mercredi 14 mars 2018

Un extrait de mon nouveau roman

 
 
Chers toutes et tous, voici un petit extrait de mon roman Un train est passé  (sortie prévue le 20 Avril ). Histoire d'en allécher, peut-être, quelques uns, ou quelques unes.
 
 
 
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Si J’avais vécu en des temps bibliques et que Jésus m’avait  demandé de quoi je voulais être guéri, j’aurais répondu :
« Tout d’abord, de mes parents. Ensuite, de la mélancolie. »
À vingt ans, j’avais tout pour être heureux. Je vivais dans une petite maison avec jardin, dans un village du sud de la France, Le Crès, proche de Montpellier. J’allais à la fac, j’étais en deuxième année de lettres modernes. Mais la vie et les études ne m’inspiraient que peu d’enthousiasme, et moins encore de joie – sinon une sourde joie d’outre-tombe.
Le chagrin forme les dilettantes, a écrit le philosophe Frédéric Schiffter, et c’est précisément ce que j’étais : un dilettante. 
J’avais une petite amie, Marie, à qui je ne voulais pas faire l’amour. Le sexe, quand il ne m’effrayait pas, me dégoûtait. Cela faisait deux ans que nous étions ensemble et jamais nous n’avions franchi le Rubicon. Je me contentais de ses chastes baisers comme elle s’accommodait des miens.
Le problème majeur auquel j’étais confronté était l’ennui ;
sa supériorité sur tout ce qui me touchait de près ou de loin.
D’une certaine manière, on pouvait admettre que j’étais vieux.
C’était du reste ainsi que m’appelait mon ami François, el viejo.
Je flirtais avec l’idée du suicide, mais je ne me sentais pas capable de passer à l’acte. Je n’aurais su comment m’y prendre.
J’aimais me promener dans le cimetière du village. Je regardais les tombes, les noms, les dates de naissance et de décès ; cela me transportait, et je me demandais vaguement s’il y avait une vie après la mort ; s’il y avait une vie tout court, en fait.
Concernant Dieu, mes rapports avec lui se résumaient en une phrase de l’écrivain Elias Canetti : Les hommes peuvent se sauver uniquement les uns les autres. C’est pour cela que Dieu se déguise en homme .
 
 
 

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