lundi 12 mars 2018

Extrait 2.

 
 
Une fois dans la rue, l’intimité partagée avec Béatrice, et tout l’alcool que j’avais bu, m’avaient mis sur les genoux. Je clignai des yeux dans la lumière du point du jour. Je décidai, avant de retourner à l’hôtel, de faire une promenade sur l’Esplanade, que je n’avais jamais vue aux aurores, et d’y prendre un café. Comme je marchai d’un pas lent, je ressentis et j’en étais heureux, que la sagesse n’était pas ma voie. Dieu m’en préserve, dis-je dans mon for. Je me... surpris à siffloter, les mains dans les poches. Mon cœur si sombre d’ordinaire était gai. Je le devais à l’alcool, aux baisers de Béatrice. Mais je savais mon spleen coriace. Je le retrouverai – mais en attendant, j’en profitais. J’étais certain, avais-je un jour noté dans mon journal, que le spleen, le Tædium vitae, me tiendraient compagnie, quand bien même mon âme se présenterait devant son créateur. Les anges du Paradis m’appelleraient le casse-pieds neurasthénique. Marcher ainsi en louant la vie et l’éternel, dans le petit matin, était si nouveau pour moi, que je ne pus m’empêcher de rire. Le rire d’un fou. En tout cas le rire d’un homme, dans sa pleine condition humaine. Pas celui d’un enfant qui a cessé de s’aimer soi-même. J’aurais voulu renier ma vertu avec Béatrice, mais une fois de plus, je m’étais montré raisonnable. Le sexe échouait toujours devant la partie la plus paresseuse de moi-même, et indulgente envers cette paresse.
Je m’installai à la terrasse déserte du café de l’Esplanade et me remémorai un passage de Kierkegaard que j’aimais particulièrement, et qui avait le don d’insupporter Marie, mais pas Mathias, qui le trouvait fort bien :
Le nivellement n’est pas de Dieu et tout homme de bien doit connaître des moments où il est tenté de pleurer sur cette œuvre de désolation.
 
 
Extrait du roman "Un train est passé" à paraître le 20 Avril 2018 aux éditions La Dragonne.
 
Peinture John Levee.
 
 
 

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