dimanche 28 juin 2015

Cette petite flamme qui me préserve du désastre de ma lâcheté à vivre.

jeudi 25 juin 2015

Je n’offrirai plus que le coupable (ou l'innocent) visage de l'amour universel.
Merci à tous ceux qui sont venus hier à la nouvelle soirée de lectures autour de la revue "Le cafard hérétique". Je crois pouvoir dire que c'était réussi et qu'on forme avec les auteurs Gabrielle Jarzynski, Tom Buron, Yan Kouton, Johann Zarca, Christophe Brégaint...une chouette petite bande. Moi j'ai prolongé jusqu'à quatre du matin avec des visiteurs et Gabrielle cette fort agréable soirée. 
...Bises à tous.








Quand l'écrivain Yan Kouton me prend en photo, cela m'inspire la phrase suivante de Nagarjuna :
" Tant que tu fais une différence entre le samsara et le nirvana, tu es dans le samsara".

mardi 23 juin 2015

La souffrance nous menace de trois côtés: dans notre corps destiné à la déchéance et à la dissolution ; du côté du monde extérieur qui recèle des forces invincibles et inexorables pour s'acharner contre nous et nous anéantir. Du côté enfin de nos rapports avec les autres êtres humains.

Freud

Les pauvres volontaires, eux aussi, descendent dans la vallée de l'humilité, et ils n'acceptent pas de consolations des choses périssables.

Maître Eckhart

vendredi 19 juin 2015


Charlotte Goldberg n'est plus

Charlotte Goldberg, la doyenne des auteurs des Éditions La Dragonne nous a quittés cette nuit à l'âge de 78 ans....
Paix à son âme....Je t'embrasse Charlotte....

"Charlotte Goldberg est née en 1936 à Nancy, où elle a vécu. Son passé douloureux, de survivante de la déportation des juifs en france, longtemps contenu en un mutisme étouffant, revient avec ses livres à la surface : elle organise, de manière militante, des conférences et des rencontres en milieu scolaire.
L’inlassable travail de mémoire de Charlotte Goldberg apparaît comme un vibrant plaidoyer pour tous les opprimés. Dans cette même optique, elle a fait paraître avec le C.M.E.V. deux ouvrages consacrés à l’émigration juive à Nancy (« Passant par la Lorraine », I & II).
Elles l'auteur aux éditions La Dragonne de quelques livres dont "La Guêpe".

mercredi 17 juin 2015

La question qui se pose, dans mon cas, est de savoir si le fait d'éprouver un perpétuel ENNUI est conciliable avec un AMOUR de la vie.
L'ENNUI que j'éprouve à vivre prend des proportions si considérables, que, même si je suis attaché à l'existence par habitude, et que , comme tout un chacun, je crains la mort, je ne serai pas triste de partir. Sans douleur et relativement jeune (43 ans). Dans mon sommeil par exemple. Juste par lassitude de ces jours sans fin.
J'ai tellement attendu de la vie, cru en elle - c'est à dire en pure perte - tant espéré des hommes - et rien obtenu qu'amertume et désillusion - qu'il serait peut-être temps de partir. Dieu, s'il vous plait, faites que ce soit en douceur. J'ai une prédilection pour que l’époux me cueille dans mon sommeil.
Preuve flagrante de déréliction : préférer comater sous Lexomil et Tranxene devant une série allemande pour retraités sur France 3 plutôt que se rendre à un rendez-vous avec une jolie jeune fille acrobate et circéenne.

Évangile de Jésus-Christ selon Matthieu, (Mt 17,1-13)

« Six jours après, Jésus prit avec lui Pierre, Jacques, et Jean, son frère, et il les conduisit à l'écart sur une haute montagne. Il fut transfiguré devant eux ; son visage resplendit comme le soleil, et ses vêtements devinrent blancs comme la lumière. Et voici, Moïse et Élie leur apparurent, s'entretenant avec lui. Pierre, prenant la parole, dit à Jésus : Seigneur, il est bon que nous soyons ici ; si tu le veux, je dresserai ici trois tentes, une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. Comme il parlait encore, une nuée lumineuse les couvrit. Et voici, une voix fit entendre de la nuée ces paroles : celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis toute mon affection : écoutez-le ! Lorsqu'ils entendirent cette voix, les disciples tombèrent sur leur face, et furent saisis d'une grande frayeur. Mais Jésus, s'approchant, les toucha, et dit : Levez-vous, n'ayez pas peur ! Ils levèrent les yeux, et ne virent que Jésus seul. Comme ils descendaient de la montagne, Jésus leur donna cet ordre : ne parlez à personne de cette vision, jusqu'à ce que le Fils de l'homme soit ressuscité des morts. Les disciples lui firent cette question : pourquoi donc les scribes disent-ils qu'Élie doit venir premièrement? Il répondit : il est vrai qu'Élie doit venir, et rétablir toutes choses. Mais je vous dis qu'Élie est déjà venu, qu'ils ne l'ont pas reconnu, et qu'ils l'ont traité comme ils ont voulu. De même le Fils de l'homme souffrira de leur part. Les disciples comprirent alors qu'il leur parlait de Jean Baptiste. »
Puisque je ne m’éteins pas sur le champ et que je ne puis atteindre à la naïveté, c'est folie que de continuer à accomplir les gestes ordinaires de tous les jours. Il faut à chaque instant surmonter la banalité, afin d’accéder à la transfiguration, à l'expressivité absolue.

Cioran - Sur les cimes du désespoir
Peut-être que tout s'échappe, dans l'écrasement de mes pas. 
Je m'appuie de toutes forces sur ce qu'il reste de désertique en moi.
J'ai un faible pour deux sortes d'êtres : les découragés et la jeunesse brulée par le feu de la création.

Hassan Wahbi


Je n'ai pour ami
que la rencontre
qui arrache à l'espérance anonyme
la possibilité d'un être
la possibilité d'un visage

*

Je vois avec du déjà-vu
comme la pensée est déjà
plus ou moins pensée



Hassan Wahbi - Carnets d'un regard - Al Manar éditions

*

Le jour est une immensité
réduite à la lumière apparente
à la servitude des mêmes gestes
à l'oubli des premières vérités

*

 L'évidence du jour
cache son visage
et toute la présence
ne suffit pas au chemin

*

Qui cherche
trouve
ce qu'il n'a pas cherché
le destin est toujours
un autre destin

Hassan Wahbi - Éloge de l'imperfection - Éditions Al Manar


mardi 16 juin 2015

Tom Buron - a good poet

Voici un extrait du poème "Le blues du 21ème siècle" de mon ami Tom Buron, jeune poète de 22 ans très prometteur...

Le poème est paru dans son intégralité dans le dernier numéro  (n°6) de la revue Le cafard hérétique en date du mois de mai 2015.

 à paris quand tu te convulses la poudre au nez devant la madeleine souriante pisseuse et que tu t’es battu toute la nuit pour te voir flamboyer partir sans passer la seconde comme une comète immuable dans les limbes de ton subconscient fleuri de crevasses
                                à belgrade dans les bastons de bar et les filles des balkans qui s’enivrent en se trémoussant follement contre des rêves amochés de chiottes en vagues par les restes des bombes américaines et mines rouillées sifflotantes
                                          à berlin sous amphétamines avec la musique industrielle en parchemin pour ta cartographie cérébrale détraquée qu’il te faut remodeler sans discontinuer jusqu’au métropolitain puant
                                à los angeles dans une putain afro en hurlant à la mort d’un hôtel poisseux à marcher sur des bouteilles cassées et des seringues d’hémoglobine quand les freaks d’à côté s’échinent à se couper les doses sur un canapé en peau d’hommes dépecés
                                            à saint-pétersbourg alors que dosto est mort il y a plus d’un siècle vue la vodka à moitié vide qu’à moitié pleine
                                à pékin sur les marchés de nuit quand tu rôdes dans la mégaville endormie et que tu veux réveiller un peuple et puis chanter nu sur la place tian anmen avec ses spectres enchaînés au sol
                                         à barcelone perdu dans les rues quand tu rêves de poursuivre jusqu’à l’andalousie et que ton blé s’est envolé pour de la came et des femmes
                                à prague dans les rades chauds à la pinte chaude aux pieds d’une jeune fille mineure belle comme une bourgade en fête dans les boites de nuit des coins sombres sur le pont charles vierge et illuminé des yeux slaves
(bohemiaaaa bohemiaaaa)
                                         dans ta pièce pourrie où tu t’armes d’un crâne fumant et de secousses qui frappent le torse comme un solo de batterie imperturbable pour tuer la constance
accomplir ta bataille intérieure avec un flingue d’encre encore chaud
                                 où tu vois des failles bleues tachetées dans le ciel et t’y engouffres pour mettre tous les lampadaires de cette putain de stupide cité dans un mot cru à en repeindre le tout.

Tom Buron - Le blues du 21ème siècle





Photo Michel Durigneux
Devant ses cuisses écartées, je me suis mis à pleurer ; elle ne m'en a pas voulu. Elle aussi sait certaines blessures plus fortes que la vitesse du plaisir....

L'ennui tient dans un café qu'on n'a pas envie de boire, et un livre qu'on n'arrive pas à commencer et se perd grâce à une amie dévouée qui vous envoie des photos d'elle en petite tenue car elle a pitié de l'homme solitaire, délaissé, au fond de la ville où l'enfant poète a peur des sirènes de police.


Je suis un enfant, un poète, un anarchiste, un paresseux, un voluptueux, un ami du christ, un mélancolique, un homme d'action et un apologue de la sieste. J'aime les petits culs des nanas, la mer, mais aussi les chips et le chant des colibris.



Photo Michel Durigneux

lundi 15 juin 2015

Les prolégomènes à mon départ dans le sud, pour une immersion de deux mois en terre languedocienne, où mon otium va monter en puissance, sont pour l'instant perturbés par de mauvais ondes : potentielles ( fort heureusement rares) ombres de l'enfer à capuche fumeuses de bédot sous mes fenêtres, construction d'un immeuble en face de chez moi. Mon havre de paix, mon dojo est menacé...Qu'à cela ne tienne, je pars bientôt au lieu même de la guérison, sous les cyprès et le micocoulier métaphysique.
Marché de la poésie, ce samedi 13 juin...La fine équipe. Merci à vous d'être passés au vernissage autour de mes livres, les poètes Isaiah Ory, Tom Buron, Hélène Cellier, Yan Kouton, Gabrielle Jarzynski, Eric Dubois, Christophe Brégaint, le peintre Jean Michel Marchetti, l'éditeur Olivier Cabière, le romancier et poète Stéphane Chaumet, le photographe Michel Durigneux,  le poète Rodrigue Lavallé , le peintre Chéri Bibi, l'éditeur Alain Gorius des éditions Al Manar, l'éditeur Jean louis Massot des carnets de dessert de lune et tant d'autres...Ce fut une belle journée passée en votre compagnie...

Un grand merci Les AMIS ! ! !




Marché de la poésie 2015

Voilà, la trente troisième édition du marché de la poésie s'est terminée hier soir, dimanche 14 juin, en beauté, avec un café pris au café de la Mairie avec le peintre et ami Jean Michel Marchetti, un verre avec l'éditeur Olivier Cabière, un autre avec le slameur Jean Yves Bertogal qui préfère être saltimbanque que travailler à la banque (sic), et un petit resto japonais en soirée rue Monsieur Le Prince avec mon éditeur adoré Olivier Brun, où l'on a pu faire le point, parler à tête reposée, ivre et riche de toutes ces rencontres avec des personnalités superbes....Merci à tous ceux qui sont passés sur le stand des Éditions La Dragonne pour me voir et voir les nouveautés du catalogue, des plus jeunes comme Tom Klown aux ainés comme l'immense Frédéric Jacques Temple...TOUS GARDIENS DU FEU !


 (Sur la photo, de gauche à droite : David Bouchacourt de Puytorac, la poétesse Gabrielle Jarzynski, Fabien Sanchez, L'éditeur Olivier Brun, le poète Isaiah Ory, le poète Christophe Brégaint, le poète Tom Buron et la jeune Clémence dite Winifred Sanderson...)

jeudi 11 juin 2015



Tu parles pour ne rien vivre


Les saucisses, les chips et le vin ont eu raison de ma silhouette et de mon charme...Préférer manger de la saucisse plutôt que d'être séduisant aux yeux des femmes est le signe d'un dysfonctionnement majeur. Comme l'a écrit Frédéric Schiffter : "Le comble pour un nombriliste est d'avoir du ventre...."


Je dédicacerai sur le stand 425-427 des Éditions La Dragonne mes ouvrages, autour d'un verre de vin, au Marché de la Poésie samedi 13 Juin à partir de 17h00 (jusqu'à 20h)

L'occasion de se retrouver autour de quelques verres.
C'est sur la place Saint Sulpice, métro ligne 4, arrêt place Saint Sulpice.

J'espère vous y retrouver nombreux. A bientôt ?

Ma main amie.
 
 

mardi 9 juin 2015

Le montage son du film «Reine Rouge» de David Bouchacourt tourné en 2008 avance à grands pas, le roman «Le thé lapsang souchong sied bien aux sybarites abouliques » de Fabien Sanchez recule d'autant.

dimanche 7 juin 2015

I hate myself for lovin' you
And the weakness that it showed
You were just a painted face
On a trip down suicide road

Bob Dylan - Dirge

En venir aux mains


J'aimerais être bâti comme Schwarzy ou Sly pour cogner, cogner, COGNER sur les enculés!



Que tombe vite la nuit sur cette journée horrible de beau temps qui me poussa dans un jardin public au milieu de la marmaille hideuse et de rappeurs de cité ultra bruyants, tout autant de vexations pour l'esprit. Viens, Ô Nuit, recouvrir mon âme torturée par le bruit que fait les hommes, viens apaiser mes nerfs, qui à leur contact furent ébranlés, viens comme la promesse que tu fais aux vampires, apaiser ce cœur hanté par les spectres des visages horribles de ces humains dégénérés.
La perte de spontanéité, le refus d'aller vers les autres, les anticipations négatives de ce que cela peut impliquer sont nées chez moi non pas d'une paranoïa ou d'une déficience émotionnelle, mais de mon vécu. Combien je suis différend du jeune homme que j'étais qui avait soif de rencontres humaines....Qui hébergeait chez lui des gens, organisait de soirées en mélangeant des personnes différentes...Pour qui s'est comme moi frotté à l'homme, certes avec l'enthousiasme de la jeunesse, je trie désormais sur le volet...je vis dans la crainte et la méfiance, me replie sur moi-même par peur , dégout, ou sagesse ? Sur le volet donc, et à doses homéopathiques, choisir les meilleurs et fuir les autres comme LA PESTE !
Je ne comprends pas que l'on puisse vieillir et , selon l'expression consacrée et un rien débile, rester jeune dans sa tête. Ce qui n'est plus n'est plus, et la jeunesse a passé. Il n'y a plus de jeunesse en moi, juste de la fatigue, et , bien entendu, la nostalgie de l'enfance, sachant qu'enfant, j'étais déjà nostalgique. La question étant de savoir de quoi...


J'ai une phobie particulière pour l'incivilité...L'intrusion dans ma zone de confort d'entités bruyantes qui sont l’œuvre de Satan...

Un mec qui rit tout le temps


Je me réveille, encore trop tôt, ne sachant si j'aime ou non la vie, et à la crête de cette indécision, se trouvent les vents du ciel et de l'enfer. Je me réveille de plus en plus tôt, poussé par une pulsion de vie ou une angoisse ? Je dois cesser d'être trop à l'écoute de moi-même. A l'affût de quoi, alors, dois-je me tenir ? D'ailleurs, dois-je me tenir ? Se tenir droit dans la vie comme on se tient droit à table. Ah, la droiture, la rigueur intellectuelle, le socle philosophique, le roc stoïque, l'enracinement identitaire sont des concepts bien difficiles à atteindre pour l'homme-enfant, l'écrivassier triste, le petit ramasseur de blues.

samedi 6 juin 2015

De la nécessité de s'impliquer sans réserve dans l'inaction, par Frédéric Schiffter

"Celui qui ne dispose pas des deux tiers de sa journée pour lui-même est un esclave.” Si je devais retenir une seule phrase de Nietzsche se serait celle-ci. Il est évident que le fait de ne pas travailler est la condition du bonheur — si par travail on entend cette activité accomplie par nécessité pour gagner sa vie ou pour s’enrichir, dévoratrice de temps et qui ne laisse aucune place à la rêverie, à l’amour, à la lecture, à l’écriture, à la flânerie.
Si j’ai choisi d’être professeur de philosophie, c’est parce que je n’étais qualifié pour rien d’autre. J’ai opté pour un moindre mal. Je m’efforce d’intéresser de jeunes esprits à l’art de penser avec clarté et distinction, de leur faire partager un plaisir qui est le mien. Il s’agit moins d’un travail que d’un loisir et je me suis toujours vu comme un dilettante rémunéré. Les Anciens opposaient l’otium, un temps libre et studieux, au negotium — le négoce — le propre d’une vie vulgaire et affairée. Fidèle à cette sagesse antique, je ne me suis jamais démené pour ma carrière. Je méprise les gens qui n’ont que les mots de motivation, d’investissement ou de dynamisme à la bouche. Ils oublient qu’une tombe les attend. J’écris aussi de brefs essais — encore un un vice, né de mon oisiveté, que je cultive.
Des philosophes chanteront les louanges du travail tel que le concevait Hegel: lutter contre soi-même pour s’affirmer, faire advenir chez soi une maîtrise ou une souveraineté qui ne pourrait voir le jour sans la médiation "négative" de l’effort. D’autres partisans du labeur invoqueront Baudelaire qui préconisait de travailler ”sinon par goût au moins par désespoir” — puisque, tout bien vérifié, précisait-il, ”travailler est moins ennuyeux que s’amuser”. Pour ma part je chéris l’ennui. Une journée où je ne m’ennuie pas est une journée gâchée. Passer du temps à regarder passer le temps… C’est dans ces instants perdus, mais qu’on ne me vole pas, que je note une phrase, un aphorisme, une remarque. De nos jours l’ennui est gravement menacé. Le libéralisme est un totalitarisme, l’économie son idéologie. La chasse au glandeur, au loser, au rêveur bat son plein. Revenons à l’exemple de l’école. Autrefois, sa devise était: "Instruisez-vous". Aujourd’hui, elle est: "Formez-vous et réussissez". Quand j’entends parler de "valeur-travail", je suis épouvanté. On sacralise l’esclavage. Le contemplatif est condamné.
D’un point de vue historique, cette valorisation du travail fut tardive. Ce n’est qu’au XVIIIe siècle que les philosophes s’intéressent aux métiers. Dans leur Encyclopédie D’Alembert et Diderot, font l’éloge des arts manuels qu’ils placent à égalité, ou presque, avec les arts libéraux. Dès ce moment, la prospérité reposant sur les progrès techniques devient le but déclaré de la société indissociable de la recherche du bonheur individuel. Cela aboutira à la société industrielle du XIXe siècle et, heureusement, à la critique, chez Marx , comme chez Lafargue, son gendre, du travail aliénant — le prolétaire étant défini comme l’homme dépossédé du temps passé à travailler. Pour Marx, le travail libre et digne consiste à produire chacun selon ses besoins. Il écrit quelque part que la journée idéale serait de travailler le matin, d’aller à la pêche l’après-midi et de faire de la philosophie le soir. Un bon programme. Aujourd’hui, on nous dit que les machines vont remplacer le travail humain. Cela me paraît peu pertinent. Les hommes trouveront toujours une raison de travailler tant il leur est impossible de "rester en repos dans une chambre", comme le disait Pascal. Il y aura toujours des agités du travail".

Frédéric Schiffter 
 
Hébété, triste, las, je suis sorti pour voler mon pot de nescafé à la supérette et je suis rentré chez moi avec l'envie de baiser une gothique qui s'appelle Zaza la poudreuse, mais elle ne répond jamais à mes coups de fil, elle se méfie, et puis me voilà couché, comme toujours, angoissé. Je ne sais pas de quoi j'ai peur, ni pourquoi. C'est un peu comme la fatigue. D'où vient-elle ? Elle ne vient pas de l'usine, ni de la réserve indienne, ni du grand marché européen. Je suis un buveur de nescafé et un mangeur de boites de sardines, mais aussi de probiotiques pour un confort intestinal optimal. La force qu'il me faut pour vivre PETITE PACHA MAMA !  Où la puiser, comme on tire l'eau du puits ? Où, aussi pauvre qu'un archange ?



La conscience aiguë de ma présence au monde ; pourquoi est-elle souffrance, ennui, fatigue ?
Quand je sais le ciel qui m’attend. Dès lors que croire en Dieu et perdre le sens de la vie me semblent antinomiques. Eh bien, non ! De même qu’un esprit mutique peut aller conjointement avec un caractère affable, et la tristesse s’écouler dans la rivière d’un sourire.
Le Tao, le stoïcisme, le christianisme, le zen, comme autant de béquilles pour soutenir un ego qui boite et bute, entre la quête de soi et l’opposition farouche au réel. La recherche de la vérité ne m’intéresse pas. Je veux les mensonges et la mauvaise foi du mythomane. Et je ne crois qu’en la parole du crucifié.
Le reste est bavardage. Voilà ce que je fais le mieux dans la vie : je bavarde. Et j’écris des livres.
Pour le reste, peu me chaut. Je laisse la vague d’un éternel été rouler sur mon absence au monde. L’absentéisme, longtemps, fut mon échappée belle. Oui, souvent je me suis enfui. Je laissais derrière moi le lycée, les bureaux et les usines, sensible cependant, que l’on me l’imputât à crime. Je vois le soulagement comme un couteau qui gratte les plaies du jour, une éponge qui nettoie les mensonges accumulés dans les cuves de la sensiblerie. Je ne fais rien d’important. Je vaque dans l’impatience. D’une nostalgie nouvelle. Celle-ci m’a épuisée, comme un enfant trop compliqué. Le monde est un fugitif. Je ne lui cours plus après. 

Texte publié dans le numéro  6 de la revue "Le cafard hérétique" (Mai 2015)


vendredi 5 juin 2015

JE SUIS GRAS, essoufflé, je bande mou, je n'aime pas la drogue, j'ai peur quand le téléphone sonne, j'aime être cash avec les nanas, j'aime plus le foot, ni le tennis, mais j'ai eu des créatures superbes dans mon lit et j'ai aimé un oiseau.


Qu'est-ce qu'on peut se faire chier dans la vie...SURTOUT QUAND ON EST CURIEUX DE RIEN...MÊME PLUS DES FEMMES...

Quand je ne danse plus la valse avec mes contradictions, je me sens alors écartelé par la pétrification de mes paradoxes. S’il m’est impossible de choisir, souffrant de chronique indécision et ne disposant d’aucun socle d’idées et de convictions, n’ayant de tangible que la bible et mon cœur d’asthmatique, s’il m’est impossible de choisir, disais-je, entre toutes les femmes et une femme, entre l’athéisme et le choix d’épouser Dieu, alors je ne vaux pas mieux qu’un enfant dissident aux lois, qui ne sait pas faire ses devoirs, seulement jouer avec les loques de son individuation ; mais la mort qui adore les cours d’école, ne me prendra pas innocent comme Gavroche sur sa barricade, mais nimbé du néant, né de la confusion des rôles au lieu d’une clarté vive de l’esprit, devant un chemin choisi. Il faut mourir en étant soi-même, aussi inachevé qu’une symphonie, rongé par l’ennui de son immanence. Je n’ai à offrir devant la vie que l’élégance du désenchantement, dans le chuchotement de toutes les prières que mon appétit de ce monde empêcha de faire sourdre. Sauf quand j’étais nourri au pain et à l’eau de la tristesse, dans la fuite inassouvie de mes absolus, quand la religiosité de mes sentiments me faisaient entrevoir le bleu du ciel, sous l’ombre théologique de vieux platanes.

(F.Sanchez copyright - Texte publié dans le numéro 6 de la revue Le cafard hérétique )

mercredi 3 juin 2015

Ne plus être à l'affût de ce dont je suis le siège

I'm a New-York City man, baby
say "Go" and that is that


Lou Reed

oublie ta fatigue

refuse de convenir
que tu as marché
en vain
jusqu'à ce jour


Charles Juliet - Moissons

It must be nice to be steady, it must be nice to be firm.
It must be nice never to move off of the mark
(...) it must be nice to be normal, it must be nice to be cold


Lou Reed

Que tu progresses dans le commun, et les êtres s’éloignent alors que tu te rapproches d'eux.

Charles Juliet - Journal

lundi 1 juin 2015

Suis je à ce point une nature nostalgique, pour en revenir à regretter les pires années de ma vie, où j'étais sujet à toutes les railleries, où l'on me traitait de fou, quand je voulais qu'on m'interne, qu'aller au collège et au lycée était un supplice, que les filles me terrifiaient, que je faisais pitié, et que je souffrais le martyre d'habiter ce corps frappé de malédiction...


Ce que j'aimais avec Roland Jaccard, c'est qu'il me comprenait, il comprenait tout de la souffrance et de la folie.


Que reste-t-il de ma vie ? Rien, mais rien. Il faut demander à Dieu de faire de ce rien quelque chose qui pèsera dans la terrible balance où Satan jettera le contrepoids des péchés.

Julien Green - Journal 1958-1967

La période où je basculais dans la folie, adolescent, de treize à dix huit ans, les pires années de ma vie, reviennent me hanter chaque nuit. Ô Dieu, ce que j'ai pu souffrir, comment ai-je pu survivre et devenir ce gras du bide débonnaire et désinvolte, quand j'aurais dû me tirer une balle dans la tête en 1988...