mercredi 21 février 2018

Romancier plutôt que poète

Je suis bien meilleur romancier que poète. Surement parce-que je préfère organiser le chaos, plutôt que lui lâcher la bride. Dans le poème, les mots ne connaissent ni patrie ni exil. Le roman me structure. Le poème me détruit. J'ai besoin d'avoir recours au dialogue plutôt qu'au monologue. Je ne puis parler du monde qu'en m'y infiltrant. Le disperser aux quatre vents m'est trop compliqué. Convoquer le réel au lieu de le briser. Mes personnages sont tous une variante de moi, au lieu que dans le poème Je est un autre, comme le disait si bien le jeune Rimbaud. Cet autre m'est parfaitement inconnu, et ne s'exprime que dans un langage inconnu. Romancier, je structure. Poète, je me disloque, me débats, me noie, et l'on ne peut appeler les mots à l'aide. Dans le roman, c'est moi qui aide les mots. Du chaos où ils se débattent. Mes poèmes pleurent comme des enfants angoissés. Mes romans parlent comme un père qui console. Je n'arrive pas à pleurer dans mes poèmes. Mes romans portent haut mes larmes. Mes personnages n'ont ni voix ni visages dans mes poèmes. Dans mes romans, ils sont incarnés, décrits, disséqués. La poésie ne fait appel qu'à ma faiblesse, le roman à ma force. Avec l'une je déconstruis, avec l'autre je bâtis. Je ne respire pas dans mes poèmes. J'étouffe. Le roman me donne du souffle. Ave le poème j'élague sans fin, avec le roman j'échafaude. La poésie me tue à petit feu, le roman me ressuscite. J'ai peur de mourir sans les mots qui me soutiendront. Avec la poésie, ils s'évadent de ma vie et me laissent exsangue et sans réponses. Enfin, j'aime me poser les bonnes questions, la vie me l'impose. Le roman trouve des réponses. La poésie me questionne sans cesse. Elle est un interrogatoire. Le roman me traite avec clémence et justice. La poésie me maltraite et me livre à l'aléatoire d'une cancritude anxiogène .Peur de passer au tableau. De n'avoir aucune réponses qui soient bonnes. Trouver les bons mots pour parler du Monde. Seul me le permet le roman. La poésie m'engage ailleurs. Et je n'ai pas l'âme d'un aventurier. Juste d'un roturier du blues. Je n'ai pas des semelles de vent. J'ai peur de l'Abyssinie. Avec le roman, je dispose de bonnes chaussures de marche pour faire le tour de mon salon. Enfin j'aime dominer mon sujet. Le poème m'opprime. Ne me rend pas libre. Il n'y a pas de sujet. On ne peut pas négocier avec un poème, comme avec un roman. Aucun des deux cependant ne sont aussi dérisoires que la vie. A moins que, comme cette nuit, je change d'avis. Lui trouvant une gravité dont je vais me distraire par le sommeil. Dans le roman comme dans la poésie, il est toutefois question d'éveil. C'est juste qu'ils ne résultent pas des mêmes rêves. Si tant est que les mots, dans les deux domaines, les sous-tendent et puissent supporter leurs poids. En fait tout réside dans cela. Le poids des mots. Mais je crains qu'ils ne se mesurent pas, comme on ne mesure pas la taille de la foi. Ecrire c'est croire. En ce qu'il nous plaira. Enfin se mettre en marche. Que cela nous plaise ou pas. Sur du bitume ou sur du vent. Jamais sur la mer, que seul Dieu se réserve.
 
 
Fabien Sanchez - copyright - 2018
 
 
 

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