samedi 5 mars 2016



 Je m’habillais comme un gitan. Je les avais tant fréquentés pour la préparation d’un film que j’avais adopté leurs habitudes vestimentaires, costume noir, pantalon large, chemises en soie roses ou vertes et galurin sur la tête. Le chapeau que je portais m’avait été offert par le prêtre gitan de la communauté de la Traverse du vieux moulin à Marseille, un certain José Deleria qui avait prié bien des fois pour moi lorsqu’il m’invitait à diner chez lui, implorant la Sainte Madone des gitans de porter secours à mon âme torturée. Mon âme torturée ne l’avait pas empêché de me proposer une de ses filles en mariage. Ça se faisait chez les gitans désormais d’accepter un payo dans la famille,  à condition qu’il ne soit ni arabe ni noir. J’avais décliné l’offre et m’étais excusé auprès de sa fille de quinze ans, ne souhaitant blesser personne et presque à regret tant j’avais envie de vivre parmi eux, une vie qui fut en marge de cette société que je rejetais avec toute la rage de ma jeunesse, la jugeant pourrie jusqu’à la moelle.
J’étais assis dans mon transat, mon galurin rabattu sur les yeux, flanqué de mon costard gitan (pas un vêtement qui ne fut pas offert par les uns ou les autres de la communauté marseillaise qui avait voulu m’adopter). Le jardin était en fleur, il faisait doux, le soleil me cuisait le visage. J’avais rendez-vous avec Jean Luc Godard en fin d’après-midi. Je ne l’avais jamais rencontré, mais comme je travaillais deux étages au-dessous de son bureau de production dans l’immense immeuble des films Alain Sarde, apprenant Qu’il préparait un film, je m’étais présenté dans son bureau de production. Monsieur Godard n’était pas là, mais j’avais pu sympathiser avec son assistant. J’avais proposé mes services à celui-ci pour travailler sur le film qui était en préparation, lui répétant toute l’admiration que je portais au maitre, et insistant sur le fait que j’étais prêt à tout plaquer pour un poste fut-il minime comme  stagiaire mise en scène. Celui-ci m’avait répondu qu’ils tournaient en équipe réduite mais que je pouvais toujours passer voir Jean Luc Godard et lui en parler ; il serait présent le lendemain en fin d’après-midi, à partir de dix-sept heures. 

(Ceci est le début d'une nouvelle sur laquelle je travaille en ce moment intitulée Golden years) 

Fabien Sanchez - all rights reserved

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