jeudi 15 mars 2018

Work in distress


 
Traduire le silence en paroles. Les plus justes possibles. Ce matin, écrire t’apparait sous un éclairage funeste. Ecrire détruit la part de silence nécessaire à l’âme et consiste à s’ébruiter, en manifestant par le langage, sa présence au monde et à soi-même (cette dernière fluctuant continuellement de façon pernicieuse). Pas plus que tu ne veux avoir de nouvelles du monde, tu ne souhaites, ce matin, risquer à donner des tiennes. Il faut se dissoudre dans le temps pour trouver les visages de ses personnages dans une impulsion qui va les arracher au néant, à la nuit noire du cerveau, dans le but difficile à avouer, qu’ils prêtent leurs voix à l’absence de la tienne, et vivent une vie que tu vis à peine, dans les pointillés, car tu t’interdis tout ce que tu leur permets, et en un sens, tu vis moins pleinement qu’eux, dont rêves et désirs , parce qu’ils t’échappent, te permettent d’en relever les détails et les coucher sur le papier. Tu les aides à se construire cependant que tu te défais du poids du silence qui permet qu’advienne l’écho des voix fictives. Il t’est arrivé de perdre sur tous les terrains. Mais tu sauves ta mise en cherchant la juste musicalité dans tes écrits, car tu es cet être mélodieux ayant choisi l’éphémère et ne pouvant se passer des mots qui abritent et prémunissent leurs pouvoirs. 

 
F. Sanchez - tous droits réservés - 2018
 

Tableau Robert Motherwell.
 

 
 

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