 50 euros pour deux heures de temps....J'ai une tendresse pour ce jeune homme qui dévorait "Moon palace" de Paul Auster et "Le hussard bleu" de Roger Nimier, s'éclairait à la lumière chiche de cierges volés dans les églises, vivait sous les toits dans un galetas infâme mais qui trouvais ça si romantique (so romantic ! ) (sic une jeune juive new yorkaise qui avait couché avec moi car elle adorait que je sois un poète français)...Que penserait-il de moi ce jeune homme s'il me voyait devenu fonctionnaire, aimant mon confort, ne désirant plus l'aventure mais le non changement où tremper mes humeurs, vivant douillettement avec une femme, chéri et aimé d'elle...Ce matin, c'est le brouillard sur Paris mais pas dans ma tête. Je préfère tellement ce que je suis à 42 ans qu'à tout autre âge de ma vie, surtout lorsque je songe à la cohorte interminable des fâcheux et des abrutis, des paumés de toutes sortes que je traînais dans mon sillage...Fallait -il que j’aime les gens, que j'ai du temps à perdre et que je sois naïf...Mais enfin, au moins ai-je vécu; mal , mais pour mon bien...Je peux privilégier à présent la vie de l'esprit, lever le nez dans le ciel des idées...et chercher l'amour de Dieu, car marcher le cœur confiant dans les pas du malheur, tenant la main au diable qui prenait mille visages, je connais...Il est temps d'éponger...

Sanchez Fabien copyright 2014

dimanche 26 octobre 2014

Un poème de Jean Pérol


Et c’est mon tour comme il convient
Et comme vient celui de tous
Et moi aussi auprès de vous
Dans la même terre j’irai me coucher et toucher
La fin des rêves
Les mots rongés par le temps
La blancheur la plus vaste des indifférences sans pitié
Cet acide affamé dévorant sous la mousse
Nos orgueils nos écrits et nos cœurs inutiles

Larmes d'un enfant


Seuls les mots les plus simples,
Les plus tranquilles,
Peuvent illuminer l’infini diamant
Du monde, où brillent ce matin
Les larmes d’un enfant
À l’instant de s’endormir
De l’autre côté de la terre.
Elles purifient le temps, rachètent
Les crimes. Il apprend
À ouvrir ses petites mains,
Fête ainsi sa naissance,
Sa fin qui commence à germer.
Il console sans le savoir
Un vieillard abandonné
Au fond d’une autre galaxie.
Le même matin, le même soir.

Jean Mambrino

Billet laissé avant de ne pas partir


Photo Gary Winogrand


Si je ne devais pas revenir,
sachez que je ne suis jamais
parti.
Tous mes voyages
ont, en fait, consisté à demeurer
ici, où jamais je ne fus.

Giorgio Caproni

La métaphysique de la putain chez Jean-Luc Godard


"D'un film à l'autre, d'un projet à l'autre, les putains n'ont cessé d'apparaître, toutes différentes dans le cinéma de Godard, comme si elles en étaient les accompagnatrices nécessaires. Ou plutôt : comme si sans elles, il était impossible, à ses yeux, qu'il y eût film - comme s'il n'y avait de film possible qu'avec les putains, autour des putains, et grâce aux putains. Si la grande obsession de Godard fut celle de la vérité, celle-ci ne pouvait en rien être dissociée de son obsession pour le cinéma - c'est à dire de son obsession pour les putains. Puisque, donc, ces trois obsessions ne faisaient qu'une. "

Laurent de Sutter - Métaphysique de la putain - Léo Scheer


samedi 25 octobre 2014

Une phrase de Léo Ferré sauvée du vent...


L'enfance c'est Tahiti dans un dortoir

Le maître et l'élève...

En librairie, à côté de mon héros, Philippe Djian...A Paname dans le 20ème..."Au comptoir des mots"



Ces lumineux objets du désir...


Que soient bénies les femmes douées pour l'art suprême de la fellation...Vous êtes le sel de mon cœur, les fleurs les plus belles de mon champ, et lorsque vous vous mettez à genoux devant moi, c'est mon âme qui se prosterne à vos pieds...Heureuse et longue vie à vous anges de volupté, bienfaitrices de l'humanité, infirmières de l'absolu, nectar de la féminité, femmes au combien aimantes auxquelles je prodigue ma reconnaissance éternelle en opposition à toutes ces bégueules, ces prudes excessives et affectées, qui m'ont frustré, blessé dans ma virilité, malmené aux âges d'une sexualité peu affermie qui se cherchait encore. Vous avez soigné de vos lèvres les blessures des castratrices frigides, et m'avait réconforté avec l'idée même de Dieu, dès lors que les saintes ni-touches inexpertes me plongeaient dans les flammes de l'enfer du désir martyrisé, ce que Nabokov nommait si justement dans Lolita "La morne déroute du désir inassouvi"...
Je bénie vos âmes et j'embrasse vos culs, et signe de ma plume fraternelle la charte d'une éternelle amitié et d'une reconnaissance sans limite, en vous souhaitant le bonheur sur la terre, joie et miel en vos cœurs séraphiques.

F. Sanchez Copyright


Joie et volupté de la vie parisienne...


Ce samedi soir, je vais rue Champollion dans le prolongement de La Sorbonne, voir "Domicile conjugal" de François Truffaut avec mon meilleur ami d'adolescence David Bouchacourt de Puytorac, puis nous irons déguster des sushis rue Monsieur Leprince proche de l'Odéon...Ah Paris, France, comme tu es douce à mon cœur d'ancien provincial qui moisissait et dépérissait à vingt ans, à Montpellier, en proie à l'ennui corrosif, à la déréliction térébrante des torpeurs languides des villes de province...Vive la vie à Paname ! Comme le chantait Lou Reed : "When you live in a smalltown, you want to get out of HEEEEEERE !"

C'est le week-end...


jeudi 23 octobre 2014

Diminuer la fièvre de ressentir...


Je raconte avec indifférence mon autobiographie sans événements, mon histoire sans vie. (…) Si j’écris ce que je ressens, c’est qu’ainsi je diminue la fièvre de ressentir. Ce que je confie n’a pas d’importance, car rien n’a d’importance. Je fais des paysages de ce que j’éprouve. Je m’offre des vacances avec mes sensations.

Fernando Pessoa - Le livre de l’intranquillité

Il se pourrait...


Hommage aux filles légères...

Partout des parangons de vertu, des culs bénis, des bénis oui oui, des moralisateurs ; société profanée, puritaine, culpabilisatrice, conforme, hygiéniste. Je dis Vive les femmes faciles, les filles légères, les Marie couche toi là, les femmes de petite vertu, vous êtes mes soeurs de charité avec lesquelles j'ai toujours eu plaisir à rouler dans l'herbe des songes pour jouer aux jeux lubriques et pervers qui remontent aux premiers émois sacrés de l'adolescence. C'est en m'agenouillant au pied de la croix, en baisant les pieds ensanglantés du bien aimé Christ, mon Dieu, que je déclare : vive le vice et la volupté, louée soit Vénus ! Mes hommages aux filles légères. Les autres, passez votre chemin, mon temps est précieux...
F. Sanchez
Photo : "L'amour Braque" de Zulawski

Chez Yushi avec Henry Miller et Roland Jaccard...


J'ai passé hier encore une excellent moment en compagnie d'EL Jaccardo chez Yushi à Saint Germain, où nous rejoignit l'écrivain américain Steven Sampson et où furent évoqués quantités de sujets avec ces deux hommes passionnants : Philipp Roth, Cioran, la politique américaine, l'écrivain Serge Koster, le prochain livre de Roland et...l'immense Henry Miller ! ! !  

mercredi 22 octobre 2014

Mon premier roman "Le sourire des évadés" sort aujourd'hui...




Quand on demanda à Truffaut quels étaient ses sujets de prédilection pour faire des films, il répondit, comme un capitaine en naufrage : "Les femmes et les enfants d'abord". Pour mon roman "Le sourire des évadés" qui sort aujourd'hui aux Éditions La Dragonne, j'ai envie de faire cette réponse , presque identique, en disant que le sujet au milieu de la tempête qu'en fut l'écriture est : " Les femmes et l'enfance d'abord"...

F. Sanchez

mardi 21 octobre 2014

Trop philosophe..


Quel fantôme que ma vie
qui s’enfonce et qui remonte.
Toujours je me vois me faire signe,
échapper à celui qui fait signe.
Je me vois comme éclat de rire,
comme profonde tristesse à nouveau,
comme sauvage tresseur de paroles;
et pourtant tout cela s’enfonce.
Et de tout temps n’a
jamais été vraiment droit.
Je suis élu pour
parcourir des distances oubliées.


Robert Walser

Le temps...


Le temps est un petit morceau
de la mémoire de l’insecte
dont je sauve en secret la vie
le temps est ce fameux havane
que fume le papillon mourant
dans l’aurore incommunicable

le temps est une goutte d’eau
dans ce vaste océan de larmes
qui finance l’éternité
le temps nous y réfléchissons
est notre cœur inhabitable
la cage des secondes mortes

***


Achille Chavée , 1956

Une phrase de Gracian sauvée du vent...


"C'est la malheur ordinaire des malhabiles gens de se tromper dans le choix de leur profession, de leurs amis et de leur demeure"

Baltasar Gracián

Georgio Agamben...


C'est sur cette masse immémoriale, sur le chaos sans fin et informe de ce qui se perd qu'Iblis, l'ange qui n'a d'yeux que pour l’œuvre de la création, ne cesse de verser ses larmes. S'il pleure, c'est qu'il ignore que ce qui se perd appartient à Dieu, et que, quand toutes les œuvres seront oubliées et que tous les signes et tous les mots seront devenus illisibles, l’œuvre du salut restera, seule, ineffaçable.

Georgio Agamben - Nudités

10 euros in my hand...


La névrose obsessionnelle, des sushis avec mon ami David, rentré chez moi, essoré : j'éponge...j'éponge... et à la TV sur la câble Barbara Hershey en fait autant dans le rôle de Marie Madeleine sur le corps ensanglanté de Jésus (Wilhem Dafoe) dans The last temptation of christ....Elle nettoie ses plaies...Toute cette énergie jetée dans la bouche d'une névrose au sortir de l'enfance, alimentant cette chaudière infernale, peut-être est-il temps de lui dire Stop...De trouver même s'il traîne dans la poussière le sens du mot résurrection. A part ça, le dernier Djian me plait. Il s’appelle Chéri-Chéri ...et le chauffage central est enclenché.

F.Sanchez

samedi 18 octobre 2014

"Un homme ratisse des feuilles" de Jim Morrison


"Un homme ratisse des feuilles
en tas dans sa cour, un monceau,
appuyé sur son râteau, il les brûle
absolument toutes.
Le parfum emplit la forêt.
Des enfants s’arrêtent et respirent
l’odeur qui, dans quelques années,
deviendra nostalgie."



Jim Morrison - "Un homme ratisse des feuilles"

Poème pour Alain Bashung...

Bashung


Tu attendais
devant moi sur le trottoir
d’en face
au départ de la rue
de Clichy
que le feu
passe au vert.
Je t’ai croisé
sans rien dire
en octobre
malheureux si j’ose dire.
Je mentais
malgré le jour
dans le tourbillon
du bruit et du vent
qui claque
à Clichy

où tombés du balcon
nous ne restons
jamais qu’un instant.


Fabien Sanchez - J'ai glissé sur le monde avec effort - Éditions La Dragonne - 2012

Poème à Lou...

Lou Reed

Je me lève et coupe le son de la chaîne.
Je préfère écouter la pluie,
plutôt que les propos
de Caroline, Candy,
Lisa ou Stéphanie.
Je regarde la pochette d’un de tes disques,
comme une vieille photo de lycée.

Berlin.

Les cuites légendaires,
le visage de Marie.
Le claquement de métal de son Zippo,
le sang de ses lèvres,
la volupté poudreuse.
L’ange,
cet homme résigné,
infiltré dans les brumes de l’alcool,
est mon gardien paresseux.
Il me protège
de la joie consommée
par l’ancienne misère
d’un noir delta,
quand Vénus me saignait
aux quatre veines.

Il est trop tard,
en ces temps de malheur,
pour briser d’autres miroirs.



Fabien Sanchez - J'ai glissé sur le monde avec effort - Éditions La Dragonne - 2012

vendredi 17 octobre 2014

Roland Jaccard et Fabien Sanchez ont gagné chez Yushi ce soir....



Florilège Jaccardien extrait de La tentation nihiliste, Une fille pour l'été, Dictionnaire du parfait cynique...

Mais vient le temps où l'on apprend qu'il n'est de pire ennemi pour soi que soi-même et qu'il faut un courage d'une toute autre nature pour affronter ses propres idées. Penser, c'est toujours penser contre soi.

Vouloir des enfants, c'est vouloir se venger de son passé. C'est pour la femme faire don à sa propre mère de sa haine et pour l'homme rivaliser avec son père ou avec Dieu dans le fantasme imbécile d'une postérité. Et c'est pour chaque couple un remède au désespoir. Quand la vie a trompé nos attentes, quand on a renoncé à se créer soi-même, quand on pressent que tout est foutu, alors plutôt que de se rendre à la morgue, on convie sa famille et ses proches dans un lieu plus sinistre encore, parce que plus kitsch : la maternité.
 


 Il en est du plaisir comme de l'argent : on trime beaucoup pour en gagner peu et on dépense tout pour ne jouir de rien.

Quoique que vous fassiez, vous le regretterez [...]. Mais si vous ne le faites pas, vous le regretterez plus encore...
 

 La solitude n'est possible que très jeune quand on a devant soi tous ses rêves ou très vieux avec derrière soi tous ses souvenirs.

L'ennui est la plus stérile des passions humaines. La plus excitante est d'éveiller une adolescente qui s'ennuie.

Dans un monde bien fait, on devrait pouvoir échanger une femme de quarante ans contre deux de vingt.
 

 À ceux qui, inquiets, frustrés, oppressés, éructent contre le destin, les dieux, les démons, les princes, le triomphe de la masse et de la technique, je préfère ceux qui chuchotent, en passant, cette simple phrase : " Je ne sais plus où j'en suis. "
    



Un des plus beaux poèmes de William Cliff...


" quand j’étais un enfant tout seul dans la campagne
et que le ciel béant me tombait sur la tête
et que la mer autour murmurait pour venir
lentement m’enfermer dans sa marée pourrie

quand avec ma culotte infecte et ridicule
je montrais mes genoux cagneux et que j’étais
un insecte perdu dans l’humeur infinie
des adultes mauvais qui crachaient leurs blasphèmes

alors je m’arrêtais un instant sur la grève
et je portais ma main sur ma figure pour
ne plus voir l’horreur d’être né sur cette terre
et d’attendre toujours que se lève le jour… "

William Cliff. " Immense existence "
 


La fin d'une amitié


Lætitia : William, toi qui est si nostalgique de ton enfance, pourquoi n'aimes-tu pas les enfants ?
William : Je les trouve inintéressants...
Lætitia : Les miens aussi ???!!
William : Les tiens plus encore que les autres.
Lætitia : William, tu es devenu impossible..Je ne veux plus qu'on soit amis...Je ne peux pas supporter que tu n'aimes pas mes gosses.
William: Qu'à cela ne tienne...
Lætitia : C'est tout l'effet que ça te fait?
William : J'en ai rien à cirer de ton amitié...Elle m'était un poids. La seule chose qui m'importe vraiment, c'est de t'avoir baisé quand tu avais dix-huit ans.
Lætitia : Mais...Tu es ignoble !
William : Non...je ne le suis pas... Et tu avais un cul superbe...



Copyright  F. Sanchez

Baudelaire et la Beauté...



"Je ne prétends pas que la joie ne puisse s'associer avec la beauté, mais je dis qu'elle en est un des ornements les plus vulgaires, tandis que la Mélancolie en est pour ainsi dire  l'illustre compagne".

Charles Baudelaire

La peur de décevoir Dieu...

 
Roland Jaccard me demandait l'autre jour si je pensais qu'équilibre et littérature faisaient bon ménage. Or je veux Dieu et la santé, et Dieu est équilibre...Peur de décevoir Dieu...Envie de me mettre à genoux et m'humilier devant lui. L'impression que le livre que je suis en train d'écrire est un pathétique opus romantico erotico nihiliste qui ne véhicule aucun espoir pour les cœurs humains, à contrario des Sermons et traités de Maître Eckart par exemple, ni même ne valorise la bonté et la compassion à l'image du dernier livre de Mathieu Ricard par exemple pour en finir sur la souffrance animale, et qu'en cela je le dessers, me détourne de tous les bienfaits qu'il a fait pour moi. Pardonnez moi Seigneur, je suis un misérable...
 
Sainte vierge Marie, ne vous détournez pas de moi...Je suis un vaniteux, un pécheur, un fainéant, un sensuel, qui aime ce monde et se moque de la souffrance humaine et animale, je ne suis rien, je suis un pauvre type, un nul, mais je vous en supplie : ouvrez moi votre cœur...Le cœur du monde ne bat plus pour moi, et je vis comme une ombre, à côté de mon âme, me délectant de la lecture des geignards suicidaires, et écrivant sur les failles humaines, les troubles de l'anxiété, et les errements des feux sentimentaux. Je témoigne de ce que la vie est "une nuit passée dans une mauvaise auberge". Peut-être est-ce là la tâche qui m'a été assignée? Mais par pitié accueillez mes cendres et mes larmes, détournez mes pensées de moi, et donnez à mon nom la paix de l'esprit et le silence des organes.
 
 
Copyright - Fabien Sanchez 2014

mercredi 15 octobre 2014

Fuckin shit...

Je me fais parfois penser à une jeune adolescente qui tomberait narcissiquement amoureuse de mon être aboulique et essoufflé et ne saurait que faire de cet encombrant sentiment, que le temps userait à la longue comme tout le reste, le monde et sa poussière.

Fabien Sanchez

Enfants et ratés...


Avoir toujours aimé les larmes, l'innocence et le nihilisme. Les êtres qui savent tout et ceux qui ne savent rien. Les ratés et les enfants.

Cioran

Cette description du malheur dont parle Roland Jaccard donne envie...


Henry Miller, Luther et Dieu...

 
Photo Brassaï 1931

"Tu dois commencer par te mettre dans les bonnes grâces de Dieu.
- Va te faire foutre !
- Henry, tu es pourri de péchés et d'ignorance !"
Dans un effort pour me calmer, il me saisit le bras. Je me dégageai d'une secousse. Nous marchâmes en silence. Au bout d'un moment, parlant aussi doucement qu'il put, il dit :
"Je sais qu'il est difficile de se repentir. J'ai été un pécheur moi-même. Mais j'ai lutté de toutes mes forces.  Et finalement, Henry, Dieu m'a montré la voie. Dieu m'a appris à prier. Et j'ai prié, Henry, jour et nuit. Je priais même en parlant à un client. Et Dieu a entendu mes prières. Oui, dans l'infinie  bonté de son Cœur, il m'a pardonné. Il m'a ramené au bercail. Ecoute, Henry...L'an dernier je n'ai gagné que quinze cents malheureux dollars. Cette année - et elle n'est pas finie - j'en ai gagné sensiblement plus de dix mille. La preuve est là, Henry. Même un athée ne peut contester une telle logique !"
Malgré moi, j'étais amusé.
" Je vais écouter, pensai-je. Laissons- le essayer de me convertir. Peut-être pourrai-je alors en tirer dix dollars au lieu de cinq."
"Tu n'as pas faim, Henry ? Parce-que dans ce cas nous irions quelque part manger un morceau. Peut-être est-ce la voie que Dieu a choisie pour nous réunir."
Je lui dis que je n'en étais pas au point de tomber dans la rue. La façon dont je le dis sous-entendait pourtant que c'était là une possibilité.
"C'est bien, dit Luther avec son insensibilité coutumière. Ce dont tu as davantage besoin que de nourriture terrestre c'est de nourriture spirituelle. Si on l'a, on peut se passer d'aliments ordinaires. Souviens-toi de ceci : Dieu pourvoit toujours suffisamment pour la journée, même les pécheurs. Il veille sur les moineaux...Tu n'as pas oublié complètement les bons enseignements, n'est-ce pas ? Je sais que tes parents t'envoyaient à l'école du dimanche...et ils t'ont aussi donné une bonne instruction. Dieu prenait soin de toi pendant tout ce temps, Henry..."
"Bon Dieu, me demandai-je, est-ce que cela va durer encore longtemps ?"
"Tu te souviens peut-être des épîtres de Saint Paul?" poursuivit-il.
Comme je lui lançai un regard vide, il plongea dans la poche de son veston et exhuma un Nouveau testament d'aspect usé. S'arrêtant pile, il se mit en devoir de le feuilleter.
" Ne te fatigue pas, dis-je, donne-moi ça de mémoire. Il va falloir que je rentre bientôt.
- Cela ne fait rien, dit-il, notre temps appartient en ce moment à  Dieu. Rien ne saurait être plus important  que les précieuses paroles de la Bible. Dieu est notre consolateur, rappelle-toi cela, Henry.
- Mais s'il n'exauce pas les prières, alors ? dis-je, moins pour savoir la réponse que pour le décourager de chercher les épîtres de Saint Paul.
- Dieu répond toujours à celui qui se tourne vers Lui, dit Luther. Pas la première fois peut-être ni la seconde, mais à la longue. Parfois Dieu juge bon de nous éprouver d'abord. Il veut être sûr de notre amour, de notre loyauté, de notre foi. Ce serait trop simple si nous n'avions qu'à demander quelque chose pour le voir nous tomber tout rôti du ciel, qu'en penses-tu ?
- Je n'en sais rien, dis-je, pourquoi pas ? Dieu peut tout, non ?
- Toujours dans les limites du raisonnable, Henry. Toujours selon nos mérites. Ce n'est pas Dieu qui nous punit, c'est nous-mêmes. Le cœur de Dieu est toujours ouvert à celui qui s'adresse à Lui. Mais il doit s'agir d'un véritable besoin. On doit être désespéré avant que Dieu accorde Sa clémence.
- Ma foi, je suis assez désespéré en ce moment, dis-je. Franchement Luther, j'ai drôlement besoin de cet argent. On va nous expulser dans un jour ou deux si quelque chose n'arrive pas."
Ce dernier renseignement laissa Luther étrangement insensible. Il était si bien accordé aux voies de Dieu, semblait-il, qu'une petite affaire telle qu'une expulsion ne signifiait rien pour lui. Peut-être Dieu voulait-il qu'il en fût ainsi. Peut-être était-ce une préparation à quelque chose de meilleur.

..........................................

"- Ce qu'il me faut, c'est cinq dollars, c'est tout
- Sans la foi, même le peu que tu as te sera enlevé.
- Mais je n'ai rien protestai-je. Pas une foutue chose, tu ne comprends pas ? Dieu ne peut rien m'enlever parce-que je ne possède rien. Mets-toi ça bien dans la tête!
- Il peut t'enlever la santé. Il peut t'enlever ta femme, ta force de remuer les membres? T'en rends-tu compte ?
- Il ne serait qu'un gros salaud s'il faisait cela.
- Dieu a durement affligé Job, tu ne l'as surement pas oublié ? Il a aussi ressuscité Lazare d'entre les morts. Dieu donne et Dieu reprend.
- M'a l'air d'une filouterie.
- Parce que tu es encore obscurci par l'ignorance et la folie, dit Luther. A chacun de nous Dieu il y a une leçon spéciale à enseigner. Tu devras apprendre l'humilité.
- Si seulement on me donnait une petite chance, dis-je, je pourrais être prêt à apprendre ma leçon. Comment un homme peut-il apprendre l'humilité quand il a déjà le dos brisé ?"
Luther ne tint aucun compte de cette dernière remarque. En remettant le Nouveau testament dans sa poche, il tomba sur des formules de la compagnie d'assurances qu'il m'agita sous le nez.
"Quoi ? glapis-je presque, tu n'as tout de même pas l'intention de me refiler une police ?
- Qui sait si, d'ici un mois, tu ne seras pas assis au sommet du monde ?"

Ici, je pris brusquement congé de lui. Il était toujours à la même place, la main tendue, comme je l'avais immobilisé, quand j'atteignis l'autre côté de la rue. Je lui lançai un dernier regard d'adieu et crachai un glaviot de dégoût juteux.
"Espèce de con ! me dis-je. Toi et ton foutu Consolateur ! Pour une paire de fumiers sans cœur, je n'ai jamais vu votre pareille. Prier ? Tu parles que je vais prier. Je prierai pour que tu doives ramper sur les mains et sur les genoux pour racler un sou. Je prierai pour que tes poignets et tes genoux n'en puissent plus, que tu sois obligé de te traîner sur le ventre, que tes yeux deviennent chassieux et purulents."

La maison était plongée dans l'obscurité quand je rentrai. Pas de Mona. Je me laissai tomber dans le grand fauteuil et m'abandonnai à des réflexions moroses. Dans la douce clarté de ma lampe de travail, la pièce était plus belle que jamais. Même la table, qui était dans un désordre fantastique, m'affectait agréablement. Assis là, j'eus conscience que la pièce était imprégnée de mon esprit. Ma place était ici, nulle part ailleurs. Il était stupide de ma part d'en bouger pour faire le chef de famille. Je devais être à la maison et écrire. La providence avait pris soin de moi jusqu'à présent. Pourquoi ne le ferait-elle pas toujours ? Moins je m'occupais des questions pratiques, mieux cela allait. Ces incursions dans le monde ne faisaient que m'éloigner de l'humanité.


Henry Miller - Plexus

 
Photo Brassaï 1931

mardi 14 octobre 2014

Interzone with Lou...


Dolan ou Godard ?...

photo B.B. Palance et JLG sur le tournage du "Mépris"

Xavier Dolan encensé, loué etc..."Mommy" prix je ne sais plus quoi à Cannes...J'ai lu dans un magasine que le jeune "prodige" (ahurissante époque qui loue un jeune homme si peu doué) était indifférent au cinéma de Godard...Le fait est que j'ai vu "Le mépris" 15 fois et j'ai tenu 50 mn devant "Mommy" avant de quitter la salle soulé... et le seul à le faire (il est vrai que seuls sont les indomptés). Certes, tous les gouts sont dans la nature Tabernacle, mais Dolan pour l'instant, pas pour moi calice ! Tiens, je vais revoir "Le mépris" pour la 16ème fois histoire de plonger mes yeux dans la beauté et me rappeler qu'il fut un temps où l'on savait faire de belles œuvres...et oublier un peu cette époque qui donne la palme d'or à ce navet qu'est "La vie d'Adèle" (bien que là au moins j'ai tenu jusqu'au bout) et se prosterne devant un jeune gars qui se réclame de ces bouses que sont "Le seigneur des anneaux" et "Titanic"... Quelle époque...Enfin, dès la semaine prochaine, rediffusion très attendue de l'intégrale Truffaut à la Filmothèque du quartier latin à Paris !!!...Je suis le contemporain cinématographique d'époques révolues , et cela est très bien ainsi...Je ne puis applaudir au vide...Vive Godard, vive Truffaut...

Fabien Sanchez

La fatigue d'être aimé...


Quelle fatigue que d’être aimé, d’être véritablement aimé ! Quelle fatigue de devenir le fardeau des émotions d’autrui ! Changer quelqu’un qui s’est voulu libre, toujours libre, en garçon de course des responsabilités : répondre à certains sentiments, avoir la décence de ne pas prendre ses distances, simplement pour que les autres n’imaginent pas que l’on se prend pour un prince des émotions, et qu’on refuse le maximum que peut donner une âme humaine. Quelle fatigue de voir notre existence dépendre complètement de son rapport avec les sentiments de quelqu’un d’autre ! Quelle fatigue de devoir, d’une façon ou d’une autre, éprouver forcément quelque chose, de devoir forcément, même sans réelle réciprocité, aimer un peu aussi ! 

PESSOA

Fin du monde...


Il est des larmes dans le monde
Comme si le bon dieu était mort.
Et l'ombre de plomb qui tombe
Pèse du poids du tombeau.

Viens, cachons-nous plus près...
La vie gît dans tous les cœurs
Comme en des cercueils.
O ! Embrassons-nous profondément.
Au monde frappe une nostalgie
Dont il nous faudra mourir.


Jakob Van Hoddis.

Le 21 octobre...


Sud de la France, au cœur de l’été. Un écrivain en plein doute, incapable d’écrire la moindre ligne, revient dans son village natal sur les traces d’un ami, mystérieusement disparu lorsqu’ils étaient adolescents. Arrivé sur place il se laisse gagner par le farniente et la déreliction, tandis que le fantôme de son ami – mais est-ce bien lui ? – fait de fugaces apparitions.
 

Deux femmes surgissent alors dans sa vie, l’une ayant l’âge d’être sa mère, l’autre de sa fille, et le plongent dans un tiraillement amoureux qui va réserver bien des surprises…
 

Nimbé d'oppressante lumière, ce premier roman de Fabien Sanchez entrecroise les intrigues sur un ton faussement léger. L’auteur excelle à y installer un climat, une ambiance tragi-comique ; c’est ainsi moins par les rebondissements que brille cette histoire que par le charme langoureux qui s’en dégage, incendié de soleil.
 

Le sourire des évadés  est un roman de saison chaude, où bruissent les murmures d’une enfance qui se refuse à mourir.
 


 

Fabien Sanchez est né en 1972 à Montpellier, et vit à Paris. Il a
publié à nos éditions deux recueils de nouvelles, 

« Chérie, nous allons gagner ce soir » (2006) et « Ceux qui ne sont pas en mer » (2009), ainsi
qu’un recueil de poèmes, « J’ai glissé sur le monde avec effort » (2012).


ISBN : 978-2-913465-86-2
PRIX : 18,00 €
DISTRIBUTION : LES BELLES LETTRES
9 782913 465862