mardi 13 mars 2018

Mardi 13 / 03, 14h28.

 
Tout ce qui manque à ma vie appelle ce qui fut. C'est ainsi que j'ai vécu ces deux dernières années. Mais à présent, ce qui manque est en devenir de ne plus l'être. J'ai repris le chemin de l'écriture que j'avais perdu de vue, ne marchant plus que dans la part non créée de ma vie, spectateur infortuné et soucieux, craintif et angoissé. Désormais, je vais bien. A tout le moins, le crois-je. Cela pourrait s'exprimer comme suit : la vie porte son charme.
Quelles furent difficiles ces deux dernières années au cours desquelles je ne parvenais plus à écrire. Comme si la mort m'avait saisi de mon vivant, pour me donner un avant goût du néant. C'était sans compter sur le fait que je ne crois pas en lui. Je ne le pense pas possible. J'ai repris le récit du "moi". Il me permet de parler des autres. Ceux qui sont en moi, et ceux que je croise dans le monde extérieur.
Nous ne sommes pas des créatures rationnelles, ai-je lu sous la plume de Siri Hustvedt. Comme elle a raison cette auteure. Mon écriture ne va pas devenir abstraite - je n'écris pas en même temps que je rêve. Mais une part de réel s'en est allée d'elle, en laissant la possibilité de s'exprimer à de plus grandes parts de mon inconscient, ou, de ce qui se cachait jusqu'ici dans les soubassements de mon cœur et de mes entrailles, et ne relevait pas d'une conscience explicite. J'espère ne plus jamais m'imposer la nature du déclin. Je demeure un homme fatigué et éprouvé. Mais je sens dans le même instant, que je suis sauvé, à tout le moins, sain et sauf. L'imagination reprend vigueur dans mon esprit, et la volonté de coucher par des mots ce qui en résulte, a retrouvé sa jeunesse et sa force. Il m'est devenu évident que mon "moi créatif" l'a emporté dans cette lutte sans âge, contre celui qui se cachait sous la couette pour pleurer une bonne partie du jour, et ne trouvait nul intérêt à laisser s'exprimer ses joies et ses peines,  sous lesquelles il avait toujours écrit jusqu'ici comme sous la dictée. Je m'écoute de nouveau. Je réentends ma petite voix intérieure. Mon cerveau me parle à nouveau. Il est temps de coucher par écrit ce qui m'est ainsi délivrée : une parole ressuscitée qui a soif de vérité et de justice, de communiquer surtout, d'aller à l'encontre de soi et de son prochain, de vivre en fraternité avec le monde et ses créatures. Je me suis laissé modifié par une musique de vie et de mort, sans en être altéré et appauvri, à peine un peu atténué ; le juste nécessaire pour réinvestir mes parts manquantes et comme accablées d'infortune, sans rien brutaliser en moi, sans passage en force, sans âpreté ni rusticité, mais juste un filet à peine perceptible qui veut exister à la marge de toute violence faîte à ma vie et à mes mots, qui se retrouvent, se réunissent à nouveau, pour le meilleur, et sans le pire.
 
 
Fabien Sanchez - Tous droits réservés -  2018
 

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