lundi 1 février 2016

EXTRAIT RECUEIL DE NOUVELLES "SPLEEN VILLE" (sortie mai 2016) 
aux editions AL MANAR

Fabien Sanchez copyright

Je traînai le restant de la journée devant Roland Garros. J’avais la chance d’avoir une petite télé en noir et blanc dans ma chambre. Mon ami Georges était venu me retrouver et on avait passé la fin de l’après-midi affalés, torses nus sur mon lit, les volets mi-clos en espagnolette. Il faisait une chaleur suffocante. Je lui ai su gré de ne pas me faire remarquer pour la énième fois que son appétit sexuel pour ma frangine ne cessait de le tarauder, d’autant qu’elle était apparue dans la chambre en mini short, et que j’avais pu observer Georges lever un œil fiévreux sur elle. Comme il sentait fortement la sueur, lorsqu’après le dernier set, il a opté pour rentrer chez lui, je n’étais pas mécontent. Je suis resté sur mon pieu à dégouliner. J’ai zappé sur une rediffusion d’un épisode en cours de Pause-café, vu quand j’étais enfant. Ça m’a rappelé le bon vieux temps de l’âge doré. J’ai fermé à clef la porte de ma chambre et je me suis branlé sur Véronique Jeannot. Se taper une queue comme disaient les copains représentait parfois une échappatoire salutaire aux heures moroses des week-ends interminables qui distillaient un ennui corrosif. Aussitôt que j’eus fini ma basse besogne, un cafard oppressif s’en est suivi. Le spectre du dégoût vint me tirer la langue. Je désespérais de rencontrer une fille avec laquelle je le ferai. Je ne croyais plus la chose possible. J’étais résigné. Je me convainquis que je n’étais qu’un déchet, un être misérable en tous points. Qu’allais-je faire de ma minable existence ? J’oscillai entre des envies de fugue et de suicide, sachant pertinemment que j’étais bien trop lâche pour l’une et l’autre de ces options.
A l’idée que j’étais encore puceau, je fus submergé par une vague de désespoir venue s’échouer en grondant contre la digue fragile qui protégeait mon cœur. Une piètre image de moi-même m’échoyait. Il y avait là de quoi prêter à sourire, bien que j’offrisse un masque impassible, au mieux figé dans une grimace pathétique, car je me voyais comme un déchet stagnant à la surface d’une eau croupie. Ah, ce n’était qu’un être misérable qui se tenait en sueur, le sexe brandi dans la main, inondé de semence, dans le lit de son enfance.

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