dimanche 18 mars 2018

Texte pour un dimanche parisien.

 

 
Plus jeune, je ne pensais qu'à jouir des femmes, sortir boire et danser, entretenir des relations passionnantes et enrichissantes avec tous les hommes, de préférence des artistes ; j'étais résolu, déterminé, mon âme reposait sur un socle d'hédonisme ; je dévisageais le monde avec une virilité volontaire, n'exigeant ni le secours de Dieu, ni de la Fortune, fuyant le saturnisme de mon adolescence spleenétique et provinciale. Je partis tour à tour pour Athènes, Barcelone et enfin Paris, débordant d'une énergie qui ne pratiquait nullement l'art de s'effacer. Puéril et dionysiaque, je buvais les vins de la vie et me repaissais de culs d'Almée et de monts de Venus. Enfant affamé entre les cuisses de femmes mures, Pygmalion pour jeunes filles en fleurs, pupille spirituel d'Henry Miller, mon maître à penser, je prenais des décisions "sans équivoque ni recours aux dés", ajournant les obligations et prétextant l'urgence du plaisir, ma mystique étant de ne jamais désespérer ; mon viatique, d'honorer les sens et de chérir la pensée, m'exhortant moi-même à n'être mû que par l'enthousiasme. Au lieu qu'aujourd'hui, ayant revu à la baisse la plupart de mes ambitions, je chéris la tendresse d'une femme douce, qui me donner force, vertu et courage, et convoque les stoïciens afin de m'entraîner à moins souffrir et cesser d'être un bohémien égaré sur les sentiers de mes désirs. Ainsi, le temps a opéré sur moi à cœur ouvert, rédimant la rédemption, et laissant à l’abandon l’archéologie de mon désenchantement, dont les fouilles sont un paradigme : le point de fuite vers lequel convergent mes défenses farouches qui refusent la signature théologique.
 

 

Tableau Louis Van Lint.
Texte Fabien Sanchez - copyright.
 
 

 




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