jeudi 22 février 2018

Se relire


On pourrait difficilement imaginer contraste plus saisissant entre l'humeur créatrice et les sentiments qui accompagnent la relecture d'un manuscrit. Une dissociation s'établit entre l'homme qui écrit et celui qui se relit. Des sentiments douteux s'emparent de lui. Ils remettent en question le processus de création. La visée du déroulement chaotique du récit. Il m’arrive comme ce soir de perpétuer farouchement le sentiment de toucher au but. Et puis, ce sentiment s'inverse, et laisse place au doute et à la déception, portant jusqu'aux origines mêmes de la nécessité de créer. Ce livre, Larmes d’Amérique, est-il raté ou réussi ? Comment puis-je le savoir ? Penser sur le vif induit-il une écriture de l'instant, qui ne peut en aucun cas porter en elle la marque d'une incorruptible vision, qui voudrait que se dégage clarté et cohésion, et soit pleinement justifié par un langage qui prend son corps dans l'essence de la beauté et réalise le tour de force de signifier l'indicible, qui ne vaut pas une pauvre pensée ? Cette vaste question n'appelle pas nécessairement de réponse. C'est parfois la condition même de l'Art, qui interroge sans répondre. Et alors, hélas, on se désespère. Je n'en ai pas fini encore de mon histoire avec le doute. En bien ou en mal, il n'est pas possible d'éviter la crainte que celui-ci engendre. Quel que soit sa force, le style ne représente rien de réel, mais s'il se veut réaliste, il ne peut faire l'économie d'une certaine magie qui unit les mots et en l'absence de laquelle, le texte ne peut vivre sa vie, même quand il sera seul, séparé du regard inquiet, bienveillant ou empli de rage de son créateur que celui-ci doit expulser afin de se laisser aller à ses mensonges qui sous-tendent une ultime et définitive vérité, figée, et pourtant mouvante dans le cœur du lecteur.

 la déception, portant jusqu'aux origines mêmes de la nécessité de créer. Ce livre est-il râté ou réussi ? Comment puis-je le savoir ? Penser sur le vif induit-il une écriture de l'instant, qui ne peut en aucun cas porter en elle la marque d'une incorruptible vision, qui voudrait que se dégage clarté et cohésion, et soit pleinement justifié par un langage qui prend son corps dans l'essence de la beauté et réalise le tour de force de signifier l'indicible, qui ne vaut pas une pauvre pensée ? Cette vaste question n'appele pas necessairement de réponse. C'est parfois la condition même de l'Art, qui interroge sans répondre. Et alors, hélas, on se desespère. Je n'en ai pas fini encore de mon histoire avec le doute.En bien ou en mal, il n'est pas possible d'éviter la crainte que celui-ci engendre. Quel que soit sa force, le style ne représente rien de réel, mais s'il se veut réaliste, il ne peut faire l'économie d'une certaine magie qui unit les mots et en l'absence de laquelle, le texte ne peut vivre sa vie, même quand il sera seul, séparé du regard inquiet, bienveillant ou empli de rage de son créateur que celui-ci doit expulser afin de se laisser aller à ses mensonges qui sous-tendent une ultime et définitve vérité, figée, et pourtant mouvante dans le coeur du lecteur.

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