mercredi 22 avril 2015

News Fabien Sanchez

Je viens d'apporter la toute dernière main à un recueil de nouvelles intitulé "Spleen ville" que j’envoie à mon cher Olivier éditeur des Éditions La Dragonne. Que le vent lui soit propice et les dieux favorables...Voici en exergue le premier paragraphe de la première nouvelle du recueil qui fut publiée dans la revue Harfang en 2011...

Play it again

J’ai fréquenté un temps, dans ma vingt-huitième année, un bistrot kabyle dans la rue du Faubourg Saint Antoine.
Je passais l’hiver au chaud dans ce bistrot, j’hibernais dans l’attente du dégel. Je savais qu’au printemps je travaillerais sur un film comme chargé de figuration et j’avais entre-temps un peu d’eau sous la quille. J’officiais vaguement dans l’arrière-salle en tant qu’écrivain public pour toutes sortes de vieux qui sollicitaient mon aide pour leurs paperasses administratives et me confiaient leurs chagrins, leurs histoires d’exil. Les femmes et les enfants étaient restés au bled, quand eux vivaient dans l’hôtel au-dessus du café et dépensaient les maigres revenus de leur retraite ou du Rmi à boire dans ce bistrot, une fois la moitié de la somme envoyée au pays.
J’apparaissais comme une énigme sympathique à leurs yeux, un jeune Français original qui éclusait les verres en leur compagnie et se piquait d’écrire sur une table du fond pendant que les hommes jouaient aux cartes et que des musiques venues d’ailleurs emplissaient le décor pour le ramener au pays du temps jadis. Peut-être la lecture des livres d’Albert Cossery n’était-elle pas tout à fait étrangère à ma présence en ces lieux, où un beau matin, je fis la connaissance de Noureddine.
L’homme, pour le décrire au mieux, ressemblait à Humphrey Bogart, ni plus ni moins. Dans ses rôles où il apparaît mal rasé. Un Boggie kabyle, le mégot aux lèvres, flanqué d’un long manteau dont le col était toujours relevé. Il écrivait dans le journal El Watan, sous un nom d’emprunt, en tant que correspondant à l’étranger, et se cachait dans ce bouge où il avait sa chambre à l’étage, « pour déjouer les tentatives d’enlèvement ou d’attentat des terroristes islamistes » (sic).

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