jeudi 31 mars 2016

Une sacrée bonne question posée par le poète Gil Jouanard

Le fait que ce qui est soit suffit à susciter, de par le mystère qui entoure cette étrangeté, perplexité et interrogation chez cet animal, doté du désir de chercher à connaître et à comprendre, qui se proclame doublement savant ou deux fois sage (et prétend même être les deux à la fois). Qu'il ait eu la présomptueuse naïveté (oui, c'est un oxymore, c'est l'une de ses spécialités) de supposer qu'une Volonté Supérieure, et Elle Seule, ait pu réaliser un tel prodige, c'est tout à fait à son image : ne se prenant ni pour rien ni pour n'importe qui ou n'importe quoi, seule la cuisse de Jupiter ou le ventre d'une vierge, Ève puis le cas échéant Marie, disposaient d'un statut digne de l'engendrer, lui, merveille d'une hypothétique et présumée Création.
Cela donna lieu à l'invention de religions que l'on estimerait rassurantes, dotées d'un cursus pédagogique simpliste et de paraboles explicatives en guises de preuves. Par grands, moyens et petits ensembles, les sociétés humaines se rallièrent aux différents panaches blancs de cet écran de fumée diffuseur de flatteuses fragrances d'encens. Puis survinrent en petit nombre certains esprits forts qui en vinrent vite à stipuler que les susdites religions avaient certes la langue bien pendue, mais laissaient l'esprit curieux sur sa faim. Le "Qui sommes-nous, d'où venons-nous, où allons-nous", pierre d'achoppement des dogmes et des liturgies concurrentes, ressurgit en sa fraîcheur natale. Ces trouble-fêtes ne se tenaient déjà plus pour dit le discours en forme de placebo divin qui stipulait qu'une vie ratée pouvait se voir ex abrupto transcendée dans un au-delà dont nul n'aurait pu localiser l'emplacement précis dans le vaste Rien englobant.
Les hommes et femmes de science firent le reste et les sociétés développées sont à présent sceptiques à l'égard du kit proposé par les religions.
Seulement voilà : nul ne saurait se satisfaire des réponses parcellaires formulées par les différentes sciences de la vie. La vie leur glisse entre les doigts et ils ne savent comment s'y prendre pour rassurer nos esprits ainsi que les religions le firent de nos ci-devant âmes.
N'est-ce qu'une question de temps, la science ne cessant de faire des progrès ? Nul ne le sait, mais l'esprit, aussi libre devant cette nouvelle norme qu'il le fut naguère devant celles stipulées par les sacro-saintes religions, ne saurait se satisfaire du principe, lui aussi un peu court, en vertu duquel la science aurait raison de tous les doutes et, sachant résoudre la question de la quadrature du cercle, parviendrait à nous servir une réponse globale clés en mains.
Bref, ne perdons pas davantage de ce temps qui est compté à chacun de nous, et venons-en à la conclusion : de la grotte Chauvet aux laboratoires hyper-sophistiqués d'aujourd'hui, on a fait de considérables progrès sur quantité de choses, dans quantité de domaines. Mais on n'en sait guère plus sur l'essentiel : qu'est-ce qu'on fout là ?
Je vous le demande.
Vous n'êtes pas forcés de me répondre tout de suite.

Gil Jouanard - 31/03/2016 

 

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