samedi 29 novembre 2014

Lorsque l'agitation se calme...

Ouvrez les yeux tout grand et l'agitation se calmera. Et lorsque l'agitation se calme, alors commence la vraie musique.

Henry Miller - Plexus

vendredi 28 novembre 2014

Henry Bauchau


Hommes, pour être vous, l’enfant a traversé
l’étendue de la peur et par l’escalier bleu
jusqu’aux cœurs où battait l’amour du temps naïf
il n’a jamais voulu, Orphée, que redescendre

Henry Bauchau

Une phrase de Duras sauvée du vent

Un écrivain n'est jamais coupé de son enfance ; il y puise tout.


mercredi 26 novembre 2014

Marcel Conche sur les philosophes


 Mais d'où vient que les philosophes demeurent insensés ? C'est qu'ils pensent orgueilleusement d'eux et de l'homme, croient la vérité accessible, sans se rendre compte que vouloir arracher l'homme à sa condition d'ignorance, c'est vouloir que l'homme ne soit plus un homme. L'idée de la vérité est le piège auquel se prennent les philosophes insensés. Comment leur science les rendrait-elle plus sages puisqu'elle n'existe que par leur folie ?

Marcel Conche - Montaigne ou la conscience heureuse - PUF


lundi 24 novembre 2014

Rien à faire

"Il y a des gens qui font de l’argent, d’autres de la neurasthénie, d’autres des enfants. Il y a ceux qui font de l’esprit. Il y a ceux qui font l’amour, ceux qui font pitié.  Depuis le temps que je cherche à faire quelque chose ! Il n’y a rien à y faire : il n’y a rien à faire."


" La vie ne vaut pas le coup qu’on se donne la peine de la quitter. »

 
 Jacques Rigaut

Le mystère du bonheur selon Clément Rosset


Lavorare stanca - Cesare Pavese


Traverser une rue pour s'enfuir de chez soi
seul un enfant le fait, mais cet homme qui erre,
tout le jour, par les rues, ce n'est plus un enfant
et il ne s'enfuit pas de chez lui.

En été, il y a certains après-midi
où les places elles-mêmes sont vides, offertes
au soleil qui est près du déclin, et cet homme qui vient
le long d'une avenue aux arbres inutiles, s'arrêt.
Est-ce la peine d'être seul pour être toujours plus seul ?
On a beau y errer, les places et les rues
sont désertes. Il faudrait arrêter une femme,
lui parler, la convaincre de vivre tous les deux.
Autrement, on se parle tout seul. C'est pour ça que parfois
Il y a des ivrognes nocturnes qui viennent vous aborder
et vous racontent les projets de toute une existence.

Ce n'est sans doute pas en attendant sur la place déserte
qu'on rencontre quelqu'un, mais si on erre dans les rues,
on s'arrête parfois. S'ils étaient deux,
et même pour marcher dans les rues, le foyer serait là
où serait cette femme et ça vaudrait la peine.
La place dans la nuit redevient déserte
et cet homme qui passe ne voit pas les maisons
entre les lumières inutiles, il ne lève pas les yeux :
il sent seulement le pavé qu'ont posé d'autres hommes
aux mains dures et calleuses comme les siennes.
Ce n'est pas juste de rester sur la place déserte.
Il y a certainement dans la rue une femme
Qui, si on l'en priait, donnerait volontiers un foyer.


            Lavorare stanca


Traversare una strada per scappare di casa
Io fa solo un ragazzo, ma quest'uomo che gira
tutto il giorno le strade, non è piú ragazzo
e non scappa di casa.

                            Ci sono d'estate
pomeriggi che fino le piazze son vuote, distese
sotto il sole che sta per calare, e quest'uomo, che giunge
per un viale d'inutili piante, si ferma.
Val la pena esser solo, per essere sempre piú solo ?
Solamente girarle, le piazze e le strade
sono vuote. Bisogna fermare une donna
e parlarle e deciderla a vivere insieme.
Altrimenti, uno parla da solo. È per questo che a volte
c'è lo sbronzo notturno che attacca discorsi
e racconta i progetti di tutta la vita.

Non è certo attendendo nella piazza deserta
che s'incontra qualcuno, ma chi gira le strade
si sofferma ogni tanto. Se fossero in due,
anche andando per strada, la casa sarebbe
dove c'è quella donna e varrebbe la pena.
Nella notte la piazza ritorna deserta
e quest'uomo, che passa, non vede le case
tra le inutili luci, non leva piú gli occhi :
sente solo il selciato, che han fatto altri uomini
dalle mani indurite, come sono le sue.
Non è giusto restare sulla piazza deserta,
Ci sarà certamente quella donna per strada
che, pregata, vorrebbe dar mano alla casa.


Cesare Pavese, Poésies I, Lavorare stanca / Travailler fatigue, traduit de l'italien et préfacé par Gilles de Van, "Poésie du monde entier", Gallimard

L'âme dans la glace

 
« Parfois, je me regarde dans la glace, et je vois, à mes yeux, que mon âme est de sortie, que je lui déplaisais trop, qu’elle est allée respirer l’air frais… »

Maurice Sachs
Le Sabbat

Apparente soumission


Son drame est celui de tout être qui refuse le système et dont la singularité est à l'origine d'une inadaptation. 
Il répond à cette situation par une volonté d'apparente soumission, de normalisation, qui proprement le détruit et le pousse à la plus insupportable mauvaise foi.

Charles Juliet - Journal

dimanche 23 novembre 2014

Montaigne et la mort


« Le sage vit tant qu’il doit, non pas tant qu’il peut » (Essais, II, 3).

Eloge ou critique de la Paresse ?


C'est se tromper que de croire qu'il n'y ait que les violentes passions comme l'ambition et l'amour, qui puissent triompher des autres. La paresse, toute languissante qu'elle est, ne laisse pas d'en être souvent la maîtresse ; elle usurpe sur tous les desseins et toutes les actions de la vie ; elle y détruit et y consume  insensiblement  les passions et les vertus.

La Rochefoucauld - Maximes

Photo Edward Hopper

jeudi 20 novembre 2014

Une phrase de Chateaubriand sauvée du vent

“On vit avec un cœur trop plein dans un monde trop vide. Et sans avoir usé de rien, on est désabusés de tout.”

mercredi 19 novembre 2014

Etre ou ne pas être...


Être ou ne pas être ? Ni l'un ni l'autre.

Cioran

Dieu et l'argent par Dorothy Parker


"Si vous voulez savoir ce que Dieu pense de l'argent, regardez à quoi ressemblent ceux à qui il le donne"

Dorothy Parker

Photo George Platt Lynes, 1943

Télégramme 1


Composition parlé - anti - sociabilité - chômage bénie - rente à vie - mort au moins fini travail - ça c'est bien - plus voir les gueules des philistins - ne plus rompre avec eux le mauvais pain - gestuelle lasse - se coucher dans la noblesse désespérée des écrits de jeunesse du néantiste des Carpathes - saupoudrer le tout d'un peu de poussière idéologique - chérir son lit - sur les ruines des illusions - non, il n'y avait rien à tirer de vous - a vingt je me trompais sur l'humanité - j'avais tord d'aimer - je sifflotais sous démolition - je me repose à présent de ce qu'on m'a roulé dessus - la vie avec ses wagons - train train quotidien

Copyright Fabien Sanchez 2014
Photo Richard Tuschman

mardi 18 novembre 2014

Ce livre que j'allais écrire...


" Ce livre que j'allais écrire était une lettre d'adieu. Mon adieu aux âmes. Les derniers vestiges de l'enfance incarnée, un dernier coucher de soleil sur l'onde du lac, un dernier crépuscule pourpre, spectral, sur la peur, les remords et la nostalgie d'un monde qui n'était plus, et ne dût plus être - pas même une blessure. Tout au plus un souvenir. Désolé comme le sont les terrains vagues, où se jouent les premiers drames, fictifs. Car au moment de mourir, c'est toute une vie qui jetterait sur moi ses images, comme un linceul. Une vie à laquelle ma fille appartenait, y occupant le rôle le plus important. Je verrais cette vie dans son ensemble, sa continuité, car il était faux de croire qu'elle s'était arrêtée lorsque j'avais eu quatorze ans...Laissant mon cœur toujours plus seul."
 
Fabien Sanchez in Le Sourire des évadés,  Éditions La Dragonne 2014

Pétrification Hopperienne

Je fixe le plafond / Me me tourne sur le côté. N'arrive pas à m'habiller pour chercher mes Vogue. Ennui physiologique. Le riz cuit. Arriverai-je...à/ le/man-ger ?
Ma no-blesse / se trouve/dans /quoi ? Quel substrat existentiel / me porte/ à ...rester coucher/ dans l'animalerie / des dé-sirs/? Je ne puis que poser la main/ sur la cuisse de ma femme/ qui rit/ ah comme elle rit joliment/ même impuissant/elle m'aimera encore/ pour toujours mon loup/dit-elle/en ri-ant/ drapé dans mes ten-dances négatives / lirai-je Proust/ Aurai-je ce cour-age/ ce soir/ ou lèverai-je mon corps/ vers nuit noire et pluie/rues mouillée/ jusqu'au dernier Fincher ?/ Crainte de m'ennu-yer/ lexo lexo mon p'tit lexo-mil / ma pensée est elle malediction ou chance / par ra-pport / aux philistins / Viabilité /de /mon /sort /mais je /sors/ pas /de /mon/ lit /sauf pour ce bol /de / riz. 



Fabien Sanchez Copyright 2014
Image : Hopper "Excursion into philosophy » (1959)

lundi 17 novembre 2014

Une phrase de José Ortega y Gasset sauvée du vent...

"Aimer une femme, c'est ne pas admettre la possibilité d'un monde où elle serait absente".


Intermède musical...


Saving private Cimino


Cimino, cinéaste sacrifié par Hollywood, enfant génial et terrible mis au piquet sur les cendres du nouvel Hollywood mort avec Heaven's gate. Des ruines jaillit un monstre, Tarantino, loué et chéri dans le monde entier, en dépit de l'iniquité de ses films, de leur violence imbécile...Cimino, incapable de monter son Dostoievski scénarisé par Carver, et le projet qui lui tient à cœur depuis vingt ans, "La condition humaine " de Malraux. En revanche, il s'est trouvé des sous pour cette bouze infâme qu'est Django Unchained signée par le roquet au visage hargneux et à l'âme basse et sordide....Mickael, je t'aime, tu as fait Heaven's gate, Tarantino ne fera jamais un Heaven's gate. Mickael, tu ne tournes plus, tu as été sacrifié, tu es une figure christique, mais regarde ce qui se produit depuis trente ans à Hollywood... Regarde combien sont encensés des freluquets comme James Gray, y compris en Europe...Tout le monde t'a oublié, il ne se trouve pas un seul producteur pour te financer...Ils te laissent mourir comme ils l'ont fait avec Welles et Arthur Penn...L'époque n'est pas folle, elle est triste, elle est terne, les producteurs sortent de HEC et des buisness schools américaines, c'est le règne de la confusion et du cynisme, le crétin Tarantino appelle sa maison de prod A band apart en référence à Godard, qu répondit à l'imbécile au faciès dégénéré ( je sais, il n'est pas convenable pour un gentleman de s'en prendre aux caractéristiques physiques ) que c'est plutôt des sous qu'il devrait lui envoyer...Que font Lucas et Spielberg qui avaient sauvé la peau de Kurosawa en produisant ses Kagemuscha et autres Dreams...Sauvez le soldat Cimino, par pitié...Nous voulons le retour de grands cinéastes afin qu'ils viennent déboulonner les nouvelles statues de James Gray et de l'affreux vulgaire Tarantin.

© 2014 - Fabien Sanchez

dimanche 16 novembre 2014

Une phrase de José Ortega y Gasset sauvée du vent

"Aimer une femme, c'est ne pas admettre la possibilité d'un monde où elle serait absente".


Une phrase de Saul Bellow sauvée du vent

" La vie sans explication ne vaut pas d’être vécue et la vie avec explication est insupportable. "


J'ai rencontré Jean Pierre Georges

Photo F. Sanchez et Jean Pierre Georges - Paris, 16/11/2014

Ce samedi 16 Novembre 2014, à la faveur d'un salon du livre dans le quartier du Marais, mon deuxième éditeur Jean Louis Massot avec lequel je vais faire un livre en 2015 aux remarquables éditions belges  Les carnets du dessert de lune m'a présenté le poète Jean Pierre Georges, dont j'avais découvert l'existence au printemps au salon de la poésie de Saint Sulpice quand Jean Louis m'avait mis entre les mains un livre qu'il avait publié de cet auteur alors inconnu à mes yeux : "Le moi chronique". J'avais été aussitôt saisi en le parcourant par les phrases cinglantes, les formules tranchantes et les aphorismes désespérés et caustiques de ce champion de la déprime, de la déréliction, au ton tour à tour noir, comique, poétique : en somme tragi-comique. Il y était beaucoup question d'ennui, de la vie sexuelle dans ce qu'elle a de plus misérable, du pathétique de nos destinés, de l'instant présent destitué de souffle, d'ambitions ratés, de manquements aux plus élémentaires élans de joie devant le miracle de l'existence, de l'ordinaire banalité des jours, du cafard qui vous tombe dessus comme une mauvaise fièvre.
Le jour même, j’acquérais  aux éditions Tarabuste deux autres livres de ce mystérieux et enchanteur écrivain. Trois peupliers d'Italie et L'éphémère dure toujours.

Depuis ce jour, je suis devenu un fidèle lecteur de Jean Pierre Georges. Mon éditeur Olivier Brun, des éditions La Dragonne a eu la gentillesse de m'envoyer par courrier  "Je m'ennuie sur terre"  publié par la défunte maison du Dé Bleu qui confirma l'intérêt que je portais à ce poète mélancolique, cynique, corrosif, subversif, néantiste et singulièrement désespéré, ce qui relève à notre époque hygiéniste, puritaine, affreusement moralisatrice et hédoniste, de la plus provocante sédition.

Ma rencontre avec Jean Pierre Georges au salon du Marais, s'est faite tout naturellement. Nous avons bavardé et finalement sommes allés déjeuner dans une brasserie de la  rue Vieille du Temple et j'ai passé ainsi deux heures très intéressantes en sa compagnie. Je lui ai dit tout le bien que Roland Jaccard pensait de lui, il en a été très touché, car il est un grand lecteur de L'infâme RJ. Nous avons parlé de Montaigne, de Frédéric Schiffter, Marcel Conche, Pierre Autin Grenier, Antoine Emaz qu'il considère comme l'un des plus importants de nos poètes contemporains, de Cioran bien sûr - comment pourrait-il en être autrement ? -  du travail de l' écriture, de l' édition, bref du métier. Il ne savait pas ce que représentait  les difficultés de se confronter à l'art subtil et laborieux du roman et avoua être incapable de se lancer dans un texte qui dépassât deux pages sans immédiatement le laisser tomber, à bout de souffle. Il s’exprima sur l'art difficile de faire court - genre dans lequel il excelle et qui m'est relativement inconnu.  Je trouvai l' homme charmant, délicat, raffiné...Pour le café, il s'alluma une Vogue - pareil que moi ! - me confiant fumer peu car (paradoxe saisissant pour un auteur si désespéré) il avait toujours été très sportif et avait consacré sa vie au vélo !
Nous nous sommes séparés en échangeant nos adresses afin que je lui envoie mon dernier opus "Le sourire des évadés" et lui, un de ses livres que je n'ai pas en ma possession. Je suis sûr que je ne serai pas déçu.
Je soumets au lecteur assidu de ce blog, ou au visiteur égaré  (Bienvenue !) un florilège de quelques phrases de Jean Pierre. Car cet article n'a pas de but plus avoué que de laisser la parole à cet immense auteur.
Bonne lecture !

Oh ma vie de méduse sur l'océan de pensums !

Les fenêtres attirent les mouches et les poètes

Ma vie sexuelle me regarde avec un air de se foutre de moi

Victime d'une conversation il doit s'aliter

La vie est plus longue que large

Le lendemain matin, cette odeur de mots froids sur la page....
 

Ne rien trouver à écrire c'est rien, c'est ne rien trouver à être qui fait mal

Je suis parfaitement insensible à mon charme

Ma vie : un spectacle qui me coûte cher

Quand je pense qu'aujourd'hui est l'un de ces "demain" sur lesquels j'avais misé.

Quand j'étais petit, je faisais souvent ce rêve banal mais terrifiant, je tombais dans le vide. Aujourd'hui, ce n'est plus un rêve

Il prendrait plus facilement la Bastille qu'une décision

Mon niveau baisse

Pas un jour qui ne soit une lutte contre la désolation

La prison du moi a cet avantage : on n'y souffre pas de surpopulation

Tout ce que j'écris est d'un autre...mais qui n'a que moi pour s'exprimer - le pauvre

Elle a quoi, seize, dix-sept. Pas vilaine. Elle fait la gueule. Tout le temps. Elle a l'air de s'emmerder puissamment. Quel charme !

Le beau, je ne sais pas trop ce que c'est ; mais la belle où qu'elle soit m'échappe rarement.

Ne t'es tu pas dit
encore aujourd'hui
que nul souci nulle
inquiétude nul conflit
ne viendrait plus troubler
ton esprit et qu'une mer d'huile
sous un crâne
serait désormais le lieu clos
d'une douce dérive
vers l'ETRE


La vie d'un homme
se passe entre deux reproches
celui de sa mère et celui de sa femme


A court d'arguments contre l'absurde j'irai gagner ma vie 

Une seule certitude : j'ai violemment haï le travail.
Par instinct - ou par bêtise - je n'ai rien "construit". Par facilité et paresse j'ai tout fonctionnarisé, mensualisé : santé, confort, amour, amitié, écriture. J'étais un timide, je suis devenu un tiède. Je ne sais plus ce que c'est de souffrir.
Cela en mon pouvoir je jetterais mon sexe au premier chien qui passe. Car plus qu'une complication, c'est une plaie cette guérilla avec le ventre. Installé dans la pérennité de l'attente vaine, je forme un vœu sincère : je voudrais que ma femme soit heureuse. 


Il faut lire Jean Pierre Georges et comme me l'a dit Roland Jaccard, nous guillotinerons en place publique ses détracteurs !




Copyright photos Fabien Sanchez

Un peu de Montaigne ne peut pas faire de mal...


Nul n’est mal long temps qu’à sa faute.
Qui n’a le cœur de souffrir ny la mort ny la vie, qui ne veut ny resister ny fuir, que luy feroit-on ?

Michel de Montaigne, « Que le goust des biens et des maux dépend en bonne partie de l’opinion que nous en avons », Essais, 1

samedi 15 novembre 2014

Vocations


Lisa, plus tôt, me consulte sur un devoir d’anglais. Sagace et charmante, elle s’apprête à suivre, au moins pour un temps, des études qui ont été les miennes. Comme je lui souhaite de ne pas devenir professeur ! Comme je lui souhaite de ne pas s’enferrer dans une profession ! Comme je lui souhaite de ne pas ! Les seules vocations à épouser sont des paysages.


© David Farreny

Cioran s'adressant au Christ


Seul mon sang tâche encore la pâleur de Dieu...
(Me pardonneras-Tu les gouttes de la tristesse et de la folie ?).


Cioran - Le crépuscule des pensées
 Photo Il Vangelo secondo Matteo , 1964 -  Pier Paolo Pasolini

Cioran et le Sauveur

Le sublime, dans le cas de Jésus, vient de l''errance de l'éternité, à travers le temps, de sa dégradation démesurée. Mais tout ce, qui dans l'existence du Sauveur, est but, affaiblit le sublime, lequel exclut les allusions éthiques. S'il est volontairement descendu pour nous sauver, Il nous intéressera seulement dans la mesure où nous goûtons esthétiquement un geste éthique. Si, en revanche, son passage parmi nous n'est qu'une erreur de l'éternité, une tentation de mort, inconsciente, de la perfection, une expiation de l'absolu dans le temps,alors l'énormité de cette inutilité ne s'élève-t-elle pas jusqu'au sublime ? - Que l'esthétique sauve encore la croix, comme symbole de l'éternité.

Cioran - Le crépuscule des pensées
Photo Il Vangelo secondo Matteo 1964 Pier Paolo Pasolini

vendredi 14 novembre 2014

Une phrase de Gainsbourg sauvée du vent...


Gainsbourg sur la mort de Coluche

 

Le 19 juin 1986 , Coluche se tue en moto. Gainsbourg signe la préface d'un livre lui rendant hommage.


            " L'homme a créé les dieux , l'inverse reste a prouver " 

Je les ai mis sciemment au pluriel pour ne pas que tu te fâches avec l'un d'eux. Il y en a certainement un pour les crouilles, quelques autres pour les bamboulas, un autre pour les niaks, le dernier pour les youtres, enfin, le plus gentil pour toi i hope, le dieu des roses bonbons.
Celui-ci te concerne car tu avais l'épiderme nacré de Marilyn et sous la dent , la tendresse d'un marshmallow.
Travelling avant , arrêt image , circulez y a plus rien a boire que ton sang rhésus peu importe, sur l'asphalte d'une putain de départementale. (...)
Enfants , posez des fleurs aux cimetières, des rats apprivoisés, des chiens errants et des chatons en boule...

                                                                                                                              GAINSBOURG


Une phrase de Miles sauvée du vent...


Une phrase de Julien Green sauvée du vent...


"La pensée vole et les mots vont à pied. Voilà tout le drame de l'écrivain".

De l'amitié...


Au Flore avec Serge Koster...


Au Flore avec trois  écrivains : Serge Koster, Roland Jaccard et Steven Sampson...

Un petit extrait de mon après midi au Flore avec Steven Sampson et Roland Jaccard...


Ma femme, mes cochons d'Inde et la paix du Christ...


Ce que j'aime dans la vie ? Ma femme depuis 15 ans. Love at first sight. Mes cochons d'Inde Bianca, Billie et Sarah Jane, mon appartement, havre de paix, lieu de repos et d'amour, où s'entassent mes livres, mes manuscrits, les affaires de ma femme qui a décoré merveilleusement ce lieu enchanteur ; et aussi mon quartier...J'aime me reposer, ne faire que ce que j'aime, lire, écrire, chérir ma femme, être chéri en retour. Pour vivre heureux, j'aime vivre caché. L'aventure ? Très peu pour moi. Les voyages ? J'ai pas l'argent. La politique ? Je n'y crois pas. La guerre ? J'ai la chance de ne pas la faire...Ce que j'attends ? Pas grand chose, just feelin"good and cryin' sometimes. Et vivre ainsi jusqu'à la fin de mes jours, dans la paix de DIEU, la routine, les petits choses quotidiennes, auprès de ma femme à qui je dois tout, car elle est la chance de ma vie.
- C'est formidable...Tu as beaucoup de chance, mais n'est-ce pas un peu égoïste ? me demande T.
- Si, j'en conviens, mais le monde me fait peur, quand il ne m'ennuie pas. Je me repose de mes illusions. Je n'en ai plus aucune.
- Tu as l'amour...!
- Oui, mais ce n'est pas une illusion.

© Fabien Sanchez 2014 

La phrase du jour sera des Rolling Stones...



 You're not the only one / with mixed emotions...

Revanche

Cet après-midi, j'ai rendez vous au Flore, à Saint-germain des Près avec Roland Jaccard (idole), et les excellents écrivains Serge Koster et Steven Sampson (auteur de deux essais sur Philip Roth). Si l'on m'avait dit, à l'époque où jeune homme ostensiblement désœuvré et accomplissant la mort dans l'âme de poussives études de lettres, me morfondant à Montpellier, ville que je jugeais trop petite pour mes aspirations littéraires et romantiques, époque où je traînais mon désenchantement et ma frustration dans le seul café qui ressemblât à une brasserie parisienne avec ses banquettes en moleskine, ses tables marbrées et ses serveurs en livrée ( aujourd'hui devenu un immonde bar glacier aux couleurs criardes), bref si l'on m'avait dit qu'un jour, auteur de quatre livres, je converserai avec Roland Jaccard (dont je dévorais "Le journal d'un homme perdu" et "La tentation nihiliste") et sa bande autour d'un café ou d'un thé fumé par un après-midi pluvieux dans le haut lieu de l'intelligentsia parisienne, le temple des écrivains, passés et présents, et bien j'eusse voulu accélérer le temps. Aujourd'hui, par ce simple rendez-vous, je tiens ma revanche sur les années de morosité et de spleen acide qui pourrissaient mon sang dans la torpeur provinciale de la pire saison de ma vie. Vive Paris, vive la littérature, et puissent ces sales souvenirs retourner ad patres, sous le ciel bleu de Montpellier auquel j'ai échappé, n'aimant rien tant dans la vie que la condition d'évadé.

© Fabien Sanchez 2014  Sanchez Fabien

L'évadé

Je ne devais allégeance à personne,
pas plus aux jeunes filles tristes
de ma mémoire
qu’aux mensonges pieux
dont les hommes croient
utile de baliser
les étapes du temps.
 

J’avais écrit un livre
– il me restait selon l’adage
à faire un enfant
et planter un arbre.
 

J’aimais le soleil autant que possible.
Autant que l’impossible.
Il était la posture fatiguée de mes rêves.
 

Ce temps-là a passé.
Je mourais et renaissais continuellement
aux mille feux de mon âme,
avec dans mon fusil
une cartouche pour l’évasion.


Sanchez Fabien J'ai glissé sur le monde avec effort - Éditions La Dragonne 2012

Photo extraite du film "Le marchand des quatre saisons" de Rainer Werner Fassbinder

mercredi 12 novembre 2014

Joseph Brodsky


« Juge : Quelle est votre profession ?
Brodsky : je suis un poète.
Juge : Mais qui vous reconnaît poète, qui vous a classé au rang des poètes ?
Brodsky : Personne. Qui m’a fait naître au rang des humains ?
Juge : Avez-vous étudié pour être poète?
Brodsky : Cela ne s'apprend pas à l’école. Cela est, c’est la décision de Dieu."



De la création selon Pearl Buck


« Quel que soit son domaine de création, le véritable esprit créatif n’est rien d’autre que ça : une créature humaine née anormalement, inhumainement sensible. Pour lui, un effleurement est un choc, un son est un bruit, une infortune est une tragédie, une joie devient extase, l’ami un amoureux, l’amoureux est un dieu, et l’erreur est la fin de tout. Ajoutez à cet organisme si cruellement délicat l’impérieuse nécessité de créer, créer, et encore créer – au point que sans la possibilité de créer de la musique, de la poésie, des livres, des édifices, ou n’importe quoi d’autre qui ait du sens, il n’a plus de raison d’être. Il doit créer, il doit se vider de sa créativité. Par on ne sait quelle étrange urgence intérieure, inconnue, il n’est pas vraiment vivant à moins qu’il ne soit en train de créer. »

Pearl Buck (1892 – 1973)

mardi 11 novembre 2014

ALLER-RETOUR PLUS LOIN



Es-tu sortie de cet asile où l’on t’avait enfermée,
lorsque tu avais dix-sept ans ? Tu prétendais parler avec
des chiens morts. Je t’invoque dans mon cerveau malade.
Brutalement, au détour de pensées, comme si tu
étais ma meilleure amie, alors qu’on se connaissait à
peine. Deux autistes au fond de la classe.
Je me sens usé par des nuits de veille, et des jours de
flottaison, passés sous mon arbre dans le jardin, sans
qu’entre en ligne de compte autre chose qu’un abandon
physique au déroulement des jours les plus longs de
l’année. Il est étrange de penser à toi, comme ça, brusquement.
Trompant une impatience soudaine de t’avoir
sous mes yeux, je t’imagine t’approcher de moi et me
demander de mes nouvelles. « Je tourne le dos tantôt au
monde pour Dieu, tantôt à Dieu pour le monde » te
réponds-je, concluant ma tirade par un clin d’œil fatigué.
Je prends ma voiture et la route. Tout ça s’est fait soudainement.
Je roule toute la nuit. Je me souviens du lieu
où tu habitais à l’époque. Je tomberai peut-être sur tes
parents, dans cette vieille maison de village aux murs
jaunes. S’ils me disent que tu y es encore, dans ta cellule
capitonnée, alors sois sans crainte, je volerai te délivrer.
Sommières, depuis Paris, c’est mille kilomètres à
peu près.
 ,
Au petit matin, j’arrive. Je me prends un café au bord
de la rivière. À mes côtés, lisant le journal sous un platane,
je crois apercevoir Lawrence Durrell. Il fume la pipe
devant une bière, s’entourant d’un nuage de fumée.
Je vais sonner chez tes parents. J’apprends que tu vis
ici, mais dans une autre maison. Avec une gosse et un
mari. Je fais une sieste au bord de l’eau. Je suis un gros
chômeur fatigué qui n’aime rien tant que danser toute
la nuit avec des Africains joyeux, trémousser son cul de
pachyderme sur les tam-tam de l’Afrique, et rouler pour
délivrer une folle en fonçant sur la route sous un ciel
rouge brique.
Je me tiens devant ta porte, dans une ruelle fraîche et
ombragée de la vieille ville. La cloche de l’église sonne.
Je frappe à ta porte. Une lumière ocre et or mouchette
la rue quand un type m’ouvre, une cigarette à la main.
Il a trente ans maximum et une tête d’homme.
Je lui dis que je veux parler à la jolie môme et tu apparais.
Nous bavardons un moment sous le porche. Le type
se tient en retrait puis disparaît, l’air bougon.
J’ai peur que tu remarques que je n’ai plus toute ma
tête. Que des morceaux sont partis. Tu as l’air bien.
Je te dis que je passais dans le coin par hasard. Tu me
demandes finalement qui je suis et cette question tombe
comme un arbre sous la hache.
Je te réponds que nous étions ensemble à l’école. Tu ne
t’en souviens pas.
Tu ne m’invites pas à rester et ton type revient qui me
ferme la porte au nez.

Je déambule dans les rues de Sommières. Je retourne
vers ma voiture. Il n’y a plus que là que je me sente bien.
Je repars avec la nuit qui tombe. M’en fous, j’ai Ali
Farka Touré dans l’autoradio. M’en fous d’être marteau.
M’en fous. Je roule. La nuit est tombée. Je ne suis pas
certain du chemin. Je ne sais pas si je vais rentrer chez
moi. Je roule. Chez soi, c’est pour les morts. Je roule sur
la Terre. La Terre n’appartient pas aux morts. Elle se traverse
invisible, comme un ressuscité. Aujourd’hui, j’ai
cru pouvoir sauver un ange. Je sais qu’une percée est possible.
Même si c’est en roulant dans la nuit, les pupilles
injectées, dilatées par la fatigue. J’aperçois un chien sur
le bas-côté. J’arrête la voiture.
Je m’approche de lui. Il est mort. Je le prends dans mes
bras. Il a du sang sec sur le museau. Je le dépose sur la
banquette arrière. Je reprends la route comme on prend
un train, sans billet, en se foutant de l’homme en noir
avec sa tête de passeur du Styx.
C’est peut-être quand on n’a plus les moyens de cette
vie qu’on commence à la vivre enfin.
J’ai pour moi la route, des cigarettes, la nuit, Ali Farka
et du sang dans mes veines.

Plus loin un arbre attend, sur un lopin de terre, que je
m’assoie contre lui et regarde décliner la lumière. Plus
loin.
Là-bas, j’enterrerai le chien.

Fabien Sanchez - Chérie, nous allons gagner ce soir - Editions La Dragonne - 2006
 Photo "Au fil du temps" Wim Wenders 1976

Il gattopardo

"L'amore ? Une année de flammes et trente ans de cendres..."

Le prince Fabrizio Corbera de Salina dans "Il Gattopardo" de Luchino Visconti

"On a besoin d'encouragements" Carver

 Pour Christophe Brégaint

"On a besoin d'encouragements. On a besoin que le monde nous dise qu'il sait qu'on existe, qu'on fait partie de lui. Ça m'a sauvé pendant les années soixante - avoir un poème, une nouvelle publiés de temps en temps dans une revue."

Grandir et durer, Conversations with Raymond Carver, Diabase.

Roberto Juarroz - S’effacer

S’effacer,
s’abstenir,
sous n’importe quel climat.
Vivre les nuits comme des sortilèges
et rester en marge,
sans même les prononcer.
Dévier légèrement l’éternité
et se tenir là en suspens,
comme un insecte dans une fissure.
Ce n’est qu’ainsi,
abandonnant parfois temporairement la vie,
qu’on peut continuer de vivre.

Roberto Juarroz - S’effacer… (1987)

Roman et poésie


Le roman auto-fictionnel est, dans mon cas, affaire de distance : tenir la bonne en l'écrivant, mais aussi savoir le tenir à distance. Ne pas le laisser interférer sur votre personnalité, retenir les personnages sur la feuille A4. Il faut l'introduction de frontières. La poésie a davantage affaire avec l'inconscient ou le subconscient. La surréalité et la liberté. Le roman, son écriture, est une nécessité autant que la poésie, mais qui implique la notion de vue d'ensemble et de contrôle, démiurgique et rigoriste ; c'est une opération à cœur ouvert au lieu que la poésie est une prise de sang indolore faîte pour un don.

Fabien Sanchez

lundi 10 novembre 2014

Woody Allen a retrouvé sa magie


Le dernier film de Woody Allen "Magic in the moonlight"  est tout simplement une merveille. Excellence des dialogues, du scénario et Colin Firth (l'acteur génial du Valmont de Milos Forman ) impérial dans le rôle de Stanley Crawford homme rationnel, snob, imbu de sa personne, grognon, cynique, caustique, désespéré, dont les sarcasmes et l'esprit désenchanté ne feront pas le poids devant l’irrationalité de l'état amoureux. Les questionnements qui fusent tout au long du film sur le sens de la vie, la possibilité d'un autre monde, l'espoir dans la croyance d'une mystique trouvent leur moment d'apogée lorsque Colin Firth (Stanley Crawford) se prend à prier le ciel pour la guérison de sa tante. On sait Woody athée et considérant que la vie n'a aucun sens, qu'elle est cruelle et injuste, mais quel esprit aussi désabusé et rationnel soit -il n'a-t-il jamais été tenté de se changer en âme éprise de piété et caressée par la brise rafraichissante du divin et du merveilleux...Ce film "Magic in the Moonlight" est un pur bijou. Et moi qui boudais Woody depuis quelques années, ayant détesté "With love from Rome" et "Midnight in Paris" comme autant de farces bâclées et grotesques sur fonds de mauvaises cartes postales pour richissimes américains, sans oublier le médiocrissime "Christi Vicky Barcelona" ! Ce film est le retour en grâce du réalisateur qui enchantât mes vingt ans, l'âge où je l'ai découvert avec "Husbands and wives" et où cette rencontre fut un des moments délicieux de ma vie de cinéphile. Ce soir, la magie est retrouvée, et lorsque je suis sorti du cinéma, je regardais la lune au-dessus de Paris avec une prière dans le cœur : Merci Woody.




dimanche 9 novembre 2014

La vague du désir

Exploser dans la bouche de Rachel / Lou en fond sonore qui chante Venus in Furs ...

Une cigarette / les seins de Rachel en ligne de mire / l'ennui de la vie / l'envie de mourir / cracher sur son enfance /  maudire son père / trainer sa vie depuis la naissance et ne l'oublier que / dans les culs et les cons des filles de passage / les pas bégueules /  les merveilleuses salopes de la désespérance de vivre.
Copyright F. Sanchez  2014


L'addition


Pour ceux qui s'offrent à ses pouvoirs, l’œuvre est moyen d'enrichissement, de connaissance, objet de délectation...Mais son tragique, nul ne l'assume. L'écrivain est seul à payer.

Charles Juliet - Journal