samedi 17 mars 2018

Quand le rien me parle.

Croire en Dieu, certes, mais que faire de cette croyance ? Je remercie chaque jour d'être en vie. Et aussi  que les muses m'inspirent, ou à tout le moins m'insufflent le goût du travail et de l'effort. Faut-il s'occuper quotidiennement du salut de son âme? Je ne demande à Dieu que peu de choses : la santé et la paix de l'esprit. Est-ce égoïsme ? Je ne sais plus rien que ce que me donne la nuit. Je ne comprends rien au jour. Je ne sais pas comment vivre, en dehors de l'acte d'écrire. Tout m'ennuie. Tout n'est que répétition. Ecouter du jazz et écrire, en voilà une étrange façon de passer ses journées. Je n'assume pas. Je ne revendique rien. Mon humilité est si grande que j'ai honte de prier ; et puis, je ne saurais que dire, ni pourquoi, ni pour qui : le silence et l'impuissance, comme aveux, comme testaments, comme cheminement de vie, laquelle est encerclée par l'ennui et la poursuite du vent. L'envie ne me prend jamais de tout envoyer balader. En fait, je crois pouvoir avancer que c'est déjà fait, ce qui a donné lieu, dans la place devenue vide, à l'apparition de l'écriture. Mais que me veut-elle, que puis-je faire pour elle, quel sens notre union détient-elle ? Je ne saurais le dire. Je ne sais rien. Rien existe à peine, et pourtant pleinement. Le jour comme la nuit, il m'accompagne. Mes dernières volontés portées dans cette vie résident dans une pauvre croyance divine. Le reste est independant de ma volonté, et rejoint le néant, accompagné de mes larmes rentrées, usées, qui ne peuvent plus être, échoir, advenir ; car il y en eut trop de versées dans le passé. J'écoute, harassé, Sonny Rollins et Coleman Hawkins, en duo. Je vapote dans mon canapé. Le rien s'est emparé de mes gouts. Je ne puis pacifier mon rapport avec le monde qu'à la condition de lui tourner le dos, de me cacher. Je ne suis qu'un misérable égoiste, mais un égoiste qui n'a plus d'autre choix que de l'être et ne veut pas recourir à l'imprudence de se mettre en danger. Mes prières vont se poursuivre, avec les jours, car à chaque nouvelle journée, il faut redemander la force necessaire pour aller de l'avant. Moi, je vais de l'avant en regardant en arrière : c'est le fondement de ma démarche créatrice. La mort se loge dans le futur, elle y habite, elle attend son heure, la mienne, la votre. Mon humilité est si grande que j'ai  honte de prier. Dans mon vide intérieur, il n'y de la place que pour Dieu, et tout ce qui encombre une existence : sensations et sentiments comme jetés dans une immense poubelle : le coeur encombré menant sa vie, alourdi, surchargé, comme le sont toutes les vies qui devront savoir se  débarrasser d'elles-mêmes.



 
 
 
 
Texte de Fabien Sanchez.
 
Tableau de Antoni Tapies.

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