mardi 27 février 2018

Texte du milieu de la nuit







J'écoute Chet Baker. Des morceaux veloutés ou écorchés comme Stella by stralight ou Portrait in black and white, extraits de son album  In Tokyo. Il est 02h53. Je ne me perds dans aucun néant. La nuit : je n'ai aucune envie d'en sortir. Mais de l'arrêter, comme ce souvenir qui passe sous mes yeux. Dont je ne parlerai pas. Car j'en dis toujours trop, même si je n'ai pas assez écrit sur ce qui se dérobe sans cesse. Les illusions et les mensonges. Ils me permettent de gravir les échelons qui ne mènent plus aux vérités absoutes. C'est tant mieux. C'est bien ainsi. Rien ne s'oppose à mon invidualité souveraine, en cette nuit, où je me rends compte que je suis fou et épris de ma folie qui a de multiples visages et, ce soir, se concentre sur mon opposition à la disparition de cet homme que j'ai aimé. Il avait composé ce morceau Broken Wing, sur lequel j'aurais tant à dire, mais je préfère me taire. Il jouait de la trompette et du saxo Ténor. Il était l'ami de la musique, déjà, quand je cherchais l'amitié des mots et ne rencontrais que leur résistance, comme s'ils ne voulaient pas de moi. Pas encore. En effet, il fallut attendre. Quelques années. Ce fut salutaire. L'arrière-fond de mes textes par exemple nécessiterait bien que j'en parle avec lui, ou qu'il joue de la musique pour signifier ce qu'ils lui évoquent, mais les mots ne vont pas jusqu'aux morts. Ils ne traversent que la vie. Il en est de même avec la musique. Ce n'est pas ce que me dit mon ami Vincent K. qui croit en Dieu. Pour lui, les mots et la musique communiquent dans tous les recoins de l'absolu, visibles et invisibles à l'œil nu, comme on dit, mais tout est nu pour celui qui déshabille les miroirs et qui connait l'humilité nécessaire devant la fragilité des choses vivantes, et même du monde mort, qui lui aussi se voit à l'œil que l'on dit nu, car tout peut se voir, s'entendre, s'écrire et se jouer. La nuit bat son pouls à l'unisson du mien. Les étoiles dans le ciel ne sont pas plus fictives que moi. Rien n'est fictif. D'où chez moi l'apparition de l'écriture et son évaporation face au réel. Toujours lui tourner le dos. Celui-là est bien trop navrant comme le sont parfois les péchés. Ce qu'il faut faire cette nuit et les suivantes  est d’aider la douleur à s'apaiser, à se calmer. Lui permettre de se laisser porter ailleurs qu'en soi, là où les mots ne peuvent l'atteindre, mais peut-être la musique de Chet. Je vis dans le péché où s'émancipe la joie. Une parcelle de son continent. Quelques lueurs reflétées  par l’envers d’insondables tristesses qui ne subsistent pas longtemps, comme la braise après qu’ait vécu le feu.


 
Fabien Sanchez - Tous droits réservés - 2018
 

 

 

 

 
 
 

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