vendredi 16 mars 2018

Texte sur un tableau de Jean-Paul Riopelle.

Un cœur supplicié, une âme torturée, un esprit ravagé, un être possédé, une fureur de vivre s'affranchissant de toutes les barrières mentales, en plongeant dans une introspection maladive, dans le noyau des obsessions idéatives, un reflet des névroses qui empoisonnent l'esprit ; l'être en proie à sa propre prison intérieure. Enfermé dans le monde, qui l'enferme en lui, où tout est surchargé, saturé, où il n'y a pas de place pour cette individuation, autre qu'entravée par les chaînes de la passion mise sous le boisseau et qui devient folie, angoisse, décompensation psychique. La peinture de Jean-Paul Riopelle m'évoque tout cela, le temps d'un éclair, puis ne m'évoque plus rien, si ce n'est ma propre perte d'identité, par l'absence de singularité de mon regard, que voile mes pensées déshonorées, qui jettent le discrédit sur ce qui me reste de conscience ; l'inconscient lui n'a plus qu'à vivre sa vie. Une telle peinture revendique la mort du langage qu'elle ressuscite, pour mieux affliger la vie, en lui arrachant de force le sens de ses propres limites, qui agissent comme autant de remparts névrotiques, face à la réalité empêchée d'advenir, et se compromettant  avec les remugles d'un désir qui a soif d'absolu qui détruit ses prétendants, de Rimbaud à Icare. Fuir la réalité, et dans cette fuite, vouloir parler en son nom, et ne trouvant pas les mots, dessiner et peindre, porté par une rage qui ne connaît plus son sujet.
 
 
 
Texte de F. Sanchez - Tous droits réservés.

Tableau de Jean- Paul Riopelle


 

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