mardi 13 mars 2018

Around Midnight.

 
Il est minuit. Je me tiens là, dans la semi-pénombre de mon salon, devant mon carnet. J'ai commencé aujourd'hui l'écriture d'une nouvelle intitulée "La cachette". Je ne sais pas d'où m'est venue l'idée, d'où sont nés les personnages, mais j'éprouve le besoin impérieux d'écrire ce texte. Je crois, sans en être certain, que tout est parti d'un tableau d'Adolph Gottlieb. En le fixant, j'ai vu la solitude recueillie, la chaleur d'une fraternité humaine, son acte probant. Il est inutile de dire ici de quoi parle ma nouvelle, ce n'est pas le propos. La solitude des êtres la sous-tend, notre solitude à tous, devant la vie, face à la mort, leurs sens communs ou antagonistes. N'étant ni théologien, ni philosophe, je ne donne pas de réponses, mais délivre le portrait de personnages, qui, s'ils ne posent jamais ouvertement la questions , dans leurs dialogues laissent planer ces interrogations essentielles, et abordent un autre thème qui embrasse notre humaine condition : la liberté. Que signifie-t-elle réellement ? Qui est libre ? Ceux qui le sont le moins, on le sait, sont les prisonniers. Dans la nouvelle, il est question d'un prisonnier qui s'est évadé. Lui connaît le sens de la vie, puisqu'elle lui a été confisqué. L'autre personnage est quant à lui, prisonnier de ses contradictions, de son "moi" intime, de son corps et de son âme qu'il voudrait autres, à l'image de sa vie qu'il cache aux yeux du monde, car elle est coupable de ne pas embrasser le monde, mais de se replier le plus possible en elle-même dans le même mouvement où elle s'éloigne de lui. Ecrire cette nouvelle, après trois romans en quatre mois, me passionne, car je vais pouvoir dire en beaucoup moins de phrases et de mots que requiert l'écriture d'un roman, ce qui en ce moment me dévore : l'idée d'une vie la plus libre possible. Ce thème m'obsède. Je trouve qu'il est très bien illustré par le tableau de Adolph Gottlieb. Je ne connais pas les intentions qui ont mené ce peintre à réaliser pareille œuvre, mais j'y vois l'écho abstrait de ce qui est la concrétude même : vivre en esclave ou s'affranchir de ses fers. Elles sont nombreuses les raisons de ne pas se sentir libre :rôle social, travail, névroses, angoisses pour l'avenir, deuil des êtres aimés, poids du passé, variabilité des humeurs, noria des impossibles, enchaînement et fusion avec l'être aimé, etc...Le thème qui m'apparait comme étant majeur, n'est pas tant les moyens que l'individu se donne pour être le plus libre possible, mais la question que pose ce désir d'affranchissement. Il n'y a de vrai liberté que dans la mort, me disait un ami l'autre jour, alors que nous nous promenions dans les rues. Mais qu'en sait-il ? Le néant est une prison, et l'idée de Dieu nous commande certains devoirs, que seuls les sots et les anarchistes méprisent . Ceux là, je peux dire que j'en ai connus quelques uns et je puis dire qu'ils ne me seraient d'aucun secours à mon chevet si je devais agoniser dans un lit de douleurs. Nous avons tous un maitre dans la personnification de la mort, mais que peut-il celui-là, devant le destin des étoiles et des âmes, s'il était vrai qu'elles se rejoignent ?
 
 
 
 
Texte fabien Sanchez - Tous droits réservés - 2018
 
Tableau de Adolph Gottlieb

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