mardi 4 novembre 2014

Dans la voiture...


De retour dans la voiture, elle posa ses lèvres sur les miennes
et s’empressa de dégrafer sa robe, cherchant la fermeture éclair
dans son dos. Ne laissait pas de me surprendre sa détermination
sans faille, de même que m’inquiétaient les larmes qui
perlaient de ses yeux, la fébrilité de ses gestes et son appétence
oppressante. Elle posa sa main sur mon sexe, qui se raidit aussitôt
sous un afflux de sang.
Allez mon petit gars, te fais pas prier…, semblait dire son
regard noyé de désir dans lequel pouvait se lire l’expression
d’une fièvre sans mélange.
J’écoutais la mer. Les galets roulés par les vagues. La nuit
était tombée.
Enfin, le bruit d’une pluie subite sur le capot.
Je cherchai dans mon esprit un recours possible devant cette
situation, mais les sens étaient en alerte maximale et j’étais las
de lutter, de me débattre dans le néant de mes indécisions.
– Tu es si vivante, dis-je.
– Hélas, soupira-t-elle.
Je m’enfonçai un temps en elle comme dans un soleil.
Je l’imaginai, au plus profond du plaisir, sortir de son sac à
main un P 38 comme Fanny Ardant dans l’apothéose finale de
"La femme d’à côté".
Je pouvais presque sentir le métal froid contre ma tempe et
me représenter la balle qui fracasserait mon crâne. La pluie et
la houle bruissaient autour de nous et le visage de cette enfant,
chauffé par le plaisir, semblait avoir trouvé une forme de répit
dans la fièvre licencieuse. Et comme je lui caressais les cheveux
dans l’obscurité, je sentis que je n’avais pas fait que céder à
l’appel de son corps, que je n’avais pas uniquement été la victime
d’une sensualité dévoyée, mais que pareil acte de pitié
de ma part était pure probité car, j’osais le penser, j’étais pour
elle, en cet instant où se voyait abolie toute résistance, non pas
un amant, ni un père de substitution, mais bien une sœur de
charité.



Extrait "Le sourire des évadés" Fabien Sanchez - Éditions La Dragonne -
sortie octobre 2014

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire