mercredi 31 août 2016

Godard and I

Jean-Luc Godard était assis dans son fauteuil et fumait le cigare en observant des polaroids cependant que son assistant était penché sur la photocopieuse. La porte était ouverte. Je frappai et entrai.
Bonjour dis-je.
Salut, me dit l’assistant qui vint au-devant moi pour me serrer la main. Comment t’appelles-tu déjà ?
David.
Eh bien David, laisse-moi te présenter Mr Godard.
Je m’approchai du maitre et lui serrai la main.
Alors comme ça, Pierre m’a dit que vous vouliez travailler sur mon film ?
C’est exact monsieur. 

Éloge de l’amour, vous trouvez que c’est un bon titre ?
Non, dis-je.
Que pensez-vous de l’amour ?
Qu’il en vaut la peine.
Etes-vous amoureux en ce moment ?
Oui. Mais c’est un amour impossible.
Quel est votre film préféré ?
Le mépris, dis-je.
Le vieux maitre a souri en envoyant de la fumée de son barreau de chaise dans l’espace renfermé du bureau.
Vous n’êtes pas obligé de me cirer les pompes.
Mais ce n’est pas ce que je fais, je ne dis que la vérité.
Citez-moi un autre film que je n’aurais pas réalisé.


(extrait d'une nouvelle en cours sur ma rencontre avec Godard)

vendredi 26 août 2016

J'aime Woody Allen, mais ses films ont toujours lieu dans des milieux très aisés ; très très aisés. Certes, il parle de ce qu'il connait et en parle très bien, mais tout de même, en tant que fan, je me sens , comment dire ? - quelque peu exclu ; et un brin envieux et jaloux.

mercredi 24 août 2016

Je lis "Le jardin d'Eden" d'Hemingway. Je sais, cette information ne présente en soi aucun intérêt, mais j'avais besoin de le dire. D'autant qu'il y a cette phrase géniale dedans, qui servira de titre à l'une de mes nouvelles : Impossible de tromper un miroir de bar.

Le travail avance

Je suis en train de fignoler un recueil de nouvelles qui s’appellera "Brooklyn et autres nouvelles." L'impression de tenir quelque chose de beau et de fort. Au travail donc !

En voici, comme avant-goût, la liste exhaustive des nouvelles qui y figureront :

Brooklyn
Le martyre de Charlie
Les dunes blanches
Une glorieuse sensation de déshonneur
Spleen ville
Le ciel au-dessus de Berlin
Autrefois l'innocence

mercredi 17 août 2016

Ce que Simone Weil ne peut absolument pas concevoir...

Ce que Simone Weil ne peut absolument pas concevoir : que l'on puisse s'élever - que l'ascension soit possible. Elle ne connaît que la descente, et le haut par déduction seule.
D'où, quoi qu'on en dise, son infinie tristesse. Et, quoi qu'elle en pense, son Dieu - mais oui : une consolation ! Le haut originel, vous le retrouverez, tout à la fin, quand vous serez au plus bas.
Dans son langage : nu, tout nu devant la lumière.

André Comte-Sponville - Du corps - PUF

mardi 16 août 2016

J'ai publié six livres : je ne comprends pas pourquoi je me traîne une aussi piètre image de moi ; le sentiment d'être un raté. Bordel de merde, il faut que ça cesse !

Mon livre en Amérique

Viens d'apprendre par mon éditeur Alain Gorius que mon livre publié par ses soins chez Al Manar, "Jours de gloire" était désormais présent dans treize universités américaines. Moi, qui rêve d'aller là-bas un jour, un peu de moi y habite désormais. That is very cool folks !

lundi 15 août 2016

Quand Shakespeare me fait frissonner...

Fatigué de ce monde je demande à mourir,
lassée de voir qu'un homme intègre doit mendier
quand à côté de lui des nullités notoires
se vautrent dans le luxe et l'amour du public,
qu'on s'amuse à cracher sur la sincérité,
que les places d'honneur sont pour les plus indignes,
qu'on offre des corps vierges à des désirs brutaux,
qu'on couvre d'infamies le juste diffamé,
qu'un fort devient infirme au pouvoir du difforme,
que l'art est bâillonné sous un règne arbitraire,
que des singes en docteurs décident du génie,
qu'un être simple et vrai est traité de stupide,
que le bien asservi est esclave du mal...
Fatiguée de tout ça, je veux quitter ce monde
sauf que si je me tue, mon amour sera seul."
 

William Shakespeare

J'aimerai toujours Roland Jaccard


N'en déplaise à certains, Non, je ne suis pas fâché avec Roland Jaccard. Lui, peut-être. Disons que la politique s'en est mêlée, la sale affaire...Mais c'est pour des phrases telles que celles-ci extraites de "Chemins de la désillusion" que je l'aimerai toujours. Et parce-qu'il est l'un des êtres les plus brillants, les plus intelligents que je connaisse, et parce-qu'il a publié Comte-Sponville et Marcel Conche chez PUF, entre autres qualités.
Bien à toi cher Roland, et comme tu le dis si bien Tibi !

"Dans tous les couples (ou presque) se répète le même scénario : une lutte à mort pour le contrôle de l'autre sur un point précis - nourriture, sexualité, alcool, drogue, argent...- au lieu de rencontre du refoulement excessif de l'un des partenaires et du passage à l'acte de l'autre. Ce combat est à la fois ce qui cimente le couple - la haine comme agent de conservation - et ce qui lui évite de sombrer dans l'ennui.
Quant à l'amour dans la liberté ou dans l'égalité, il faut être très jeune ou très naïf pour y ajouter foi. La passion amoureuse, profondément, veut la destruction. La mort seule la comble."

*

"Ce qui ne peut pas tenir sur une carte postale mérite-t-il d'être écrit ? N. observait que beaucoup écrivent, parce qu'ils n'ont pas assez de caractère pour s'en abstenir. C'est mon cas."

*

"Démocrate et socialiste, oui, je l'étais - sincèrement sans doute, mais avec un sens très affirmé de la hiérarchie sociale au sommet de laquelle je plaçais, bien entendu, les artistes, les savants et les intellectuels."


Chris Brégaint


Un superbe extrait du recueil de mon ami Chris Brégaint publié - enfin ! - aux éditions La Dragonne.
Chris est un ami, un ours au cœur tendre, un hardeux à la plume superbe. L'un de nos grands poètes contemporains...Hâte de lire d'autres livres de lui...Tous les éditeurs devraient se l'arracher à moins que ne coule plus rien dans leurs veines.

 Photo (de G à D : Chris Brégaint, Fabien Sanchez et Tom Buron)

Entre
Les seins
De l’absence
Cette longue corde
De l’infini
Retient nos mains
Vers autant d’ailleurs
Qu’il est possible d’arpenter
Jusqu’à la douceur tranchante
D’une lune noire
Avant que vivre
Ne se dissolve
Dans la terre rouillée
Par le sang
***
Christophe BregaintRoute de nuit (2015) - Editions La Dragonne

Avec mon pote le magnifique poète Christophe Brégaint au Bon coin dans le 18ème

dimanche 14 août 2016

 
Comme la vie a goût de bonheur, ainsi le bonheur a goût de désespoir.
 
(...)
Cette amertume, toujours...Vivre, c'est mourir; et la vie n'en est que plus belle, qui porte en soi la mort amère.


André Comte-Sponville - Impromptues - PUF

"A l'égard de toutes les autres choses, il est possible de se procurer la sécurité, mais, à cause de la mort, nous, les hommes, habitons tous une cité sans murailles"

Epicure

Pensée de ce jour

J’ai connu bien des sauvetages, 
mais ce que je veux,
au bout du compte, 
c’est le Salut.

Ecrire

(A Chris Brégaint )

Lorsque qu’il m’arrive de songer à la vie aventureuse faite de voyages d’un Cendrars, d’un Hemingway ou d’un John Huston, la tête me tourne. Moi aussi, je suis un citoyen du monde, mais d’un monde qui me fait prisonnier, dont la réalité m’étrangle. Je suis enchaîné à elle par une corde au cou, comme un chien à sa niche. Je suis un citoyen du monde, mais toujours au même endroit.
Et j’écris comme le chien aboie, par ennui et pour conjurer la corde.

jeudi 11 août 2016

Est-ce pour « racheter » chacun de ceux-là, qu’un Christ est mort ?

(…) l’humanité entière me parait désespérément laide et flétrie. Quelle bestialité, quel égoïsme dans l’expression de tous les visages ! Quelle absence de joie, de vraie vie ! Est-ce pour « racheter » chacun de ceux-là, qu’un Christ est mort ?

André Gide

Epicure en Corrèze

Héraclite dit : Hadès et Dionysos sont le même dieu. En associant ainsi, à raison, le dieu des enfers et celui de la fécondité de la nature, il signifie l'unité des contraires, qui est chez lui une loi fondamentale. En effet, d'où vient la sève montante qui fait surgir la végétation au printemps, sous le règne de Dionysos, si ce n'est de l'hiver sur lequel règne Hadès, le dieu de la mort ?

Marcel Conche - Epicure en Corrèze