dimanche 25 mars 2018

Impromtu sur un tableau de Lee Krasner.

 
 
 
 
Je me sens en perte de vitesse. Mais de quelle vitesse s'agit-il exactement ? Mettons que je sois fou; et si je ne suis pas fou, totalement névrosé. Je retrouve dans la peinture de Lee Krasner comme une reproduction de ce que mon âme contient comme déchets et saloperies, l'envers de la beauté et de la paix, une intranquille laideur, dont c'est le triomphe, l'heure de la santé véhémente. Démons et chimères ont la part belle. Mais quelque peine que je me donne, si j'épanche mon âme, je ne puis trouver les moyens d'un apaisement, d'une guérison, d'un semblant de compréhension, d'une distanciation salutaire, d'une objectivation de l'angoisse. Je sais ce que cela représente, de trembler sur ses fondations, de ne plus arriver à trouver force et courage pour vivre ; de ne plus connaître la moindre raison valable pour poursuivre le chemin ; j'ai su l'épuisement et l'inquiétude ; la fatigue et la peur ; et je sais la mort proche ou lointaine, sans savoir au fond comment je me tiendrai devant elle. En ce dimanche soir, je me sens traversé par une profonde fatigue, le cerveau embrouillé par le manque de sommeil et la perte de mes forces, au bord d'un épuisement qui cède le pas à une forme de folie qui consiste à persévérer dans l'écriture, laquelle prend tout en moi, puisant dans la folle enfance, dans les sédiments de la jeunesse, le secours nécessaire dans quelque image du passé, pour porter tout ce qui me reste de scories vers un seul but, qui est une forme d'impromptu ; une ébauche ; reflet d'un cataclysme intérieur, d'un déchaînement du non-soi, d'une bribe d'impermanente angoisse. Et tout cela prend corps dans la nuit, comme l'enchevêtrement des sentiments les plus antagonistes, ayant pour finalité l'unicité d'une œuvre dans le morcellement intérieur de l'artiste, qui a cessé de sommeiller en moi, pour éclater au grand jour, mais seulement la nuit, quand tout ce qui reste du réel ostentatoire se laisse imprégner d'une douceur cristalline, sous les ombres qu'a figé le temps, et qui tiennent en elles les secrets et les énigmes, qu'une vie humaine cherche à explorer, pour n'y trouver que de multiples définitions de l'impossible - ses variations les plus extrêmes qui empêchent un homme de relever la tête, de se montrer digne, sauf à être très courageux et à tenir la dignité comme une valeur suprême.
 
 
 
 
Texte Fabien Sanchez - Tous droits réservés - 2018.
 
Tableu de Lee Krasner.
 

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