samedi 3 mars 2018

Work in distress


 
Au sujet de l’écriture d’Une croix.

 
Ce qui est étonnant, à la première relecture du manuscrit d’Une croix est qu’à part l’abus de points d’exclamation, le texte semble parfait dès le premier jet, sans nécessité de retouches. Quasiment aucune correction n’a été nécessaire.
Ce que je dirais, à ce niveau, c’est qu’il est composé de longs chapitres qui sont autant de continuités dialoguées. La question est de savoir si ces séquences enrobent trop le récit, l’étouffent et le rendent indigeste, ou si au contraire, à l’instar d’un roman tel que Le jardin d’Eden d’Ernest Hemingway (par ailleurs un très mauvais livre) elles le tonifient, le musclent, le structurent, le solidifient, sans que l’on s’essouffle à sa lecture, lui prêtant donc corps et vie ; et intérêt.
Le personnage qui a dix-huit ans est peut-être un peu jeune pour penser comme il pense et agir comme il agit. Quoique…
En tout cas, le roman ne parle que d’Amour. Celui-ci en est le sujet principal. Il s’agit d’une love story dont il n’est pas dit qu’elle présente le moindre intérêt. Les considérations interminables sur l’état de transport amoureux affadissent peut-être l’ensemble. Ainsi, ai-je écrit sur l’Amour…Je ne sais ni comment ni pourquoi. Ce que je voulais surtout était une histoire qui illustre en amont la conclusion du livre, car j’avais avant de commencer l’écriture du roman,  la fin. La scène où le narrateur, au bord de la rivière du Salaison, dans son village natal, aperçoit un petit crucifix dériver au fil de l’eau jusqu’à lui et dont il s’empare, avant de le rejeter à l’eau. Et pour ce court passage qui ne compte pas plus de vingt lignes, j’ai écrit un livre de cent pages.

*

Je ne sais vraiment pas quoi penser du manuscrit d'Une croix. Est-ce une réussite, ou un maladroit roman d’initiation amoureuse vu et revu et alourdi par une structure lourde et indigeste ? Mystère…Ce livre en tout cas a été écrit comme on lève le poing, avec rage et esprit de résistance. A quoi ? Je ne saurais le dire...Le banal écoulement des heures, des jours, des semaines, peut-être. Rien n'est moins sûr, comme tout ce qui sous-tend ce livre. Peut-être devrais-je d'ailleurs le renommer ainsi : Rien n'est moins sûr. Ou ne plus le nommer du tout, le laisser tomber, et passer à autre chose. Une histoire sans amour ni croix, dans un monde qui en compte beaucoup, mais peut-être pas assez...

 



 
Tableau de Jean-Michel Marchetti
 

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