mercredi 28 février 2018

Soulages et Chet Baker pour passer devant.

J'aime la peinture informelle, les Outrenoir et Noir-lumière de Pierre Soulages. Ils sont comme autant d'échos visuels aux reflets du monde sur mon âme, que celle -ci soit éprise de gaité ou encline au chagrin. Je peux parler à tout ce noir. Du fond de moi-même ou de son insigne surface. Ils m'évoquent un titre de film de Wim Wenders, L'état des choses, et se marient célestement comme je les parcours avec l'album de Chet que j'écoute, When sunny gets blue. Tout concoure ici à la beauté, et au désir d'immersion en elle. Le noir comme un état où l'on s'évade, mais sans crainte ni peur d'être repris par les couleurs, la vie, le monde - quoiqu'un peu tout de même, mais ce noir n'a rien à voir avec le silence qui s'installe à la fin du disque de Chet Baker. Il nous dit plutôt que l'on peut retourner voir de près la lumière de ce noir et de purifier son regard, encrassé, souillé. Une purge pour l'âme. Voilà la définition qui n'en est pas une, car elles n'existent pas dans l'art, des noirs de Soulages. Un desencrassage du coeur est une autre façon de parler de ces noirs. Si tant est qu'il ne soit pas préférable de se taire, d'abandonner le territoire des mots, cimetière sacré pour laisser Chet faire le reste : décorer la beauté visuelle par une pluie fine de notes que le noir absorbe, à la limite de tous les mondes au-delà desquels personne ne va.
 
 
 
Fabien Sanchez - Tous droits réservés - Février 2018
 
 
 
 

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