mardi 28 avril 2015


"En vérité, l'homme qui laisserait un royaume, voire le monde entier, et se conserverait lui-même, n'aurait rien laissé. Mais l'homme qui se laisse lui-même, quoiqu'il conserve,richesse, honneurs, n'importe quoi, cet homme a tout laissé"

Maître Eckhart- entretiens spirituels, III
C'est sur cette masse immémoriale, sur le chaos sans fin et informe de ce qui se perd qu'Iblis, l'ange qui n'a d'yeux que pour l’œuvre de la création, ne cesse de verser ses larmes. S'il pleure, c'est qu'il ignore que ce qui se perd appartient à Dieu, et que, quand toutes les œuvres seront oubliées et que tous les signes et tous les mots seront devenus illisibles, l’œuvre du salut restera, seule, ineffaçable.

Georgio Agamben - Nudités

Je suis un rêveur impénitent. Et pourtant, je hais le rêve comme je rechigne à l'action. Les deux termes du dilemme sont inconciliables avec ma personnalité. En ai-je une ? J'ai pris congés de moi-même, mais les adieux n'en finissent pas.

Linda Lê - In memoriam


"Pour garder sauf l'entrain qui nous anime, il convient de tirer du quotidien et des mauvais jours quelque outil fécond adapté à l'échec. Cette quête fait de l'homme un apprenti emprunté, placé devant une vertigineuse et obscure obligation : faire de sa vie une oeuvre, forger une personnalité digne d'assumer pleinement la totalité de l'existence. "

Alexandre Jollien - Le métier d'homme

lundi 27 avril 2015

Printemps

à Frédéric Jacques Temple

Dans les taillis
se cache une bête mauve
à l’œil vert.
Le poignard dans ma ceinture
protège
cette crainte jaunie
par l’imprudence,
car nous serons un jour
au lieu
où se perd la mémoire.
Je battrai fort
ce démon
qui en veut à ma tribu :
amis,
je protégerai
votre
innocence.


Lettre à Henry Miller

QUELLE MOUCHE nous a piqués, Henry ?
J’avais vingt ans,
tu as pris mon cœur affolé, mon âme malade. Les as retournés,
pliés en quatre, en huit, en as fait des cerfs-volants. De
ceux derrière lesquels courent les vieux sages chinois que tu
aimais tant. Tu m’as botté le train, envoyé voguer vers le bel
aujourd’hui.
Jeune, ma vie m’appartenait trop. Il était temps de m’en déposséder. 

Tu m’as insufflé un feu sacré dont j’ai cru un temps
que rien ne pourrait l’éteindre. Toujours vif et joyeux 

est devenu ma devise. Tu m’as fait aimer cette humanité dont je
fuis aujourd’hui la compagnie, à l’exception des vivants et des
braves.
J’attends Anna, au volant de ma voiture, garé sur le parking
d’un supermarché. Je relis ton pot-pourri de paix et de solitude, 

Big Sur et les oranges de Jérôme Bosch. Ton esprit, qui déjà
m’avait possédé pour mes vingt ans, me réinvestit à la vitesse
du vent.
Anna est allée voler du vin et du fromage. Elle s’occupe de
moi, un peu comme Mona le faisait avec toi. Elle se charge de
mon âme et de ma condition d’écrivain impécunieux.
J’ai gagné des batailles sur mes peurs, brandi des étendards
qui claquent au vent joyeux. Je fus conquérant de l’inutile,
épuisant toute la réserve de vie que tu m’avais donnée. Puis
j’ai délaissé tes livres, et les années ont passé. Bien sûr ont suivi
d’autres guides. Et je me suis éloigné de toi, infidèle. Mais que
dire de mes amis, qui ont déserté l’enfance ? 

Ils l’ont abandonnée sans vergogne pour la condition d’hommes.
Ma chérie sort tranquillement du supermarché, sûre d’elle.
Je mets le moteur en marche, je me tiens prêt à casser la gueule
aux vigiles qui auraient la fâcheuse idée de lui courir après.
Mon métier est de l’aimer. Je n’en connais pas d’autre. Je ne
sais plus rien, ni où je vais, mais je sais pourquoi : j’apprends à
aimer une femme, moi qui fus si odieux avec tant d’autres. Je
m’en remets à ses mains, n’ai que faire des miennes cramponnées 

au volant, souriant à l’évocation de leurs prises anciennes : 
les mains serrées des amis, les corps des femmes, les livres
essentiels – ma pauvre tête lorsque plus rien n’allait.
Sache, Henry, que tout va pour le mieux. Je suis amoureux
d’Anna : elle est ma vérité toute nue que j’embrasse, si proche
de sa solitude et de sa blessure que j’en oublie que je ne suis pas
taillé pour la vie. Je suis brave et vaillant, même si je ne suis pas
armé devant l’existence. Pour autant, je ne me suis pas rendu à
l’ennemi. Pas d’adieu. Ni aux armes, ni aux âmes.


Fabien Sanchez extrait - Lettre à Henry Miller du recueil "J'ai glissé sur le monde avec effort"
Éditions La Dragonne, 2012

Pensée de ce jour

J'accepte que le vie n'ait pas de limite, mais je me suis résolu difficilement (ou n'ai-je pas pu, je ne sais pas) à ce que le cycle de l'enfance s'achève ; peut-être parce que je n'avais pas eu le temps d'y puiser toute la sagesse requise, aussi, je le perpétue. D'où le fait que je vive dans le présent et dans la poussière.

samedi 25 avril 2015

CHOSES BELLES VUES DANS UNE JOURNÉE


Une jeune fille qui lit Kierkegaard dans le métro en
retenant une crise de fou rire.
Un homme qui dit « À lundi, au bureau, passe un bon
week-end ! » à une femme dans la rue puis fait demitour,
lui court après et l’embrasse sur la bouche.
Un petit enfant noir assis sur le quai à la station Gare
du Nord, le regard dans le vide, qui soupire et souffle et
marmonne un « Bordel de merde ! » de toute beauté.
Une vieille femme riche en manteau de fourrure, le
teint sinistre, à l’arrêt du bus 95, place Saint-Germain,
qui toise un bel homme à l’allure pauvre passant devant
elle et qui, du haut de sa superbe, se fait chier dessus par
un pigeon.
« Pour les pauvres il chante… », lui dit un vieil
homme, riche lui aussi, en jetant un regard mauvais vers
le ciel.
Un petit cul bien moulé qui va avec le visage parsemé
de taches de rousseur et la longue chevelure rouquine et
la voix cassée à la Janis Joplin d’une jeune fille ricaine,
genre San Francisco 1967, qui chante dans la rue sur sa
guitare You ain’t nothin’ more but a one night stand.
Un caissier de supermarché, au visage oriental, l’air
détaché du monde, qui me souhaite une bonne journée,
sincèrement, et auquel je souris, sincèrement, oublieux
de ma dent en moins.
Un contrôleur de la R.A.T.P. qui laisse passer un jeune
homme visiblement clandestin dont la peur se lisait sur
le visage.
Puis chez moi : un bol de riz blanc, un thé japonais,
de l’eau pour les fleurs, et Perfect day par Lou Reed.

Fabien Sanchez "Chérie, nous allons gagner ce soir" Editions la Dragonne, 2009.

Sa sainteté le Dalaï Lama parle du vieillissement...


"Je viens ignorer devant vous"

Paul Valéry




"Ce n'est pas parce-que la vie n'est pas élégante qu'il faut se conduire comme elle"

Françoise Sagan

jeudi 23 avril 2015

J'apporte les dernières retouches de mon nouveau roman "Perdu parmi les femmes"...Olivier Brun, Éditions La Dragonne va donc se plonger quand il le pourra dans ce nouvel opus commencé en janvier 2013...Un court roman écrit au présent sur la vie d'un homme partagé entre ennui, déréliction, et la volupté que lui procure les femmes. Un beautiful loser, comme je les affectionne, pâle reflet de moi-même, dont le portrait permet de parler des femmes : Stella Slovencik (présente dans Le sourire des évadés) mais aussi Aude, Héloïse, Gloria, Alicia, Judith ...

"Toujours garder en réserve de l'inadaptation"

Michaux

"Les artistes qui se contentent de développer leurs dons n'arrivent finalement pas à grand-chose. Ceux qui laissent vraiment une trace sont ceux qui ont la force et le courage d'explorer et d'exploiter leur carence"

Simon Leys 

mercredi 22 avril 2015

News Fabien Sanchez

Je viens d'apporter la toute dernière main à un recueil de nouvelles intitulé "Spleen ville" que j’envoie à mon cher Olivier éditeur des Éditions La Dragonne. Que le vent lui soit propice et les dieux favorables...Voici en exergue le premier paragraphe de la première nouvelle du recueil qui fut publiée dans la revue Harfang en 2011...

Play it again

J’ai fréquenté un temps, dans ma vingt-huitième année, un bistrot kabyle dans la rue du Faubourg Saint Antoine.
Je passais l’hiver au chaud dans ce bistrot, j’hibernais dans l’attente du dégel. Je savais qu’au printemps je travaillerais sur un film comme chargé de figuration et j’avais entre-temps un peu d’eau sous la quille. J’officiais vaguement dans l’arrière-salle en tant qu’écrivain public pour toutes sortes de vieux qui sollicitaient mon aide pour leurs paperasses administratives et me confiaient leurs chagrins, leurs histoires d’exil. Les femmes et les enfants étaient restés au bled, quand eux vivaient dans l’hôtel au-dessus du café et dépensaient les maigres revenus de leur retraite ou du Rmi à boire dans ce bistrot, une fois la moitié de la somme envoyée au pays.
J’apparaissais comme une énigme sympathique à leurs yeux, un jeune Français original qui éclusait les verres en leur compagnie et se piquait d’écrire sur une table du fond pendant que les hommes jouaient aux cartes et que des musiques venues d’ailleurs emplissaient le décor pour le ramener au pays du temps jadis. Peut-être la lecture des livres d’Albert Cossery n’était-elle pas tout à fait étrangère à ma présence en ces lieux, où un beau matin, je fis la connaissance de Noureddine.
L’homme, pour le décrire au mieux, ressemblait à Humphrey Bogart, ni plus ni moins. Dans ses rôles où il apparaît mal rasé. Un Boggie kabyle, le mégot aux lèvres, flanqué d’un long manteau dont le col était toujours relevé. Il écrivait dans le journal El Watan, sous un nom d’emprunt, en tant que correspondant à l’étranger, et se cachait dans ce bouge où il avait sa chambre à l’étage, « pour déjouer les tentatives d’enlèvement ou d’attentat des terroristes islamistes » (sic).

dimanche 19 avril 2015

Se plaindre

Le simple fait de se plaindre suffit à donner à la vie un charme qui la rend supportable

Nietzsche


Nietzsche et moi ne faisons pas la paire

Nietzsche ne m'aurait pas beaucoup aimé, et la réciproque eut été probablement vraie, tant il est exact que je le trouve bavard, obscur, verbeux, prétentieux, poussif et inutile. Bref, cet homme, qui a loué le surhomme et dit que Dieu était mort (les deux plus belles conneries que j'ai entendues) n'aime pas les chrétiens et les anarchistes, dont je suis. Je lui laisse la parole, à vous gentleman.
«Quand l’anarchiste, en tant que porte-parole des couches dégénérées de la société, exige avec une belle indignation le “Droit”, la “Justice”, “l’Égalité des droits”, il agit sous la pression de son inculture qui l’empêche de comprendre pourquoi il souffre au fond, et de quoi il est pauvre — c’est-à-dire de vie. […] S’il se sent mal, il faut que quelqu’un en soit la cause… Ainsi, sa “généreuse indignation” lui fait déjà du bien. Pour tous les pauvres types c'est toujours un réel plaisir de pouvoir proférer des imprécations — cela leur donne une petite ivresse de puissance. […]. Le chrétien et l’anarchiste sont tous deux des dégénérés. Quand le chrétien condamne, dénigre, salit le monde, on retrouve le même instinct qui pousse [l’anarchiste] à condamner, dénigrer, salir la société.»

mardi 14 avril 2015

La douceur de l'air dans Paris, diner rue de la montagne Sainte Geneviève avec deux amis, visite à ma belle sieur rue des écoles, retour à pied jusque dans le marais, bus de nuit pris à Bastille et retour à l'appartement, où, à poil, je bois un café et fume une clope devant un livre de Simon Leys, toutes fenêtres ouvertes, ah l'incomparable saveur d'un printemps clément sur la capitale...Demain, je vais voir Shaun le mouton avec un petit garçon de dix ans, fils d'une amie, j'espère qu'on va bien se marrer...Je l'aurais bien emmené voir un Jarmusch ou un Peckinpah, mais je crois que sa mère ne serait pas d'accord...

Ach, nicht getrennt sein


Ah, ne pas être séparé,
n’être par la moindre cloison
exclu de l’empan des étoiles.
L’intime, qu’est-ce donc ?
sinon quelque ciel exalté
lapidé d’oiseaux et creusé profond
par les vents du retour.
Rilke

"Sueñan las pulgas con comprarse un perro y sueñan los nadies con salir de pobres"


Les puces rêvent de s’acheter un chien et les rien rêvent de ne plus être pauvres, ils rêvent d’un jour magique où la chance tomberait du ciel, en pluie drue ; mais la bonne fortune n’est pas tombée hier, elle ne tombera pas aujourd’hui, ni demain, ni jamais, elle ne tombe même pas en pluie fine, bien que les rien la réclament, bien que leur main gauche les démange, bien qu’ils se tiennent debout sur leur seul pied droit, ou commencent l’année avec un balai neuf.
Les rien: les enfants de personne, maîtres de rien.
Les rien : les personne, les niés, ceux qui courent en vain, ceux qui se tuent à vivre, les baisés, les éternels baisés :
Qui ne parlent pas une langue mais un dialecte.
Qui n’ont pas de religion mais des superstitions.
Qui ne sont pas artistes mais artisans.
Qui n’ont pas de culture, mais un folklore.
Qui ne sont pas des êtres humains mais des ressources humaines.
Qui n’ont pas de visage mais des bras.
Qui n’ont pas de nom, mais un numéro.
Qui ne figurent pas dans l’histoire universelle mais dans la presse locale.
Les rien qui ne valent pas la balle qui les tue.

Edouardo Galeano - Les riens (los nadies) 1989

dimanche 12 avril 2015


Notre place est quelque part entre l'être et le non-être, entre deux fictions.
Cioran

La 317ème section



En 1954, en pleine guerre d'Indochine, la 317e section locale supplétive composée de 4 Français et de 41 Laotiens, doit abandonner le petit poste de Luong Ba à la frontière du Laos, et rallier Tao Tsaï à cent cinquante kilomètres plus au sud, à travers la forêt hostile et les forces Viêt-Minh qui déferlent sur les Français. Elle est commandée par quatre officiers et sous-officiers français, dont le jeune sous-lieutenant Torrens secondé par l'adjudant Willsdorff, un vétéran de la Seconde Guerre mondiale. Au cours de cette fuite ponctuée d'embuscades et de morts, le respect hiérarchique entre les deux hommes se transforme en amitié.
Un film très bon ; les hommes face à la mort, les hommes au feu, les hommes au combat, la guerre, la pluie, la souffrance, le sens du devoir, l'absurdité de tout cela, Cremer et Perrin formidables...Un grand film de Shoendoerffer : " la 317ème section", un choc !


J'aime les perdants, ceux qui ne croient pas en eux, ni dans le monde, les fatigués, les épuisés, les déprimés, les voluptueux sans force, ceux qui n'ont pas d'ambition, les artistes sincères, les mélancoliques ; tout autant que le soleil, le ciel bleu, le pastis, les huîtres, le café, la sieste, le tabac, et parce que le monde m'a vaincu, je me suis tourné vers le ciel, comme un bagnard dans l’île de Vauban, et les anges et le christ m'ont pris dans leurs bras, car je suis un perdant, et que cela , je le sens bien, leur plait.

F. Sanchez

vendredi 10 avril 2015

Chuck et Tina


Publié avec Mark SaFranko !

Très honoré d'être dans le prochain numéro du cafard avec l'excellent auteur américain Mark SaFranko  dont j'ai dévoré tous les livres...Il y avait longtemps que je n'avais pas été aussi content de paraître en revue. Merci Mike Kasprzak !


mercredi 8 avril 2015

A voir !


Vivre sans rechercher ni fuir quoique ce soit, dans de saintes dispositions et en actions utiles aux hommes de bonne volonté ; et puis surtout faire la sieste ; tremper ses lèvres dans des tasses de café, boire de l'eau fraîche, et désirer ne rien désirer, et fumer et se reposer, se reposer.
Paresseux, oisif, feignasse, n'ai-je été créé que pour le plaisir ? Non, pour l'ennui aussi. Et pour dire ceci : Marie, je t'aime.

lundi 6 avril 2015

La phrase de quatre heures du mat'

"Mon existence m'apparait comme la dégradation et l'usure d'un psaume"

 CIORAN

Paradise lost


Le paradis n'était pas supportable, sinon le premier homme s'en serait accommodé ; ce monde ne l'est pas davantage, puisqu'on y regrette le paradis ou l'on en escompte un autre. Que faire ? où aller ?
Ne faisons rien et n'allons nulle part, tout simplement.

Cioran - De l'inconvénient d'être né

Liberté de l'homme

L'homme, à en croire Hegel, ne sera tout à fait libre "qu'en s'entourant d'un monde entièrement crée par lui". Mais c'est précisément ce qu'il a fait, et il n'a jamais été aussi enchaîné, aussi esclave que maintenant.

Cioran - De l'inconvénient d'être né

Mélopée sudiste


Je suis bourré, les pieds dans l'eau fraîche de la rivière, je bois mon ricard avec des glaçons et je regarde ma muse, chanter en jouant du violon "The night they drove Old Dixie down" ; le ciel est bleu, des odeurs de grillade et de sardines émanent des quelques maisons circonvoisines aux terrasses canissées, je porte un chapeau de cow- boy, je suis torse nu, fier de mon tatouage "jouir", et le chien se roule dans l'herbe ; j'ai quinze ans, je découvre Bukowski, je dirai même que "Souvenirs d'un pas grand chose" est mon livre de chevet, il fait beau, c'est le printemps, je suis dans le sud, je ne sais pas encore que je suis l'ami de Jésus ! Ma nymphe a le plus joli cul que j'ai jamais vu, et je baiserai ses seins, tout à l'heure, à l'ombre d'un hêtre ou d'un chêne kermès, en roulant des yeux fous, Brrrrr!, un grand platane tamise la lumière qui dégringole dans nos regards ivres, le sud, le sud, le sud ! le violon fait des merveilles sous les doigts de Bianca, qui a la plus jolie chatte que j'ai vue, et qui sait branler ferme aussi, je suis sur la terre de mon enfance, je m'oppose au sentiment tragique de l'existence , que j’appelle le chef d’œuvre du diable, et je choisis le sourire de la Vierge, le petit cul de Bianca, la brise, le ciel bleu, uniment bleu, l'odeur des sardines grillés, les toits de tuile rouge, mon être tout entier se confond dans les nuées vaporeuses du pastis, j'ai quinze ans, les ongles de mes mains sont sales et tout à l'heure, ils fouilleront le corps de Bianca, quand les fesses nus exposées aux rayons mordorant du soleil, je besognerai une nymphe, qui sait, elle, le cancre que je suis, le cancre de Dieu, l'enfant du soleil, le fils de l'évasion, l'ami inconditionnel de la joie de vivre, car le soleil du Midi, sur la garrigue, est la lumière de toutes les tragédies, mais je n'en connais aucune, sauf celle de refuser ma bouche aux sardines, au cul de Bianca, au pastis, et je laisse à d'autres le soin d'écrire sur le sentiment tragique de la vie, car j'ai quinze ans, et je n'ai pas peur du violon, même si parfois, il m'arrache des larmes, je n'ai pas peur des larmes, soleil, soleil, soleil, sur les seins de ma nymphe !!!

F Sanchez copyright 2015

dimanche 5 avril 2015

Bon week end pascal

Sur les pianos du cœur et les violons de l'âme...
Léo


intermède musical et pascal depuis Paris, la seule, l'unique, la belle


FEMMES

Viens de finir mon nouveau roman" Femmes"...A présent, le laisser reposer....Plus tard,le relire en priant pour que ça le fasse...Le cas échéant, l'envoyer à mon éditeur en priant que pour lui, ça le fasse..."Femmes" le fera -t-il ?...LE FERA-T-IL ????

samedi 4 avril 2015

Happy birthday Muddy Waters


Une cigarette avec Pessoa


J'allume une cigarette,
Je savoure dans la cigarette le flottement de toutes les pensées.
Je suis des yeux la fumée, comme si elle était une route
Et, dans un éclair de sensibilité et de clairvoyance,
Je jouis d'être libéré de toutes les spéculations,
Soudain conscient que la métaphysique n'est que l'effet d'une indisposition.
Ensuite je me renverse sur ma chaise
Et je continue à fumer.
Tant que le Destin me l'accordera je continuerai à fumer.


Fernando Pessoa

Lettre de Victor Hugo à Lamartine

Mon illustre ami,
Si le radical, c'est l'idéal, oui, je suis radical. Oui, à tous les points de vue, je comprends, je veux et j'appelle le mieux ; le mieux, quoique dénoncé par le proverbe, n'est pas ennemi du bien, car cela reviendrait à dire : le mieux est l'ami du mal. Oui, une société qui admet la misère, oui, une religion qui admet l'enfer, oui, une humanité qui admet la guerre, me semblent une société, une religion et une humanité inférieures, et c'est vers la société d'en haut, vers l'humanité d'en haut et vers la religion d'en haut que je tends : société sans roi, humanité sans frontières, religion sans livre. Oui, je combats le prêtre qui vend le mensonge et le juge qui rend l'injustice. Universaliser la propriété (ce qui est le contraire de l'abolir) en supprimant le parasitisme, c'est-à-dire arriver à ce but : tout homme propriétaire et aucun homme maître, voilà pour moi la véritable économie sociale et politique. Le but est éloigné. Est-ce une raison pour n'y pas marcher ? J'abrège et je me résume. Oui, autant qu'il est permis à l'homme de vouloir, je veux détruire la fatalité humaine ; je condamne l'esclavage, je chasse la misère, j'enseigne l'ignorance, je traite la maladie, j'éclaire la nuit, je hais la haine. Voilà ce que je suis, et voilà pourquoi j'ai fait Les Misérables. Dans ma pensée, Les Misérables ne sont autre chose qu'un livre ayant la fraternité pour base et le progrès pour cime. Maintenant jugez-moi. […]

09H42


Sa femme le lui reproche
il refuse le nom d'HOMME

il se donne quartier libre, oublie-moi dit-il
à sa conscience


Jean Pierre Georges

Un samedi matin en compagnie de Jean-Pierre Georges


Je lancerai du pain aux carpes
je roulerai vent debout
j'aurai au cœur une morsure adolescente
je n'en mourrai pas

Jean-Pierre Georges

vendredi 3 avril 2015


Enfouir son visage entre les cuisses d'une jeune et belle hippie, pour oublier la pluie sur Paris, le manque somatique de fric, l'ennui ontologique d'une vie de quadragénaire bedonnant et impécunieux ; envie de parfums féminin, de San Francisco, de gentillesse, de douceur ; d'être sauvée en fait par une fille, qui serait, oui, j'insiste, hippie, car tel est mon bon bon plaisir et que la vie ressemble trop souvent à un devoir de maths ou à une dissertation, et trop rarement à une prise en levrette sur du Jefferson Airplane, sous une tente, dans le désert de Mojave, avec l'une d'entre vous, les filles, enfants du flower power.

F S
I love hippies, specialy the girls

mercredi 1 avril 2015


Inside I felt like I was carrying the broken spirits of all the other ones who lost

Bruce Springsteen