vendredi 23 février 2018

Considération sur l'art d'écrire en écoutant Archie Shepp

J'écoute Archie Shepp. There's a Trumpet in My Soul. Je suis au fond du trou. Larmes, mon nouveau roman, semble perdu dans les méandres d'une absence de structure équitable, un déséquilibre entre la narration pure et les dialogues. Tantôt trop bavard, tantôt trop silencieux. La narration n'est pas fluide, mais laborieuse. Le fou apprend à être sage à ses propres dépens, écrivait Homère. Mon roman manque des deux. De folie et de sagesse. En me relisant, la palinodie me saisit. Mais je change d'avis tous les jours, alors, Grands Dieux, qui croire ? Le sceptique ou l'optimiste, sachant qu'ils sont tous les deux à l'origine du même livre ? Mais l'un voudrait croire en sa faiblesse et l'autre en sa force. Je songe qu'il est à propos d'invoquer l'idée que l'eau est contraire au feu, chère à Erasme, et considérer l'écriture du livre sans les contradictions d'un jugement critique qui tend dans telle ou telle direction. Ecrire un livre sans porter de jugement, est-ce possible ? Sur son contenu, mais aussi jusque dans l'acte même de l'écriture. Je dois laisser triompher l'idée même d'absence de volonté ; recourir au seul fait de vivre. Mais la chose est impossible et entendue. Car vivre sans écrire revient à mourir sans y croire. Il faut accepter de continuer à créer sans rien savoir de la qualité de son travail ni même de ce qui pousse à l'accomplir. Tu as du talent, exploite le, me disait ma professeur de français de classe de cinquième. Mais c'est lui qui m'exploite, aurais-je envie, trente ans plus-tard, de lui répondre.
 
 
Fabien Sanchez - copyright - 2018
 
 
 
 
 
 

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