mercredi 13 avril 2016

"Les poètes immatures imitent ; les poètes accomplis volent"

                                                             
                    T.S.Eliot

Les philistins selon Simon Leys

"A ce moment je fus frappé d'une évidence qui ne m'a plus jamais quitté depuis: les vrais philistins ne sont pas des gens incapables de reconnaitre la beauté - ils ne la reconnaissent que trop bien, ils la détectent instantanément, et avec un flair aussi infaillible que celui de l'esthète le plus subtil, mais c'est pour pouvoir fondre dessus de façon à l'étouffer avant qu'elle ait pu prendre pied dans leur universel empire de la laideur.Car l'ignorance, l'obscurantisme, le mauvais goût, ou la stupidité ne résultent pas de simples carences, ce sont autant de forces actives, qui s'affirment furieusement à chaque occasion, et ne tolèrent aucune dérogation à leur tyrannie. Le talent inspiré est toujours une insulte à la médiocrité. Et si cela est vrai dans l'ordre esthétique, ce l'est bien plus encore dans l'ordre moral. Plus que la beauté artistique, la beauté morale semble avoir le don d'exaspérer notre triste espèce. Le besoin de tout rabaisser à notre misérable niveau, de souiller, moquer, et dégrader tout ce qui nous domine de sa splendeur est probablement l'un des traits les plus désolants de la nature humaine."

Simon Leys - le bonheur des petits poissons

lundi 11 avril 2016

Un poème

Mon âme devenue larme
j'appartiens à la nuit
au pur noyau des songes.
Délivré du poids des jours
où brille encore une lune chimérique.
A tout enfant il faut donner
l' Amour
le mien est comme repris, évanoui,
il faut que je le cherche partout.
Tous ces corps dans la ville
qui semble ne jamais dormir.
Je veille de ce côté pauvre de ma vie
dans l'odeur de la sueur
des rêves qu'on maltraite.
Je suis de la tribu de la cendre
que mon cœur recueille
dans la diaspora des jours.
Je suis porteur d'un feu.
L'amant de tout
soleil d'enfance.




From La route blanche - F. Sanchez copyright (à paraître)

mercredi 6 avril 2016

Brisé
Dans la bleuité de la nuit
Toujours temps d’oublier
Ou de me souvenir
Laisse plutôt à ton cœur
Le soin d’imaginer
Par exemple un café pris avec
Mahmoud Darwich
Qui se penchant vers toi
Aurait ces mots :
« Quand tu marches et que tu ne trouves pas
le songe
allant devant toi comme l’ombre,
ton cœur jaunit… ».


From "La route blanche" (à paraître)

mardi 5 avril 2016

Une pensée de Clément Rosset

L'affirmation du malheur est surtout l'affirmation d'un "être". Nietzsche déclare, en terminant "La généalogie de la morale", que "l'homme préfère encore avoir la volonté du néant que de ne point vouloir du tout". C'est-à-dire : il vaut mieux affirmer le malheur que de n'affirmer rien. C'est dans l'hésitation entre ces deux modes de représentation (le premier se représentant, l'autre s'avérant incapable de se rien représenter), qu'oscillent pensée tragique et pensée pessimiste. Le pessimiste s'accorde un bénéfice : en affirmant le malheur, il affirme toujours quelque chose. Bénéfice que se refuse la pensée tragique: pour elle l'être est impensable, mieux, aucun être n'est.En ce sens, on peut distinguer deux formes antithétiques de logique du pire : l'une (paranoïaque) dont la logique est d'affirmer (le pire), l'autre (tragique) dont le "pire" est de ne rien affirmer.


Clément Rosset -Logique du pire - PUF

samedi 2 avril 2016

En boucle....................


Natalie Wood



Natalie Wood
Est-elle la mère, la fille, la femme
Que tu aurais voulu avoir ?

Ah sale rêveur

Aucun mot qui ne soit pas le Monde.


Pauvre piano
Abandonné
Par la peur
Des fantômes
Est-ce une peine de cœur
Où une piste tourbe et tourmentée
De mon âme
Qui a fait que le sang vient du pianiste ?
Cueillons le soir
Ouvrons-lui la chaleur fantaisiste
Voici O dérivé du blues
Un pauvre piano
Sur lequel ne jouent
Que les fantômes
De l’enfance,
Pauvres pianistes.
Viens merveilleux et vieux piano
Je t’emporte dans mon sac à chimères et regrets
Louons l’écume de nos vies,
Doucement périr.


Fabien Sanchez- from "La route blanche" (à paraître)
Les étoiles les plus reculées, leur fixité tremblante de mages en marche au fond de l’éther, est-ce à quoi vivre se suspend ? Est-il vrai que je sois né ?

Jean Grosjean
"On pleure parfois les illusions avec autant de tristesse que les morts."

Une vie
Guy de Maupassant, 1883